Kilian Le Blouch obtient sa 1ère médaille en 1ère division à 20 ans. Cela fait déjà 3 ans qu’il est aussi entraineur avec des judokas qu’il mène jusqu’à l’équipe de France.
Depuis, Kilian a été 4 fois sur le podium des championnats de France 1ère division, avec 2 titres de champion de France, médaillé européen espoir et seniors, champion du monde et olympique par équipe. Aujourd’hui, Kilian continue cette double carrière d’athlète et d’entraineur. 

Pour retrouver un récit plus détaillé de son évolution dans le judo, écoutez les podcasts Raconte ton Sport, Endurance 30 et Les Secrets du Sport auxquels il a donné des interviews vraiment intéressantes !
Ici, je propose à Kilian d’approfondir les questions liées aux meilleures pratiques d’entrainement pour progresser et performer en judo. Place à l'interview !

Toutes les photos sont issues des comptes Instagram et Facebook de Kilian Le Blouch.

Vous pouvez retrouver cette interview sur toutes les plateformes de podcast.


Athlète, entraineur et directeur sportif

Flam 91

En plus de cette introduction, j’ajouterais la fonction de directeur sportif que j’occupe au sein de mon club, Flam 91. Il s’agit, pour moi, de manager des entraîneurs, des athlètes et d’essayer de partager un maximum mon expérience avec tous les professeurs des écoles de judo. J’échange beaucoup avec eux sur leurs expériences terrain et j’essaye de créer la meilleure synergie, faire en sorte qu’on avance et qu’on progresse ensemble, avec ses hauts et ses bas. C’est vraiment comme ça que je prends mon rôle.

À la fois, j’entraîne, mais je forme aussi. 

Et quand j’entraîne des athlètes, je sais qu’il y en a beaucoup qui aspirent aussi à entraîner plus tard donc j’ai aussi dans un coin de ma tête d’en faire de bons entraîneurs. Au judo, on est beaucoup dans l’exemplarité. J’essaie donc humblement de transmettre ça et d’être le plus exemplaire dans ma manière d’entraîner. Je fais des erreurs comme tout le monde, mais j’essaie d’être un maximum raccord avec ce qu’il faut faire, ce que j’ai envie d’être au quotidien et ce que je veux apporter ça à ces judokas. Certains ne feront pas de carrière de sportif de très haut niveau mais auront une superbe carrière d’entraîneur probablement… En tout cas, ils auront progressé avec moi sur leur parcours.

Le choix du long terme

En tant qu’entraineur, on va dire que j’ai eu pas mal de chance : je suis tombé sur des jeunes qui avaient envie et comme j’avais très envie aussi de les accompagner, on a pu former de belles équipes. Pour certains que j’ai emmenés jusqu’à une médaille mondiale, comme Walide Khyar l’année dernière, ça a été des parcours tout au long d’une vie sportive. Et c’est assez rare que des entraîneurs aient la chance de pouvoir accompagner des élèves qu’ils ont très jeunes, jusqu’à la fin de leur parcours. Je dis « accompagner » parce que je n’étais pas non plus leur seul interlocuteur : il y a eu des entraîneurs nationaux, des préparateurs physiques divers et variés…

Mais on va dire que le point commun de toutes ces années, c’est que j’étais présent. 

Donc ça, c’est cool, ça fait vraiment plaisir de vivre ces choses-là.

Citation de Kilian Le Blouch

Après, c’est aussi là-dessus que je m’inscris : se faire confiance sur du long terme et travailler un peu tous les jours pour pouvoir progresser au fur et à mesure des années. C’est la volonté que je partage avec les athlètes. Parce que la progression se fait, de toutes façons, sur le long terme. Pour atteindre de très grandes performances, il faut se laisser du temps, il ne faut pas être trop pressés. Si on est tout le temps dans l’urgence, on fait des petits sauts de puce, mais on ne progresse pas de manière très globale.


Le meilleur âge pour performer

Une seule vérité : faire la différence

Il y a des gens qui vont être performants très tôt, très jeunes et qui vont continuer à avoir une super carrière de haut niveau. Il y en a d’autres, et je pense que c’est la majorité, qui seront, très tôt, très forts très jeunes et qui vont perdre un peu le fil. Je pense qu’il n’y a pas de vérité.

D’abord, il faut accepter qu’il y aura peu d’élus et qu’il va donc falloir être différent des autres. Par exemple avoir une capacité de travail supplémentaire ou être plus intelligent dans sa manière de pratiquer, ou encore être mieux accompagner. Il va falloir plein d’éléments en fait. Peut-être aussi un peu de réussite ou moins de blessures, car même si je n’aime pas cette vision de la chance et du talent, ça reste peut-être des éléments à prendre en compte. 

La question de la motivation

Ce qu’il se passe, c’est qu’il y a une forme d’opposition : « Si je suis fort très tôt, très jeune, est-ce que je vais réussir à garder cette motivation plus tard parce que j’aurais déjà vécu des choses et j’aurai l’impression d’avoir vécu beaucoup de choses ? ».

 Moi, aujourd’hui, je vis encore des choses extraordinaires. Par exemple, j’ai déjà fait je ne sais plus combien de voyages au Japon et je suis toujours aussi surpris et heureux d’arriver là-bas et de faire un stage, de découvrir de nouvelles choses.

Dans n’importe quel pays d’ailleurs, on apprend un peu tout le temps…

Je pense que j’ai cette capacité à me dire « Waou, il y a plein de choses qui peuvent m’attendre, je peux encore beaucoup progresser » . Et cette ouverture d’esprit de me dire que lui, il peut m’apprendre, elle, elle peut aussi m’apprendre, on peut s’apprendre… Et le truc, c’est que quand tu es fort très tôt et que dans tes combats, ton expression, ça marche très vite, tu as du mal à faire durer cette motivation et à te dire qu’il y a d’autres choses à aller chercher. Je pense que c’est ça qui est assez dur quand tu es vraiment très vite performant.

Le contexte de concurrence

Après c’est sûr que c‘est quand même plus simple si tu es super bien accompagné tout de suite avec tous les ingrédients qui sont nécessaires à la performance. Quand tu es là, présent, l’un des meilleurs dans le carré et sur la boîte à chaque fois que tu fais une compétition, c’est quand même plus simple, on ne va pas se mentir. Mais on se rend compte aussi qu’avec le temps, ce ne sont pas toujours ceux-là qui perdurent et qui ont de très très grosses médailles, surtout dans le contexte très concurrentiel qu’on a en France. Tous les ans, il faut remontrer que c’est toi le meilleur, que tu mérites ta place même si parfois, tu as déjà un palmarès plus qu’éloquent.

