Axel Clerget recommande 20 exercices en prévention des ruptures du « croisé » spécifique au judo

Axel Clerget recommande 20 exercices en prévention des ruptures du « croisé » spécifique au judo

Axel Clerget...
🥉🥉Double médaillé mondial (2018 et 2019)
🥈Médaillé européen (2017)
🥉Médaillé olympique à Rio (2016)
🥇 Champion olympique par équipe à Tokyo (2021)


Axel Clerget judoka champion olympique

...est aussi kinésithérapeute ! Il partage généreusement un extrait pratique de son mémoire afin de permettre aux judokas de réduire les risques de blessures sur les croisés grâce à une prévention adaptée : l'adaptation du PEP Program qui a diminué de 88% le risque de rupture sur plus de 4000 footballeurs.

Tout le texte et les images ci-dessous sont issus du mémoire d'Axel Clerget qui a accepté que ce soit publié sous forme d'article sur le blog Secrets de Judokas. Merci Axel !

👉 Pourquoi faire de la prévention des ruptures du "croisé", spécifique au judo ?


Pourquoi ?

👉 12,5% des judokas de haut niveau sont touchés par cette blessure. Un judoka a 20 fois plus de chances de se rompre le ligament croisé antérieur qu'un footballeur !
👉 Une rupture du "croisé", c'est 10 mois d'arrêt du judo.
👉 Seulement 20 à 60% des personnes opérées reviennent à leur niveau antérieur.
👉 Le risque d'arthrose s'il y a rupture est élevé.

Pour qui ? 

👉 Tout le monde à partir de 14 ans.
👉 Les femmes en particulier puisqu'elles ont 3 à 5 fois plus de risques de rupture que les hommes, à cause de la forme du bassin différente et de la variation du taux d'œstrogène. La contraception orale diminue d'ailleurs les risques
👉 Ceux ayant déjà eu une rupture, puisqu'ils ont 5 à 25 fois plus de risques de rupture qu'un sujet sain
👉 Ceux ayant les genoux valgum, dit en X

Pourquoi la prévention est-elle efficace ?

👉 Elle permet de travailler les bons muscles, dans leurs bonnes composantes. Par exemple, le travail excentrique des ischio-jambiers qui est un muscle trop faible chez les judokas ainsi que l'augmentation de la proprioception.
👉 Le protocole fut réfléchi par des chercheurs puis adapté aux contraintes spécifiques du judo
👉 On modifie la structure du ligament croisé antérieur en le rendant plus résistant
👉 Le seul fait d'être informé diminue le risque de rupture


Qu'est-ce que le ligament croisé antérieur ?

Le ligament du genou, tendu entre le fémur et le tibia, évite l'avancée du tibia et la rotation interne du genou.

Comment arrive la rupture ? 

Quand le genou part vers l'intérieur (valgus-flexion-rotation externe) ou l'extérieur (varus-flexion-rotation interne) ou en hyperextension sur les mécanismes suivants :

1️⃣ simple changement de direction ;

2️⃣ Réception d'appui après attaque adversaire

3️⃣ des pivots forcés


LE PROGRAMME

👉 Séances de 20 minutes (idéale en échauffement), 3 fois par semaine pendant 6 semaines (en pré-saison de préférence) + un rappel 1 fois par semaine pendant la saison.


1- Échauffement à ne pas négliger

1️⃣ Course marche avant 30 sec

2️⃣ Course marche arrière 30 sec

3️⃣ Pas chassés 30 sec

2- Étirements courts, 10 secondes, et actifs (contraction associée du muscle) pour un meilleur échauffement

1️⃣ Mollets

2️⃣ Quadriceps

3️⃣ Adducteurs

4️⃣ Ischio-jambiers

5️⃣ Psoas

3- Renforcement musculaire pour améliorer la puissance et la stabilité du genou

1️⃣ Fentes avant
3X10 rép

Genou et cheville alignés,
"genou au dessus du gros orteil"

2️⃣ Montées pointes de pieds
30 rép sur chaque jambe

3️⃣ Ischio-jambiers en excentrique
3X10 rép

Le partenaire tient fermement les chevilles. Chercher à contrôler la descente sur la plus grande amplitude possible, dos droit. Remonter en faisant une pompe.

Note : Ajout de poids progressif pour les 2 premiers exercices : 5 puis 10kg pour les -73kg ; 10 puis 20kg pour les +73kg

4- Pliométrie

La pliométrie développe deux qualités physiques primordiales chez le judoka : la coordination et l'explosivité.