Il faut donc garder cette motivation et ce n’est pas forcément le plus simple.

Citation de Kilian Le Blouch

 Au final, si je pense qu’il n’y a pas de réponse claire, il y a tout de même des éléments clés : travailler dur, être malin dans sa réflexion, se poser les bonnes questions, continuer d’avancer et se dire que chaque jour est nouveau, donc même si j’ai battu telle personne à la dernière compétition, elle peut me battre cette fois-ci. Parce qu’elle aura trouvé des éléments de réponses ou elle aura progressé dans un autre domaine… Et qu’il faudra que moi aussi, je redouble d’efforts pour la battre la fois d’après. On rebat les cartes un peu tout le temps et c’est ça qui est aussi très cool. Ce n’est pas écrit. Ce n’est pas parce que tu as perdu 6 ou 7 fois contre une personne que tu ne pourras pas la battre à la 7è ou 8ème fois.

S’auto-former / apprendre par soi-même

Lire, écouter, regarder

Un vrai « game changer » pour moi, dès le plus jeune âge, ça a été de beaucoup lire. À l'époque, c’était des bouquins beaucoup plus pompeux, complexes, difficiles à ingurgiter que ce à quoi on a accès aujourd’hui. N’empêche qu’à force de les lire et essayer de les comprendre, à force de chercher, piocher, à droite à gauche, toutes ces informations, je pense que j’ai pu avoir une compréhension beaucoup plus fine de la pratique judo. 

Aujourd’hui, j’écoute beaucoup de podcasts, je regarde des vidéos youtube.

Et je trouve ça hyper intéressant, c’est bien expliqué. On arrive vraiment à avoir une compréhension assez fine de plein de situations. Et finalement, à travers ces lectures, les études scientifiques comme celles qui sont sur le site pubmed par exemple, on va essayer de comprendre et d’essayer… 

Par exemple, quand on voit la vidéo d’un athlète qui fait des uchikomis ou qui pratique ses randoris, on peut essayer de comprendre ce qu’il fait, analyser de manière très fine les choses et essayer de les mettre en place. C’est l’idée de « revenir en arrière » : un peu comme un dictionnaire où je vais chercher à reprendre la définition, la relire et je vais pouvoir me remettre en route sur ce travail. Je vais repartir vers l’entrainement, réessayer, chercher, essayer de comprendre. J’essaye de tout le temps faire des aller-retours comme ça.

Avoir les conseils d’un expert

Parfois, c’est bien d’avoir quelqu’un qui est finalement expert dans son domaine et d’essayer de se le faire expliquer de manière très claire. Mais d’autres fois, les experts ont tendance à être dans leur monde et peuvent avoir du mal à expliquer clairement pourquoi ils font les choses comme ça. En fait, c’est tellement bossé pour eux, qu’ils ont déjà 2 ou 3 coups d’avance et ça leur est difficile à expliquer. 

Kilian Le Blouch en cours de judo

Mais je pense quand même qu’il y a tous ces stages à aller voir, notamment les stages privés avec des gens qui connaissent très bien leurs spéciaux, et qu’il faut essayer de comprendre. S’il y a des gens qui abordent des thématiques spécifiques, comme la préparation physique, il faut essayer de les écouter et de te construire ton avis.

Il y a aussi les échanges comme on a là : ce sont des moments qui nous permettent de nous mettre en réflexion et de mieux expliquer ensuite. Après, il y a bien sûr l’expérience qui parle avec le temps.

L’impact de la formation initiale sur la performance.

Ce qui est acquis pour une personne ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre.

Ce qui est une vraie difficulté, c’est que dans certaines situations, on a des apprentissages qui sont mal construits ou incomplets, par exemple sur des aspects techniques. On se retrouve alors à déconstruire l’aspect technique pour pouvoir rebâtir dessus mais on se rend compte que, parfois, c’est plus long sur quelqu’un qui a déjà ses idées.

Je le vois aussi avec des athlètes qui ont été formés par des professeurs qui sont très bons, qui leur ont appris à très bien faire le judo. Ces athlètes pratiquent très bien mais si tu veux aller au niveau du dessus en termes d’exigences, il va peut-être falloir déconstruire certaines de leurs croyances ou habiletés.

Ce n’est pas que ce qu’ils font ne marche pas, mais peut-être que pour aller chercher le niveau du dessus, il va falloir faire encore mieux. 

Et là, tu es obligé de modifier un peu leur pratique, leur manière de faire les choses… On va rajouter un élément, par exemple, mais qui va complètement modifier son schéma corporel… Ça veut dire que le réflexe qu’il va avoir pour faire lâcher une main comme ça, moi je vais lui dire de faire lâcher autrement… Il va alors avoir le réflexe de faire ça et en même temps réfléchir à ce qu’il est en train de faire donc ce n’est pas forcément évident.

Il faut ajouter à ça que quand tu es en situation de randori, il n’y a pas de vainqueur ou de perdant donc tu essayes. Mais quand tu es dans le contexte particulier de la compétition, souvent, tu as une faculté à revenir très vite en arrière pour te rassurer. Tu retournes vers ce que tu sais faire. C’est ça qui est complexe. Il faut démolir une partie de la maison pour la reconstruire.

L’apprentissage technique et l’application en combat

Apprendre pour soi ou pour les autres

Citation judo de Kilian Le Blouch

J’ai une double vision lorsque j’apprends. Dans les stages par exemple, soit je le fais pour moi et j’apprends pour moi, soit j’essaye de mieux le maitriser pour l’apprendre à quelqu’un d’autre. J’ai donc toujours l’impression de me nourrir. En tant que professeur de judo, je peux me dire que peu importe le contexte dans lequel je suis, soit j’apprends, moi, en tant que pratiquant, soit j’apprends pour mes élèves.

Après, ça m’est déjà arrivé à de nombreuses reprises de chercher des solutions pour mes athlètes et en fait, réaliser que ça va super bien sur mon système d’attaque alors que j’étais parti pour réfléchir pour quelqu’un d’autre.

En fait, à force de répéter la situation et changer des petits détails, tu te mets dans une posture où ça devient hyper efficace pour toi aussi. Ça révèle d’ailleurs des barrières qu’on se met parfois : on se dit qu’on ne va pas y arriver mais à force de montrer, d’expliquer, en fait, ça devient quelque chose qui peut servir, ça passe.

Gérer la latéralisation au judo

Souvent, je mets des pré-requis quand je fais une démonstration. J’annonce que je suis plus à l’aise à gauche et je démontre à gauche même si ça ne m’empêche pas de démontrer à droite bien sûr. 

En judo, les 3/4 du temps, tu es hyper latéralisé, soit à droite, soit à gauche. C’est comme un boxeur. Ça ne t’empêche pas pour autant de dégainer de l’autre côté parce que ta posture aura amené le partenaire à se retrouver dans une position où tu pourras attaquer de l’autre côté. On le voit souvent sur des gens qui ont une garde classique et qui sont capables de tourner du côté opposé, du côté du revers. Ça se fait beaucoup, je dirais même que c’est récurrent chez les meilleurs donc ça, ça doit être un acquis pour atteindre un certain niveau. 

Après, la vérité, c’est que toi en tant que professeur, tu dois être capable d’expliquer quand même à droite ou à gauche d’une certaine manière. On ne te demande pas de faire tout un combat à droite ou tout un combat à gauche… Mais c’est un exercice aussi, en tant que professeur, que de pouvoir expliquer ce que tu fais très bien d’un côté sans te poser de question et le montrer de l’autre côté. C’est comme un athlète, tu dois pouvoir revenir sur les bases, les points essentiels, déterminants à ta pratique pour te mettre dans cette position.

Travailler à droite et à gauche

Par contre, je mets l’accent, en tant qu’entraineur, sur le fait d’essayer d’avoir quand même des répétitions de gammes, que ce soit à droite ou à gauche. Par exemple, si on fait une série d’uchikomis, je demande de faire ippon seoi à droite et à gauche sur l’échauffement. Ça peut être en changeant de kumikata ou en gardant le même, selon la situation.

Pour le travail au sol c’est pareil, je leur demande de travailler à droite à gauche et je leur demande de répéter. 

Il y a deux raisons à cela. D’abord, ça fait travailler une forme de coordination droite gauche, et ça évite de trop cloisonner les choses. Ensuite, vu que d’un côté, tu es moins bon, ça t’oblige à beaucoup plus réfléchir à ce que tu fais. Ça te permet, de manière très objective, de te poser vraiment la question sur les éléments essentiels de la réussite de ta technique du bon côté. 

Par exemple, si un athlète fait uchimata à droite de manière très naturelle, il ne se pose pas la question de où il met sa hanche ou son pied, de comment il fait… Du coup, quand tu lui dis de le faire à gauche, il est complètement perdu et doit réfléchir à ce qu’il fait à droite. Ça lui permet d’avoir comme un retour sur ce qu’il fait, comment il se place, etc.

Je n'ai pas de données statistiques pour dire que c’est efficace mais c’est des cheminements que j’ai, notamment à l’échauffement et ce sont des choses que tu peux faire.

Construire son judo sur droitier et sur gaucher

L’idée qu’on a, avec les autres entraineurs de mon staff, c’est de se dire que j’ai une posture et un kumikata où je suis plus efficace, et je vais devoir emmener au maximum le partenaire dans la situation qui lui plait le moins. Donc il y a un rapport de force qui se joue. Par exemple moi, mon objectif face à un droitier, c’est d’arriver à le mettre quasiment les 2 pieds sur la même ligne, presqu’en gaucher et je sais qu’il va être en énorme danger… Et inversement, un gaucher, je vais essayer de contrôler un maximum son côté gauche pour essayer de faire en sorte qu’il rapproche le moins possible sa hanche et que je ne sois pas en danger. 

Après, une fois ces aspects considérés, je vois que souvent, il y en a qui ont vraiment un spécial sur une garde opposée et un spécial sur une garde emboîtée. Ils n’essayent pas d’avoir toujours un seul même point central. On le voit chez les tout meilleurs. Par exemple, Maruyama, le meilleur de ma catégorie, il met son uchimata à tout le monde sur droitier ! Il est tronitruant ! Sur gaucher, il a beaucoup plus de difficultés à le mettre. Du coup, il a travaillé en yoko tomoe nage, parce qu’il sait que son partenaire est beaucoup trop décalé pour pouvoir placer son uchimata.

Mais même si tu prends O Soto gari par exemple, selon que le partenaire est très loin ou non, ça va être deux techniques différentes en fait. Parce qu’O soto en garde opposée, ça va partir de très loin et il va falloir une préparation d’attaque beaucoup plus importante qu’un O soto en garde emboîtée… 

Le travail spécifique pour une progression plus rapide

Le « one-to-one » avec son coach

Travailler en individuel avec un athlète, c’est un vrai élément de progression pour moi. Tu ressens les choses, c’est plus facile de faire passer des messages, tu as l’intention de ton athlète, on va plus vite pour trouver des solutions. Par contre, en tant qu’entraineur, c’est beaucoup plus fatigant, tu as intérêt à être en forme parce que tu bosses beaucoup ! Mais c’est en situation de partenaire donc ce n’est pas la même fatigue on va dire. Quand tu vas sur des garçons un peu lourds et que toi, tu es plutôt dans les catégories légères, ta journée est vite morte… ! Enfin ça reste vraiment des clés pour faire progresser des athlètes.

Choisir son uke

Ce travail en one-to-one, ça revient à se dire que j’ai un super Uke en fait. C’est être dans l’échange. Moi, j’ai ma vision d’entraineur donc je vais peut-être aller plus vite et te donner des objectifs sur ce qu’il faut refaire ou les points importants… Mais si tu as ton partenaire de tous les jours avec qui tu as l’habitude de t’entrainer et que ça passe bien, tu peux lui dire ce que tu veux travailler. 

Citation judo Kilian Le Blouch

Par exemple pendant 1 mois, tu as envie que ton uchimata devienne super efficace et tu vas le bosser avec lui qui va te dire :

« non regarde, je le ressens plus comme ça… ».

En fait, c’est se dire que j’ai un partenaire, mon uke, mais c’est pas que mon uke. C’est aussi mon partenaire de recherche. On cherche à mutualiser les moyens. Toi, tu vas lui donner des billes sur ce qui pourrait le faire progresser. « Tiens, si tu fais ça, peut-être que c’est mieux… regarde la réaction… » Et en fait, tous les deux, vous allez vous nourrir, vous allez essayer de construire quelque chose, vous donner des conseils, vous remettre en question…

Peut-être que ça ira moins vite qu’avec un entraineur de haut-niveau qui a vraiment l’habitude de ce type de pratique mais vous allez beaucoup avancer. Et je pense que c’est là-dessus qu’il faut tendre. Se dire qu’on va avancer ensemble, se donner des objectifs de travail. « Qu’est-ce que tu en penses ? Regarde j’ai fait ça, si je fais réagir comme ça, qu’est-ce que ça produit chez toi, est-ce que tu penses que c’est efficace ? ».