⚠️ Attention : ces exercices sont basiques, on cherche la qualité et non la quantité.

👉 La technique de réception est l'élément le plus important. Elle doit se faire :
- en douceur,
- sur la pointe des pieds avant de reposer le talon
- tout en fléchissant le genou
- en maintenant la hanche droite.
Les genoux ne doivent partir ni vers l'intérieur ni vers l'extérieur : "genou au-dessus du gros orteil"

1️⃣ Sauts latéraux par-dessus un plot.
20 répétitions

2️⃣ Sauts avant-arrières par-dessus un plot. 20 répétitions

3️⃣ Sauts sur une jambe par-dessus un plot. 20 répétitions

4️⃣ Sauts verticaux : se tenir debout, fléchir légèrement les jambes et pousser verticalement pour sauter.
20 répétitions
Attention à la technique de réception, minimum 60° de flexion de genoux

5️⃣ Sauts latéraux : 20 répétitions
Attention à maintenir un axe hanche-genou-cheville.

5- Exercices spécifiques judo

1️⃣ Appui unipodal avec déséquilibre intrinsèque 10 répétitions + 2️⃣ "uchi mata sauté" 10 répétitions

Objectif : prévenir la lésion sur réception d'appui
👉 Faire les 2 membres inférieurs

1️⃣ Main droite au zénith puis venir toucher pied gauche (10 allers-retours) : travail des muscles stabilisateurs du genou.

+ 2️⃣ 10 uchimata sautés dans le vide : travail de triple extension du membre inférieur + travail excentrique et stabilisateur à la réception


3️⃣ Pas chassés en miroir :

Objectif : se rapprocher des situations de combat et prévenir les lésions sur les changements de direction + intégrer un aspect ludique dans le travail de groupe.

Chacun des partenaires dirige l'autre pendant 30 sec. L'autre doit essayer de suivre en surveillant sa position de genou lors du changement de direction : pas de genoux vers l'intérieur ou vers l'extérieur.


4️⃣ Pivots contrôlés :

Objectif : prévenir les lésions en position de "pivots forcés" en développant les haubans latéraux.

Rotation des épaules, du tronc et du bassin mais avec des appuis forts au sol. On passe d'une position extrême de stabilité du genou à l'autre (20 répétitions). Déjà sans poids puis avec poids. Possibilité de la faire en unipodal.

Bon courage...


N'hésitez pas à partager en commentaires vos mises en applications de ces conseils ! 👇

Histoires d’humiliation : faire le Japonais [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 5]

Histoires d’humiliation : faire le Japonais [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 5]

ÉPISODE 5 - HISTOIRES D'HUMILIATIONS : FAIRE LE JAPONAIS


SENTIR QU'ON VEUT TE TUER SUR UN TATAMI


UNE INVITATION MÉCHANTE

J’ai eu une mésaventure extrêmement douloureuse avec un professeur du Kodokan. C’était un ancien, un fidèle, qui se donnait une carapace de Sensei. J'aimais faire randori au Kodokan, même si ce n’est pas aussi fort que les universités. C’est plutôt des gens qui travaillent ou des étudiants qui viennent pour faire du judo un peu en loisirs le soir.

Un soir, alors que j'avais déjà fait quelques randori avec des Japonais, un prof tout petit, à peine 1m50, mais très large, vient m’inviter d’une main sévère. « Randori ? » J’avais vu le côté méchant dans son invitation. Évidemment, je dis oui, mais je ne savais pas quelle attitude adopter car je ne savais pas si c’était un Sensei vu son âge. Il avait vraiment cet air méchant. Je me dis que si c’est un professeur, je ne peux pas faire un vrai combat comme avec un jeune. Je ne peux ni être obséquieux, ni condescendant, ni timoré… Je ne savais pas trop quoi faire. Et lui était très fort des bras, méchant.


LA TÊTE PAR TERRE

Soudainement, il me fait un ko uchi gari en me donnant un coup de poing dans le menton et en me mettant la tête par terre. J’étais sonné. Il fait un tour sur lui-même puis me reprend et me refait pareil. Deux fois ! Je me dis "quelle puissance !". Il était fort ! Je me relève complètement sonné ! Et là, il me fait un morote oto otoshi, en me mettant la tête par terre sans me faire rouler. C’était donc la 3ème fois. Il l'avait fait exprès de me mettre la tête par terre. Je savais suffisamment bien chuter pour le savoir. Il me fait alors un signe dédaigneux, avec une grimace, en disant « Ukemi*, no…. », signifiant que je ne savais pas chuter… Et il part sans me saluer, en me tournant le dos.