Et même si après, il y a un professeur pour tout le monde, toi tu as déjà bien déblayé le terrain. Donc quand ton professeur arrive, tu peux lui dire « Nous, on a vu ça, ça, ça marche pas trop, ça, ça marche bien, qu’est-ce que t’en penses ? ». Lui, il prend 3 minutes sur son cours avec toi et ça permet de faire un truc super qualitatif.

La basse intensité au service du judo 

Ces séances de travail spécifique peuvent être sur différents rythmes. Ça dépend vraiment de ce que tu fais. Si tu es sur des séances techniques où tu es dans la phase de réflexion, tu cogites, tu essayes, tu mets en place, tu répètes… Ce n’est pas pareil que si tu es sur les séances d’une phase où tu vas vraiment répéter, mettre en situation et où là, le cardio monte fort.

Intégrer de la basse intensité selon son volume d’entrainement

Après, la basse intensité, ce n’est pas une recette miracle. Il faut déjà se demander ce qu’est son niveau d’entrainement. Combien de jours je m’entraine dans la semaine ? Qu’est-ce que je fais ? 

Si tu fais deux séances de judo par semaine et que tu fais peut-être aussi ton footing de ton côté, ça peut être compliqué d’ajouter 1h30 de technique en basse intensité… Tu pourras plutôt le faire en stage où tu accordes plus de temps à ta pratique.

Nous, dans le haut-niveau, on le fait parce qu’il y a tellement de séances dans une semaine que si on travaille tout le temps plein gaz, on use nos athlètes, on risque la blessure et on produit beaucoup de fatigue. L’idée est donc aussi, sur le plan physique, d’essayer de les faire récupérer tout en travaillant d’une certaine manière.

Le double intérêt de la basse intensité

Il y a aussi, à travers la basse intensité, cette idée de développer des compétences, qu’elles soient physiques ou techniques, et faire en sorte d’atteindre un niveau de réflexe sur ta pratique, que ça soit presque inné, que ça vienne tout seul… 

Citation judo Kilian Le Blouch

L’idée du projet de basse intensité, c’est de répéter de manière assez fluide dans le temps et de faire en sorte que les choses viennent un peu toutes seules ensuite, que tu aies des automatismes. Ensuite, ça a aussi beaucoup d’impact physique sur ta récupération et même sur plein d’autres choses, on pourrait aller encore plus loin dans les aspects physio. Mais disons que ça a un effet sur le système nerveux qui fait que tu vas te regénérer, mieux dormir et ça va permettre aux athlètes de mieux récupérer tout en travaillant. Sur une semaine à 4 ou 5 entrainements par exemple, il en faudrait un qui soit plus cool et plus ouvert…

La basse intensité intégrée à l’entrainement, en randori

Il ne faut pas oublier que le vrai randori, comme sa définition l’implique normalement, comme on l’appelle au Japon, c’est quelque chose de très ouvert où tu n’es pas censé « monter dans les tours » plus que ça. C’est d’ailleurs pour ça que les Japonais arrivent à s’envoyer des volumes de travail incroyables. C’est parce ce qu’ils sont sur ce style d’intensité… Alors quand même, parfois, ils font des petites incursions dans des intensités plus hautes durant le combat. Deux ou trois fois dans le match, ils vont démarrer sur 10 ou 15 secondes, lancer une grosse attaque, sa préparation, tout ce qu’ils savent très bien faire, c’est vraiment leur style. Mais ça reste très ouvert. Il y a un grip qui est très fort, ils pèsent beaucoup sur le kumikata, ils ont une vraie force dans le grip mais ils sont capables d’ouvrir les débats.

Et quand ils sont pris, ils ne résistent pas à tout prix pour ne pas risquer la blessure

Et c’est ce qui fait que quand tu entres dans des matchs très longs avec eux, souvent, ils se sentent de mieux en mieux. Toi, tu commences à piocher alors que eux ont l’habitude de s’envoyer des volumes incroyables.
C’est pour ça qu’on pourrait très bien se dire qu’on augmente le volume de basse intensité en faisant des séances de judo classique mais avec le partenaire, on se met d’accord sur le fait qu’on ouvre, vraiment. Du coup, on sera plus en endurance, et là tu te rends compte que tu peux faire plus de randoris et que tu accumules plus de volume d’entrainement et que tu progresses.

La basse intensité pour augmenter le volume

L’idée de la basse intensité, ce n’est pas de juste se dire de faire moins fort, c’est faire moins fort mais plus. C’est ça le principe. Si on compare ça à des sports très orientés endurance (même si je considère que le judo est un sport d’endurance), les athlètes vont faire un kilométrage qui est dingue mais ils en sont capables parce qu’ils ne sont pas tout le temps à bloc. Un marathonien est capable de faire des sorties de 35km, assez cool, plusieurs fois dans la semaine… S’ils avaient le même raisonnement que nous en judo, ils borneraient beaucoup moins, ils en seraient incapables. Mais c’est vrai que c’est un peu l’un des maux qu’on a au judo, c’est de caler toute la préparation physique sur le rythme qu’on a repéré sur les combats, à savoir 20 secondes d’effort, 10 secondes de récupération.

Je ne dis pas que ce n’est pas bon de le faire mais ce n’est pas la seule façon de progresser.

Pourquoi on ne ferait pas des randoris d’une minute très intenses ou des randoris de 10 minutes ? Pourquoi on ne ferait pas plus cool ou même encore plus dur que ce qu’on retrouve en compétition ? On peut varier les modalités !

Préparer un compétition

Partir du référentiel des compétitions passées

Les séances de préparation vont totalement dépendre de tes besoins. Souvent, on part de ce référentiel de compétition, des vidéos. Si tu te prends 6 sorties de tapis sur tes 3 dernières compétitions ou bien que tu as pris 4 sorties de tapis sur 6 shidos, ce n’est pas normal. C’est peut-être le moment pour toi de travailler ça. Il va falloir que tu saches te replacer sur la surface ou il faudrait peut-être aussi que tu réagisses avant de te retrouver dans cette position… Quand le partenaire te pousse, est-ce que tu ne pourrais pas avoir des opportunités d’attaques ? Est-ce que tu ne pourrais pas renverser la vapeur et que ça soit lui qui se retrouve en position défensive ? 