Il l’avait fait exprès pour m’humilier. Il avait vu qu’il y avait ma femme qui me regardait des gradins avec M. Pelletier. Il m’avait vu faire quelques randori avec des jeunes judokas, randori qui avaient plutôt bien marché pour moi. Il avait envie de me donner une leçon.


"FAIRE LE JAPONAIS"

Je me suis mis à genoux et je me suis senti humilié comme jamais je ne me suis senti dans ma vie. Je sentais l’adrénaline comme si c’était un courant brûlant dans ma gorge. Une humiliation que je n'avais jamais rencontrée dans ma vie. Et je suis resté à genoux, stoïque, sans rien dire. J’ai fait le Japonais. C’était très très dur.

Le soir, j'ai dit à ma femme que j'avais senti que lui, il avait envie de me tuer. J’ai vraiment senti le danger pour ma vie.


CHANGER LA DONNE

Je l'ai retrouvé ce monsieur. Trois ans plus tard, lorsque je me suis installé au Japon. Il a voulu me faire le même coup mais là je savais que ce n’était pas un Sensei. C’était un vieux fidèle… Et les choses ne se sont pas passées de la même manière. Je ne l’avais pas oublié. Et comme j’avais compris que ce n’était pas un professeur, j’ai mis les bouchées doubles. Il ne m’a pas fait tomber sur les mouvements que je connaissais. Je l’ai pas mal fatigué, je l’ai bien mis en mouvement, je l’ai pas mal inquiété et surtout, j’étais prêt à ne rien lâcher. Et c’est lui qui a préféré arrêter le randori avant la fin.

Après, il me disait bonjour tout le temps. Et en compétition, il était dernière moi et il m’encourageait !


NE PAS PERDRE LA FACE

Une autre fois, à Tenri, je fais randori avec un Coréen. C'était l’époque où les Coréens étaient presque encore plus forts que les Japonais, dans les années 96-97. Je mets un beau balayage à ce jeune judoka. Le problème, c'est que c’était devant ses copains. Cela l'a fait entrer dans une folie incroyable... Il faisait tout et n’importe quoi. Il faisait exprès de m’emmener sur le plancher pour me faire tomber, il était aussi fort que brouillon, et il était prêt, corps et âme, à tout et n’importe quoi, pour me mettre minable et ne pas perdre la face devant ses copains. 

Le randori a duré 6 minutes, je n’en pouvais plus. À la fin, il m’a dit « Mister, one more ». Et j’ai été obligé de refaire 6 minutes encore avec lui. À un moment, je n'en pouvais tellement plus que lorsqu'il me faisait le mouvement, je tombais. Sinon, je sentais que mon coeur allait lâcher.


SE NOYER

Nittadai est l'université du sport à Tokyo. C'est une université très forte, là où s’entrainait Koga. Une fois, j’ai été en Tate durant une heure (voir épisode 4), et ça s’était plutôt bien passé. Pour le dernier randori de cette heure de Tate, j’ai été invité par un gars qui faisait bien 15 ou 20 kilos de plus que moi et qui était extrêmement méchant.

Il savait que j’étais fatigué. Il m’a pris, me faisait chuter, mais au lieu de me laisser me relever, il me tenait et me ramassait à bout de bras en m’asphyxiant pour me faire chuter à nouveau. Je lui disais de me lâcher, je lui parlais en japonais... Mais il ne me lâchait pas. J’avais l’impression que c’était comme quelqu’un que l'on veut noyer : à peine la tête sortie de l’eau, on la lui enfonce encore. À un moment, mes poumons étaient totalement comprimés, je n'avais plus d’air. Il continuait de m’empêcher d’en avoir. J'ai réussi à lui donner un coup de poing pour qu’il me lâche, ce qu'il a fait un peu... Mais il m’a repris. Il me faisait chuter, encore et encore, sans me lâcher, même dans le mur. J’essayais de lui demander pourquoi il faisait ça… Mais il ne disait pas un mot. Il avait l’oeil extrêmement méchant. J’étais une serpillère dans ses mains. Il aurait pu me faire claquer sur le tatami.