En fait, il y a énormément de cas de figures qu’on pourrait retrouver, juste sur un cas qui est la sortie de tapis par exemple. L’idée est de savoir comment je peux l’optimiser pour faire mieux mon judo en fait. 

Comprendre les différentes situations de combats et leurs implications

Conceptuellement, au niveau de l’arbitrage, quand on dit qu’on pénalise les sorties de tapis, ce n’est pas pour faire joli et juste mettre des shidos. C’est parce qu’il y a des gens qui sortent du tapis pour fuir le combat. Donc la question, c’est comment je fais, moi, pour ne pas fuir et faire en sorte d’utiliser la fuite de l’autre ? Soit il sort et il prend son shido, bien fait pour lui, soit il réagit et là, j’ai une opportunité d’attaque qui est hyper intéressante. Ce sont souvent des zones où les gens paniquent beaucoup, font beaucoup d’erreurs, ils cherchent tout de suite à se replacer, font un mauvais déplacement, et toi, tu peux être capable de le prendre dans le temps.

Donc il y a des opportunités qui se créent dans ces situations.

Il faut comprendre que tu ne combats pas de la même manière quand le partenaire est largement devant en pénalités et que tu dois aller le chercher ou s’il y a 0-0 . Ce n’est pas du tout le même match, il ne se produit pas les mêmes choses. Alors pourquoi on ne te mettrait pas en situation ? Par exemple : tu es mené 2 shidos, qu’est-ce que tu fais ? Comment tu changes de style ? Est-ce que tu fais évoluer ta pratique ? Est-ce que tu te mets à gérer différemment le combat ? Et celui qui mène 2 shidos, qu’est-ce qu’il fait ? Est-ce qu’il enfonce le clou ou est-ce qu’il prend des risques ? 

À un moment donné, il y a aussi des dilemmes que tu peux avoir dans ces situations de combats. 

Moi, ça m’est déjà arrivé : là j’ai deux shidos, il reste 1 minute de combat, est-ce que je cherche à mettre le 3ème ? Est ce que je fais tomber, est-ce que je prends ce risque parce que je peux me faire contrer ? Ou encore tu tiens la manche, le gars fait lâcher. Est ce que tu tiens parce que tu sais que tu peux le faire tomber ? Est-ce que tu la lâches parce que du coup, il prend une pénalité ? ça change tout ! Il y a plein de choses …

Utiliser la vidéo

J’utilise la vidéo différemment selon les cas de figure. Parfois, c’est vraiment pour me remémorer le match et me dire « ok il a fait ça… ». C’est pour être sûr de ce que je vais me noter et lui donner comme objectif dans la semaine ou les 2 ou 3 semaines qui vont suivre. D’autres fois, je vais aller regarder la vidéo avec la personne parce que mon objectif, c’est qu’elle se rende compte et j’ai bien senti qu’on n’était pas alignés dans ce que je lui dis. Elle ne le perçoit pas de la même manière et donc à un moment donné, il va falloir que je m’appuie sur quelque chose de beaucoup plus factuel qu’est la vidéo pour lui dire, regarde. Dans ce cas-là, j’aurai déjà fait un travail préalable.

Sinon, ça arrive aussi que je l’ai en tête. Je me souviens très bien du match et je me dis « séquences 5, 8 et 12, il me fait telle ou telle boulette » et je vais lui montrer les séquences de manière très précise. Mais ça peut aussi être : on regarde le match ensemble et je lui demande ce qu’il ou elle en ferait ressortir alors que j’ai déjà écrit là où je voudrais en venir…

Ça arrive également que je regarde la vidéo avec d’autres coachs. 

Je vais alors leur dire  « les gars, on regarde cette vidéo parce qu'il y a 2 ou 3 trucs qui me chagrinent un petit peu, avez-vous la même analyse que moi ? ». C'est aussi, en tout cas, dans ma position, une façon de me demander comment je peux emmener les gens avec moi.  Si j'ai d'autres coachs qui entraînent des athlètes et que j'ai une manière de voir les choses, l'idée est de savoir comment je la communique. Est-ce que je leur dis « bon écoute, c'est moi qui ai raison, je te dis qu'il faut faire comme ça »  ou bien plutôt « regarde la vidéo, est-ce qu'on ne pourrait pas tomber d'accord ? il y a peut-être un consensus à faire sur le fait que, là, il y a de grosses erreurs et tu vois les mêmes que moi. » 

Ça, c'est un vrai questionnement qu'on peut avoir sur le travail vidéo. 

L’analyse de données

Après, tu peux aller chercher plein d'autres choses. On essaie aussi d'avoir des fichiers Excel où on référence certaines choses, notamment le nombre de séquences gagnées ou perdues, le nombre de pénalités que tu as prises, dans quel secteur… Ce genre de choses. Parfois, ça te saute aux yeux : « whahou, statistique de fous, il a pris 3 gauchers et il a perdu 3 fois sur des gauchers. Il va peut-être falloir qu'on se réveille et qu'on le fasse bosser sur les gauchers ». 

Le fichier, c’est utile parce que parfois, tu l'avais vu mais ça ne te semblait pas si incroyable. 

Une fois, j'ai eu un gars qui perdait tout le temps entre le début du match et la deuxième minute. Si on passe cette deuxième minute, il gagne le match. Tu peux alors te dire que ses démarrages de matchs ne sont peut-être pas bons. Et du coup, on peut aller réfléchir sur ce point précis. Est-ce que sur ton démarrage de match, tu ne devrais pas prendre les choses de manière un peu différente ? Est-ce que tu es vraiment là au début du match ? Etc.  Il y a plein d'aspects que tu peux aller bosser derrière. 

Travailler sur les victoires et les défaites

En général, j’analyse autant les combats perdus que ceux gagnés. Après, c'est vrai que les combats perdus sont souvent plus sources de problématiques que tu fais ressortir. Mais ça m'arrive parfois de regarder l'athlète rien qu'à la sortie du tapis et de lui dire « bon, tu as gagné mais ce n'était pas glorieux ! ». Cela dit, les combats gagnés, ça interpelle moins. Quand tu n'as pas perdu, souvent, les gens passent plus facilement sur le combat et je pense que c'est l'attitude qu'on a aussi, nous en tant qu’entraîneurs, de vite balayer les victoires et d'attacher plutôt de l'importance aux échecs. Mais ça dépend vraiment de l'athlète que tu as en face de toi. Qu'est-ce que tu veux lui faire dire ? Comment tu vas utiliser la data, la vidéo, pour soutenir tes propos ? Toi, tu as une analyse, un peu brute de décoffrage, et quand tu regardes les vidéos, ça colle vraiment fort. Là, ok, tu sais que tu vas emmener l’athlète sur cette vidéo. Si, par contre, ça ne colle pas, du coup, tu te questionnes et tu te dis que peut-être, ton analyse n'était pas la bonne.