LE JUDO SAMOURAÏ

Citation sur les différents styles de judo : sportif, traditionnel, loisirs et samouraï

Le judo, c’est plein de facettes. Il y a le judo sportif, comme on voit en France. Le judo loisirs, c’est du plaisir, c’est aussi du social. Il y a le judo culturel comme on voit plus au Japon. Puis il y a le judo samouraï… C’est le combat de la vie. Il y a presque autant de danger que quand on se bat avec quelqu'un dans la rue. On ne sait pas ce qu'il peut arriver, on peut se prendre un coup mal placé... Ça fait aussi partie du judo.

Je ne dirais pas que je suis content d’avoir vécu ça mais ça fait partie de mon expérience. D'autant que, chaque fois, j’étais tout seul.

N’oublions pas qu’il n’y avait pas internet à cette époque. Je ne pouvais pas appeler après l’entrainement, j'étais vraiment complètement coupé de mon monde, seul avec moi-même. La majorité des judokas viennent avec leur groupe... J'ai vu des compétiteurs arriver tout contents ; mais il y a les copains derrière ! Il y a le confort du groupe ; ils restent dans leur confort social ! 


RANDORI AVEC LES PLUS GRANDS CHAMPIONS


EGUSA LE NUMÉRO 2

J’ai beaucoup fait randori avec Egusa, on peut dire qu'il m’a un peu terrorisé ! Il était numéro 2 à ce moment-là. Ce n’est d’ailleurs pas toujours le numéro 1 qui te martyrise… C’est souvent le numéro 2 ou 3, celui qui a beaucoup plus à prouver.

Egusa était un garçon charmant avec qui je m’entendais très bien. Mais à 20 ans, il me cassait la gueule de façon incroyable ! Un jour, j’ai eu le malheur de le faire saigner du nez dans un geste maladroit et après, c’était un enfer ! Il faisait des trucs incroyables… Et lui, il n’a jamais été champion du monde. Il a fait beaucoup de places de 2ème ou 3ème… Mais le numéro 1, c’était Nomura. Tokuno aussi, qui avait détrôné Nomura à un moment.


NOMURA, CE JEUNE MARTIEN

Citation sur les différents styles de judo : sportif, traditionnel, loisirs et samouraï

À Tenri, ils m'ont mis, jour, Nomura en Tate. Il était tout jeune, avec une tête d’adolescent qui sort des cadets. Là, je me suis demandé qui c’était… On ne le connaissait pas car il venait d'arriver. Je le regardais et il faisait tomber tout le monde ! Avec sa tête de jeune gamin… Je me suis dit que c’était un martien. Quelques mois plus tard, aux J.O. d’Atlanta, je vois sa tête dans les journaux : champion olympique. J'ai tout de suite compris. Je n’étais pas surpris.

"JE N'ÉTAIS PAS DU NIVEAU"

J’ai aussi fait randori avec Nomura. Il était gentil et il a fait un randori très cool et sympa. Mais j’avais l’impression de ne rien pouvoir faire ! Dès qu’il ouvre, il fait un mouvement et tu tombes. Je ne sais pas comment il fait. Et tout ce que je voulais faire, il le voyait venir trois heures à l’avance ! Quand je voulais faire mon Uchimata à gauche, il avait déjà conditionné son corps, ses mains... Tout était déjà positionné pour le contourner et faire Tai-o-toshi ou autre chose ! C'est simple, il ne valait mieux pas que j’attaque. Je sentais que toutes mes attaques allaient se porter contre moi. Et avec une facilité !

Sans être égocentré, il faut reconnaitre qu'il y a toujours un peu de narcissisme quand on fait bien le judo. On est content de soi, on sait qu’on progresse. D'ailleurs, quand on fait une activité, c’est aussi pour la confirmation de soi, un peu comme une consécration. Moi, j’étais content de sentir que j’étais fort en judo… Mais à un moment, inévitablement, il faut se rendre à l’évidence face à ces judokas : on n’est pas du niveau.


DES MACHINES À COMBATTRE

Un jour, je me suis entrainé à Meiji. J’ai vu des gars tellement forts que j’ai arrêté l’entrainement. Je sentais que je n’étais pas du niveau. C’est comme si tu emmenais une ceinture blanche ou jaune à l'Institut du Judo*. Peut-être qu’il peut y avoir de la fatigue, c’est vrai. Mais il faut reconnaitre que parfois, le décalage est trop grand. Ça ne peut pas être comblé, il faudrait des années.

EN 2001, je me suis entrainé avec les filles de Cuba, je connais bien Ronaldo. Là-bas, il n’y a pas de randori. Que des uchikomi sur des tendeurs et des nagekomi ! Elle m’ont autorisé à faire l’entraînement avec elles, j’étais le seul garçon. C’était énorme… Je me souviens de Savon, cette championne du monde en -48g. Une icône. Là-bas, ce sont des machines à combattre.


FRÉQUENTER KOGA

Citation sur les différents styles de judo : sportif, traditionnel, loisirs et samouraï

J'ai aussi assez bien connu Koga, notamment parce que j'étais à ses côtés lors de l'inauguration du Pont de Shikoku en septembre 1999. C'est impressionnant car c'est un pont qui relie les 9 îles de Onomichi à Imabari sur les îles de Honshu et Shikoku ; et les travaux duraient depuis 1979 ! Il se trouve que ce pont résulte d'une alliance entre des ingénieurs japonais et français. C'est pourquoi les autorités japonaises ont voulu marquer l'événement par un symbole fort qui rassemble les deux peuples depuis des décennies, et ils ont choisi le judo.

Koga et Patrick Vial ont été invités pour présenter leur thèse et faire une explication technique de leur mouvement spécial. J’étais le partenaire de Patrick Vial pour sa démonstration et j'ai également fait, moi-même, une démonstration technique, invité par Ikonuma (ancien de l'équipe nationale du Japon et responsable du Kodokan). Il y avait aussi une compétition par équipe avec mes élèves du lycée franco-japonais de Tokyo, encore un symbole de l'amitié franco-japonaise.



C'est comme ça que j'ai pu côtoyer Patrick Vial et Koga pendant deux jours. Du coup, lorsque mon fils, June-Raphaël, a eu l'âge de commencer le judo, je l'ai mis dans le club de Koga, à Tokyo, le Kawasaki. Et j'ai également gardé le contact avec Patrick puisque je me suis licencié au club de Maison-Alfort durant 3 ans.


L'ESPRIT DES COMBATS JAPONAIS

Sur l’ensemble des randori, j'ai beaucoup appris d’un point de vue spirituel et psychologique. Il faut dire que mon ex-femme m’a inculqué beaucoup de choses. Même en n'ayant jamais fait de judo, elle m’aura appris beaucoup plus que n’importe quel professeur. À chaque fois que les Japonais faisaient telle ou telle chose, elle était capable de l’expliquer par rapport à la culture. J’ai ainsi appris que, quand tu fais randori, au Japon il y a le côté "tué" ou "être tué". C’est mis en application. Dans les universités très fortes où les gars sont compétiteurs, il n’y en a qu’un des deux qui doit être le patron en randori. C'est comme sur un navire, il y a un commandant. Donc forcément, le gars qui combat avec toi va faire en sorte de l'être. C’est très fortement ancré dans leur tête : qui va prendre l’ascendant sur l’autre d’un point de vue psychologique. C’est une donnée à prendre en compte.


SAVOIR QU'ON EST INCULTE... SIMPLEMENT.

Nous, les Français, on ne connait pas assez le judo. On ne le sait pas et on n’a pas envie de le savoir, mais on est extrêmement incultes. Même si on a une fédération qui est très structurée et organisée, on est beaucoup dans le tape à l’oeil. C’est bien beau de dire qu’on a nos champions avec de beaux posters et des médailles autour du cou. Il y a les kimonos bleu blanc rouge, le coq France, les gars un peu beaux gosses... Mais c’est tellement factice. Tellement de la poudre aux yeux ! Ça ne vaut rien ! Je ne veux pas critiquer les judokas qui font de la compétition parce que ça reste un effort… Mais quand on voit Shozo Fujii ou des gens que j’ai pour héros comme Okano, ils ont une vraie réflexion sur eux-mêmes, sur la vie, sur la culture, sur le judo… Ils ont une certaine vision des choses… Face à eux, on se dit qu'on est inculte ! Extrêmement !