Donc la vidéo, c'est aussi intéressant pour te remettre en question.

Après, sur les matchs où ça a super bien marché, tu vas pouvoir dire à ton athlète « regarde, ce qu'on a mis en place sur tel travail, ce que tu as fait, là, ces 5 dernières semaines, c'est exactement ça et tu vois, ça paye, fais-toi confiance, on va continuer. » Ça nourrit aussi le projet :  « tu as vu, je t'ai cassé les pieds pendant 5 semaines, ça valait le coup, regarde le match que tu viens de me faire, tu ne l'aurais pas fait il y a quelques temps. » Parfois, tu vas comparer aussi des matchs qui ont été faits par le passé sur le même adversaire ou un adversaire qui est ressemblant et tu vas essayer de faire des parallèles.

Développer son judo

Partir des forces pour combler les lacunes

Clairement, les lacunes deviennent parfois trop handicapantes pour réussir et faire avancer le projet, les performances. Prenons le cas d’athlètes qui ont déjà un grand vécu même s’ils n’ont pas un palmarès incroyable. Disons qu’ils ont déjà bien roulé leur bosse en judo, ils ont un spécial. C'est peut-être alors à toi d'essayer de construire autour et dire « ok, là, j'ai son point fort et on va continuer à le travailler, à le renforcer, mais il sait le faire. » On va peut-être apporter quelques petites modalités supplémentaires mais si je me mets à déconstruire son seul point fort ou l'un de ses deux seuls points forts, en fait, il devient lambda. S'il a un super uchimata, je ne vais pas lui dire « arrête de faire uchimata »,  je vais lui dire de continuer. Par contre, je vais essayer de lui dire : « on va bosser sur la préparation de ton attaque, sur le kumikata,  peut-être sur tes qualités physiques pour renforcer encore plus ton uchimata. » 

Mais, dans l'idée, c'est essayer de développer autour.

 Et c’est le fait de développer autour qui t’oblige à t'occuper des faiblesses… ou de ce qui n'existe pas ! Parce que parfois, on ne parle même pas de faiblesses, parfois, il y a des gens qui n'ont jamais été habitués à même faire du kumikata par exemple. Moi, j'ai déjà vu des athlètes, à 18 ou 19 ans, ils posaient leurs mains et c'était suffisant. Alors que, en fait, s'il a sa main ici, il est bloqué. Donc il faut qu'à un moment donné, il fasse lâcher, et dans la réflexion, tu lui fais faire quelques fois… Du coup, il se rend compte qu'il a beaucoup plus d'ouverture. C'est un peu des sauts de puce. « OK là c'est acquis, on passe à la suite…" et tu avances, tu essaies de construire. C'est pour ça que je dis qu'il faut beaucoup de temps. 

Travailler par objectif

Je donne de vrais objectifs aux athlètes pour les entraînements où je ne suis pas là. On aimerait que ce soit encore plus ancré, parce que clairement, on voit que c'est un vrai outil d'avoir des objectifs de travail. Et ce n’est pas suffisamment optimisé. Ça, c'est un vrai sujet. Eux aussi, les athlètes, il faut qu'ils aient cette capacité de se dire « il m'a donné quelque chose à faire en début de semaine, il ne faut pas que je lâche ».

Ce n'est pas donné à tout le monde.

Citation judo de Kilian Le Blouch

Parce qu’il faut comprendre qu’à force de tout faire, tu ne fais pas grand chose. En plus, pour objectiver quelque chose, il faut des éléments. Si tu n'es que dans « j'ai fait chuter donc j'ai réussi ma séance », on va vite plafonner. Oui, super, ok, tu l'as fait chuter, mais finalement si demain, tu reviens, peut-être que tu ne vas pas y arriver et est-ce que tu auras vraiment loupé ta séance ? Il vaut mieux se dire qu’on a un objectif et essayer de bosser sur son objectif. On avance, on avance, on avance…

Quand c’est acquis, on essaye de le greffer à de l'existant et d'avancer encore.

Après, tu t’adaptes aussi parce que ça dépend du tempérament de la personne que tu as en face de toi. Si tu as une personne qui n'a pas du tout de difficultés à répéter et faire la même chose tous les jours, tu vas lui dire « allez, vas-y »  parce que tu penses que tu es sur la bonne solution. Mais on ne va pas se mentir, aujourd'hui, notre jeune garde, si tu leur fais faire tous les jours la même chose, ils en ont un peu marre. Il faut trouver des modalités pour que ce soit, de manière non vraiment conscientisée, la même chose mais de manière différente. Que ce soit un peu plus divertissant. Après, parfois, on leur rentre aussi un peu dedans et on leur dit que là, on va y passer un peu du temps parce que, clairement, il y a du boulot. Il faut qu'on arrête de se poser mille questions et d'aller à droite à gauche… Et peut-être que j'ai vu de la lumière ici et qu’on peut y aller ? Non ! À un moment donné, on essaie de maintenir le cap sur quelque chose de très précis et on va au bout des choses.

Travailler seul en tandoku Renshu

Le travail seul, comme font les boxeurs par exemple, je trouve ça intéressant. Mais je pense que pour bien faire l’exercice, il faut déjà avoir une certaine maîtrise. Je sais que j'essaie beaucoup de le mettre en place sur des entraînements, de leur faire faire du tandoku renshu un peu orienté… Mais on se rend compte que c'est peut-être encore plus dur que quand tu n'as pas de partenaire parce que, quand tu as un partenaire, tu as un référentiel qui est en face de toi et tu sais où est sa jambe et comment tu vas la faucher par exemple. Même si dans l’ensemble, c’est pas très qualitatif, tu vas faire un ko uchi gari. En fait, qu’il soit super bon ou moyen, tu vas le faire. Par contre, quand tu vas le faire en tandoku, il va falloir être très très exigeant sur le placement pour que la personne répète un geste très juste et surtout qu'elle comprenne ce qu'elle fait.

Ça peut être, par exemple la préparation d'attaque, le petit déplacement, etc.