LE PAYS DES PARADOXES

Les Japonais sont ce qu’ils sont et sont aussi le contraire de ce qu’ils sont ! Par exemple, j’ai travaillé dans un restaurant japonais. Nickel, propre, pas une poussière… Mais derrière, dans les cuisines et les vestiaires, c’était n’importe quoi. Sale, le bazar, il y avait des mégots de cigarettes partout et il n’en avaient rien à faire. Ils s’en fichaient complètement ! Autre exemple : on dit que les Japonais travaillent beaucoup, mais ils sont moins efficaces que les Français. On va dire que c’est une société du travail mais ils font beaucoup de choses inutiles. C’est juste beaucoup de temps passé au travail... 

Au judo, c'est pareil. On dit qu’ils sont souples, mais il faut savoir que c’est le pays où il y a le plus de morts sur les tatamis ! Il y a des chiffres ! Mais on n'en parle pas, les gens ne le savent pas.


JUDO SOUPLE OU JUDO DANGEREUX ?

Regardez quelqu'un comme Koga. Extraordinaire, très fort, c'est vraiment un combattant que j'ai estimé et admiré ! Mais si on regarde ses combats, il met des morote sur la tête la plupart du temps ! Championnats du monde 1995 : il met Bourras sur la tête. L’israélien rencontré en final : idem. En quart de final, il fait pareil !

Beaucoup de Japonais font ça. On pense toujours que le Japon c’est souple, mais ce n'est pas vrai. Ça verrouille, ça durcit énormément. C’est le pays où j’ai vu les poignets les plus forts ! Quand ils tiennent le kimono, on dirait qu'ils ont pris un fer à souder : impossible de les détacher du kimono... Mais la différence, c'est qu'ils ont une base où ils savent faire du judo. Leurs mouvements sont très forts. Quand ça part, c’est tellement bien fait, avec une telle puissance... ! Mais le côté souple, délié, relâché comme on aime faire en France en judo loisirs, je ne l’ai pas vu, c’est faux. C’est beaucoup de physique.


DEVENIR 6ÈME DAN JAPONAIS


Pris en main par Yamamoto pour le 5ème dan

Lorsque je suis allé vivre au Japon, M. Yamamoto, 9ème dan, m'avait pris en amitié, en affection. Il m'a donc tout de suite pris en main pour me faire passer le 5ème dan Kodokan. Moi, j’étais déjà 5ème dan français donc j'ai eu à passer un examen de validation. On m’a demandé de passer les kata, la technique et les randori. En obtenant ce 5ème dan Kodokan, ça m’a fait entrer dans les hauts-gradés et obtenir ainsi une entrée à vie au Kodokan. Ça m'a aussi donné l’ouverture pour passer le grade de 6ème dan.


12 années pour un 6ème dan japonais

Pour suivre le cursus complet d'obtention du 6ème dan, je devais faire les compétitions et il y en avait 3 dans l’année. Le Koudansha Taikai, la compétition principale au niveau nationale, le 28 avril, puis 1 mois et demi plus tard le Tokyo no Koudansha Taikai qui regroupe les gens de Tokyo, et enfin une 3ème compétition en septembre au niveau régional. Et à chacune de ces 3 compétitions, on ne fait qu’un seul combat. Si on gagne, on a 1 point, match nul : 1/2 point et défaite, 0. On doit aller jusqu’à 10 points et il faut attendre, dans tous les cas, 12 années.


Une question d'influence politique

Lorsque j'ai atteint ces 12 années, j'avais déjà 13 ou 14 points. Il fallait alors l’acceptation du Kodokan puis passer les kata : le goshin jitsu et juno kata. Au début, M. Abbe, directeur du Kodokan, a demandé à ce que j'ai une autorisation de la fédération française du judo, que j’ai eue. Puis ensuite, il a aussi voulu que je passe d'abord mon 6ème en France avant de l'obtenir au Japon. Comme il connaissait bien la France, il ne voulait pas être en porte-à-faux avec la fédération qui est une grosse fédération, très influente. Je suis quand même allé à la section internationale du Kodokan pour en parler. Un américain et un Philippin étaient passés avant moi sans qu’on leur demande le 6ème dan de leur pays, ils étaient donc dans le même cas de figure que moi ! En réalité, ils n’ont eu aucun problème car leurs fédérations ne comptaient pas. Alors que la fédération française reste la plus forte au monde politiquement. Bien sûr, je trouvais que ce n’était pas une bonne raison pour refuser mon passage puisque c’était une raison politique et non judo ! Surtout que j’avais fait mes preuves au Kodokan, j’étais plutôt apprécié, je m’étais fait remarquer comme un judoka plutôt correct. Donc je trouvais ça dommage. Et ça a fini par être accepté.


L'épreuve du kata

Pendant une année, ils m’ont regardé préparer le kata sans rien dire. Ils m’avaient donné une partenaire qui avait environ 40 ans, une fidèle du Kodokan qui était toujours là, et on faisait donc les katas tous les jours. Mais ce qui était difficile, c'est que chaque jour, on devait montrer notre kata à un Sensei. Je sentais que chaque jour était un examen. C’était extrêmement éprouvant psychologiquement… J’avais du stress, j’étais fatigué, j’avais maigri.

Un jour, ils m’ont dit « demain tu as l’examen ». Mais quand ils disent ça, ça veut dire que c'est fini, que je vais l'obtenir. Ils m'avaient observé pendant 12 ans, j'avais obtenu mes points en compétition, ils savaient qui j'étais. Ils savaient que j'étais prêt, donc ils pouvaient fixer la date de l’examen, comme une formalité, pour valider.  C’était en janvier 2011 et en février, alors que j’étais en Russie dans un sport étude de judo, j'ai reçu un email qui me félicitait pour l'obtention de ce 6ème dan.


6ème dan kodokan, mais aussi japonais

J'étais content car j’ai passé la version complète du 6ème dan, celle du Japon, ce qui est plus que celle du Kodokan. D’autres français comme Pelletier, Jacques Seguin ou Patrick Bigot étaient déjà 6ème dan en France et ont donc passé une validation. C'est un examen de katas mais sans les combats. Jusqu'à présent, je suis le seul à avoir fait tous les combats comme les Japonais. C'est ce qui fait que j'ai le 6ème dan Kodokan bien sûr, mais surtout japonais. Je suis d'ailleurs prêt à continuer pour le 7ème dan, j’en suis à 5 points, je n'ai encore jamais perdu de combat. Mais avec la COVID, j’ai perdu 3 années. Pour anecdote, juste avant la COVID, le Kodokan m’a remis une récompense car j’ai eu 20 ans de participation au Kodokan shatakai, de 1999 à 2019, sans arrêt. 


PROJETS FUTURS


Redresser le club, grâce à des élèves fidèles

D’abord, je voudrais que mon club, le Kogakukan, redémarre. Nous avons pris trois très grosses claques récemment. D'abord, la fermeture du gymnase Garancière qui était notre vitrine, notre QG, un outil de travail exceptionnel. Ensuite, comme pour tout le monde, il y a eu la COVID. Enfin, le trésorier de notre club, qui était par ailleurs mon beau-père, est décédé. C’était un homme d’une immense gentillesse, très courageux, qui avait fait la guerre d’Algérie et qui avait vu des choses très difficiles. Il était 2ème dan, même s'il ne faisait plus de judo, et s’occupait de tout le club : la comptabilité, l’administratif, tout !  Il faisait ça d’une main de maître… D'ailleurs, il représentait le club, il en était l’image. Donc en un an et demi, on a tout perdu.

On redresse le club, ce qui n’est pas facile. Heureusement, j’ai des élèves qui sont fidèles, j’ai beaucoup de chance. Je profite de cette interview pour vraiment les remercier. Il n’y a pas que le professeur, il y a aussi la qualité des élèves !


Les voyages

Je reprends aussi les voyages en Thaïlande puisque j’y suis intervenant depuis 18 ans, dans un lycée. Ils font très bien judo, à la japonaise ! J’y emmène donc de temps en temps mes élèves…

De mon côté, j’espère reprendre prochainement mes allers-retours sur le Japon pour raccorder le réseau, mes connections, reprendre les compétitions et me remettre dans le bain du judo japonais… Je sais qu'inévitablement, si je suis de nouveau nourri par le judo japonais, ça ressortira sur le club et sa dynamique.


À bientôt

On n'a pas eu le temps de parler du Maroc, de la Finlande, du Laos, de la nouvelle Zélande, de l'Australie... J’ai de bonnes anecdotes ! Il faut dire que ces 50 années de judo sont forcément remplies, c'est normal.

Alors à bientôt, pour d'autres épisodes peut-être ?


Cet article est disponible en vidéo 👇🏼 😄

 Abonnez-vous à la chaine Youtube en cliquant ici si vous appréciez !

🎁 🥋 CADEAU : OFFERT MAINTENANT 🥋🎁

Recevez gratuitement le COFFRET JUDOMAP
pour passer vos premières techniques en randori, avec confiance et sans perdre de temps.