Donc finalement, c’est un exercice que je trouve très intéressant mais qui n'est pas à mettre entre les mains d'un débutant. Sauf si tu passes beaucoup de temps à lui expliquer comment on fait cet exercice, ça peut le faire et lui permettre d'aller très vite dans l’exercice. Mais généralement, le débutant, il a envie aussi de toucher, de voir vraiment ce qu'est la pratique. Donc comment j'arrive à donner ces deux éléments ?

Cela dit, pour un judoka plus confirmé, ça peut être son travail de basse intensité justement ! Tu peux très bien le faire là-dessus parce que tu vas pouvoir contrôler de façon très fluide ta fréquence cardiaque. Si tu es capable de parler, c'est suffisant. Tu vas être capable de gérer tes temps de travail, faire le temps que tu veux et peut-être l'augmenter au fur et à mesure pour augmenter ton volume. Tu vas éviter aussi les chocs parce qu'il y a quand même peu de risques de blessure, pas de poids, une opposition qui est faible, peut-être juste un élastique mais ça reste mesurable et tu peux le modifier. Il y a des élastiques avec des résistances plus ou moins importantes. Donc, en fait, tu peux bien maîtriser le sujet tout en visualisant, comme une préparation mentale. D'ailleurs, c'est de la préparation mentale avec de la visualisation pour savoir exactement les objectifs clairs que tu vas mener dans ta pratique. Et à côté de ça, tu vas faire  progresser ta technique et tu vas répéter. Tu vas avoir des automatismes très forts. 

Le judo : aussi en dehors des tatamis

Garder l’intention judo

Sur le fait de savoir si tu dois te concentrer sur des séances judo ou liées au judo uniquement, ou bien si tu inclus d’autres types de pratique comme le footing, la préparation physique etc., ce n’est pas une réponse facile. C’est vraiment conditionné par le nombre de séances que tu fais par semaine, tout comme par ton expérience. Si quelqu'un a un passif de judoka de très longue date, qu’il a énormément pratiqué, énormément répété, peut-être que faire des choses qui sortent un peu de son contexte judo, ça va lui faire du bien. Mais peut-être que si tu n'as pas beaucoup de temps, il faut rentrer dans le vif du sujet.

Du coup, il faudra faire quelque chose où il y a une vraie transversalité entre pratique judo et tes besoins.

Par contre, si tu as un objectif de performance, ce qui doit être tout le temps commun, c'est que même si tu fais quelque chose d'assez éloigné, dans ta tête, tu dois quand même être conditionné pour la pratique. Par exemple si tu fais un squat, dans ta tête, tu es là pour ta pratique. Je pense que juste cette intention-là de travailler en direction de ta pratique, déjà elle t'oriente dans ce que tu fais. L’idée est que même si tu fais des choses assez éloignées, il faut toujours que ça te rapproche. Si tu éludes toutes les pratiques de grip dans ta préparation physique, tu te mens quand même un petit peu parce que, à moins que tu aies le grip le plus important de la planète naturellement, généralement il va falloir quand même que tu continues à le travailler ! Le fait de ne pas oublier qu'il y a quand même des risques de blessures et faire un petit peu de prophylaxie, de prévention etc... ça reste très intéressant.  

Prendre en compte ta réalité d’entrainement

C’est important de regarder aussi le volume de judo que tu as par semaine et de l’opposition que tu rencontres. 

Par exemple, si dans ton club, il n'y a que des -60kg et que toi tu es en -100kg, oui, il va peut-être falloir que tu aies une petite pré-fatigue avant tes séances ou que tu sois capable de charger un peu plus lourd sur ta préparation physique. Ou encore que tu fasses quelque chose de très transférable dans ta pratique judo pour pouvoir retrouver des situations que tu pourrais avoir face à des adversaires de ce poids-là parce que tu ne les as pas à l’entraînement et je sais que ce sont des problématiques qu'ont certains athlètes.
Si tu n'es que sur les aspects techniques dans ton club, là aussi :

Va chercher l'adversité dans ta pratique de préparation physique.

Par contre, si tu as tout ce qu'il faut en termes d’opposition, que tu t'envoies des séances de malade au club et que tu fais des randoris très intenses avec des partenaires de haut niveau, je te conseillerais plutôt de faire de la basse intensité, tranquille, un peu de prophylaxie et continuer à faire ta musculation mais que ça ne soit pas une priorité.
Je pense que c'est la réponse la plus claire qu'on pourrait donner.

La récupération

Dans le cas où tu t'arrêtes longtemps, il va te falloir une reprise progressive, quasiment équivalente au temps d’arrêt. Tu vas générer de la courbature, tu vas devoir reprendre un petit peu les bases. Après, il y a les aspects mentaux, pas seulement physiques. Je pense quand même que couper un semaine ou dix jours dans l'année, ne rien faire, ça peut quand même faire du bien, voire ça me paraît essentiel. Mais ça dépend de tes problématiques. Si le gars décide de couper 10 jours sur les vacances de Noël et qu'il a son poids à gérer, il va peut-être aller agréger un petit peu de préparation physique pour faire en sorte de récupérer tout en maintenant son niveau de poids à peu près cohérent.

Tu as la basse intensité qui, comme pas mal d'autres choses, va avoir tendance à activer le para-sympathique.

C'est l’une des deux facettes du système nerveux et qui va nécessairement activer la récupération. Mais il y a le type de fatigue qu’on a, le travail sur la variabilité cardiaque. C’est quelque chose de plus complexe sur lequel je travaille beaucoup, je ne suis pas encore expert et il va me falloir encore quelques années je pense. En fait, on étudie plusieurs  typologies de fatigue et la sollicitation, en face, va être différente en fonction du type de fatigue. Alors, les plus courantes, c'est de couper un jour ou faire un footing de récupération. Mais parfois, c'est contre-productif de faire ça. Parfois, tu vas plutôt solliciter du travail de sprint, du travail d'explosivité parce que ça va être la meilleure manière de récupérer. C’est ce qui amène de la complexité. 

Éviter le surentrainement

Après, en toute honnêteté, si tu cadres bien ton entraînement et que tu as quelque chose de cohérent, il y a peu de chance que tu tombes dans le surentrainement. Par exemple, tu t’entraînes 5 fois dans la semaine avec le lundi, une grosse séance, mardi tu fais une plus cool, mercredi une grosse séance, jeudi une plus cool, vendredi une grosse séance : tu auras un équilibre dans ta semaine avec un ou deux jours de pause le week-end. 
Là où c'est problématique, c'est à partir du moment où on a des grosses sollicitations, notamment sur les stages, ou sur des athlètes qui font du bi-quotidien. 

En fait, Là, on arrive sur des zones d'ombre sur le type de fatigue de nos athlètes. 

Donc la réponse de basse intensité en mode « tu as une plaquette de médicaments et je t'en donne un peu tous les jours », ça peut avoir son effet de manière intéressante, se dire que tel ou tel jour dans la semaine on le fait, qu'on le met un petit peu en préventif… mais ce n’est pas nécessairement la solution. La vérité c'est que ça active la récupération de manière générale. Après, il y a des gens pour qui, sur d'autres aspects, ça va générer de la fatigue et impacter l’organisme. C'est donc à toi aussi de choisir. 

Moi, je fais beaucoup de sport porté - type vélo - où tu vas moins solliciter tes articulations. 

Du coup, tu fais de la basse intensité, tes articulations, tu les laisses un peu tranquilles, sachant qu'au judo, on a déjà beaucoup d’impacts avec les chutes, le travail d’appui, les torsions etc …  Avec toutes ces sollicitations, il faut peut-être minorer un petit peu parfois. À nous de trouver les bonnes modalités pour mettre en place ce genre de travail. Le tandoku renshu peut en être une, la technique aussi. Il y a plein de modalités pour aller travailler là-dessus et essayer de trouver, en fait, un équilibre dans son entraînement. Chercher des intensités qui sont proches de la compétition et qui vont permettre de progresser dans ce niveau-là d'exigence et en même temps, récupérer, se sentir mieux et avoir un bon volume d’entraînement sans tomber dans le surentraînement.

C'est la complexité.

Citation judo Kilian Le Blouch

Et on en revient à nos idées de constance et qu'il y ait le moins de blessures possibles et le moins de fatigue possible. Si tu arrives à amener ça, du coup, sur le long terme, tu vas gagner et tes athlètes vont s’entraîner plus souvent, plus longtemps et avec moins de bobos. Tu progresses et c'est pour ça que tu vois parfois des athlètes qui arrivent et qui passent tout doucement devant d’autres. En fait, ils ont ces process-là, ils ont moins de blessures et ils passent devant, devant, devant… Ils sont sur leur lancée et ils sont très durs à rattraper. 

Organiser ses séances en fonction de son contexte

Pour finir, il ne faut pas oublier que tous les athlètes ne vivent pas dans le même contexte : pour certains, c’est leur métier, ils ne font que ça. Pour d’autres, qui ont la même exigence, ils sont obligés de bosser à côté, faire d’autres choses, aller à l’école ou avoir plein de sollicitations. C'est une problématique qu'on a en tant qu’entraîneur. En fait, dans notre approche, il s’agit de se demander comment faire pour que tout ça, ça fonctionne ensemble et que l'athlète progresse. Tu ne peux pas fermer les yeux sur le fait qu'il a d'autres choses à côté. Et c'est pareil pour quelqu'un qui s’entraîne 3 fois par semaine et qui a des journées de dingue… La seule fois où tu pourras faire une séance de haute intensité, ce sera peut-être le lundi parce que tu auras récupéré le week-end. Ou alors ce sera le week-end parce que tu seras un peu reposé et que ta tête sera là. Mais il vaut mieux peut-être faire ça et à côté, faire des trucs plus cools et essayer de générer un maximum de forme, plutôt que de venir à l’entraînement, d'être cramé, de continuer à se cramer en s’entraînant. Je pense que c'est aussi, ce qui est un peu plus dur à comprendre pour un judoka qu'on estime loisir, c’est de se dire que ce n'est pas parce que tu ne t'y mets pas à fond que tu ne vas pas progresser. 

On peut se dire que se cramer à l’entraînement, ça va faire progresser mais si tu le fais tous les jours, ça risque de t’impacter. 

Et nous, c'est pareil. Pour les athlètes qui font des études, s'il a cours le lendemain à 8h, si je l'impacte trop, en fait pendant 3 ou 4 mois, ça va peut-être le faire mais il va finir par imploser. Et c'est dur de trouver cet équilibre pour réussir à avoir de la performance.

Retrouver Kilian Leblouch sur les tatami

Mixer les pratiques avec le JJB

Récemment, j’ai organisé un stage à Grigny, très orienté sur la pratique du ne-waza, qui est quelque chose qui m'intéresse beaucoup ces derniers temps, peut-être parce que je vieillis parce que le ne-waza c'est plus facile quand tu vieillis. Mais surtout, si tu es très habile dans ce domaine, tu gagnes des matchs facilement. Donc on travaille avec des spécialistes en ju-jitsu brésilien. Sur ce stage, sont intervenus Olivier Mikalesco, Alexandre Rivière et moi-même. L'idée est de créer des ponts et d'avoir cette transversalité entre la pratique du jujitsu brésilien et le judo. On a l'impression que le jjb est éloigné du judo mais pas tant que ça ; les jujitsukas aussi ont l'impression que le judo c'est loin… Donc comment on fait pour mixer ces 2 entités et prendre le meilleur des deux mondes ? C'est ça le projet. Se nourrir de ces deux mondes pour faire vraiment progresser.

On n'est pas si loin, on a un kimono, il est un peu différent, des fois ils sont de couleur, noirE de leur côté…  

Mais on a les mêmes choses : il y a des projections chez eux, nous on en a beaucoup plus mais sur les liaisons debout-sol, ils ont quelques trucs en plus que nous, on n'a pas, notamment les clés de cheville ou de genou qu'on ne peut pas faire. Mais tout le reste, les clés de bras, les étranglements, on a tout en commun. Je me suis rendu compte, en pratiquant le jiu-jitsu brésilien, qu’il y a plein de choses auxquelles tu n’aurais pas pensé… Alors que c'est tellement simple quand on te l’explique. Je pense qu'on peut aller chercher  pas mal d'infos chez eux et progresser énormément.

Salle de sport et réseaux sociaux

On peut me suivre sur Facebook ou Instagram - je suis un peu plus actif sur Instagram.

J’ai aussi une salle de coaching à Charenton-le-Pont, orienté perte de poids, santé pour monsieur et madame tout le monde… Mais l’idée, c'est de se dire que des gens qui ont accédé au haut niveau et qui ont entraîné au haut niveau puissent donner tous ces petits tips qui ont mis du temps à être maîtrisés à monsieur et madame tout le monde. 

REMERCIEMENTS

Un immense merci à Kilian Le Blouch pour son temps et sa générosité dans ses précieux conseils et toute son expérience partagée !!
Merci à France Judo pour la mise à disposition du lieu d'enregistrement.

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