Je vous l'envoie tout de suite par email 👇🏽

Les années Japon en totale immersion [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 4]

Les années Japon en totale immersion [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 4]

ÉPISODE 4 : LES ANNÉES JAPON, EN IMMERSION TOTALE


CONNAITRE LE JAPON PAR L'IMMERSION


HABITER AU JAPON ET VIVRE LE QUOTIDIEN

Les 27 fois où je suis allé au Japon, j'étais dans la vraie vie japonaise grâce à ma femme. Je ne partais pas avec un groupe en auberge de jeunesse. Je parlais déjà un petit peu la langue et je pensais que je connaissais le Japon. En fait, non. Je me suis rendu compte que le Japon, on le connaît quand on commence à y vivre. Lorsqu'il faut louer un appartement, prendre les transports, faire réparer sa moto, payer son loyer, son électricité, etc. Il a fallu que je travaille, c'était vraiment l'immersion totale ! C'est là que je me suis rendu compte que je ne connaissais pas le Japon.

Il y a beaucoup de gens qui partent au Japon et s'affichent comme des connaisseurs du Japon, mais non. Même s'ils y vont 10, 20 fois... Ils ne parlent pas bien la langue, n'y ont jamais travaillé, n'ont pas vécu vraiment là-bas.


AFFRONTER TOUTES LES SITUATIONS

Un pays, pour en être imprégné, il faut quand même y passer du temps et vivre une multitude de situations. Par exemple, parfois j'avais des soirées avec des japonais, nous mangions et discutions en japonais, je buvais de la bière... Et même quand la tête commençait à tourner un peu, il fallait continuer à parler japonais ! 

J'ai eu de la chance parce que j'ai commencé à travailler dans un restaurant comme serveur. Or personne ne parlait ni français ni anglais, donc c'était une première épreuve. Ce n'était pas facile d'interagir avec les clients, de répondre à leurs besoins !


SE DÉCOUVRIR CAPABLE DE PARLER JAPONAIS

Ensuite, je suis devenu prof de français chez Berlitz. Ce n'était pas forcément intéressant, j'avais plus l'impression d'être un perroquet parlant qu'autre chose, mais c'était rigolo. Comme je faisais partie du personnel, j’avais le droit d'avoir des cours de langue à un prix très intéressant, j'avais juste la commission du professeur à donner, Berlitz ne touchant rien et mettant les locaux à notre disposition.


Kineo Hori en Nouvelle Caledonie

C'est comme ça que j'ai pris des cours de japonais. Par chance, je suis tombé sur un prof très sympa qui était un ancien judoka ! Il a été très subtil et très intelligent dans sa manière d'enseigner car, voyant que j'aimais le judo, il a décidé de m'enseigner le japonais en construisant des conversations autour du judo, sur les mots que je connaissais. Il me faisait répéter plusieurs fois les mêmes phrases, me posait des questions pour je réponde par l'affirmative... Puis il me les posait pour que je réponde de manière différente, en ajoutant à chaque fois des éléments différents autour du judo. Il aurait pu prendre n'importe quel thème ! Mon niveau de japonais a grimpé... C'est comme si tous les mots que j'avais appris bêtement par cœur, qui ne ressortaient pas, avaient pris place dans les phrases. Une logique de phrase s'est mise en place et tout ce que j'avais appris avant, qui ne faisait même pas partie des cours avec ce monsieur, prenait place.

J'ai commencé à parler et je me suis dit que c'était merveilleux. Je me suis rendu compte que je pouvais avoir des conversations avec des Japonais. J'étais très content de moi parce que je ne pensais pas que j'étais un idiot, mais je me croyais incapable d'apprendre une langue...


UN PREMIER VOYAGE AU JAPON... SANS JUDO

Juste avant de quitter la Nouvelle-Calédonie, on avait convenu, avec ma femme, de faire mon déménagement à l'occasion d'une de ses rotations, c'est à dire en passant par le Japon. C'était donc la première fois que j'y allais. Elle m'a présenté ses parents qui m'ont invité dans un très bon restaurant ; ils m'ont offert un très beau yukata... Elle m'a fait visiter Tokyo, mais là je n'ai pas pu faire de judo. Puis, il y a eu la rentrée scolaire, le PUC, la rencontre avec Paulette Fouillet qui ne m'a pas laissé respirer, Pierre Guichard qui m'avait reçu dans son bureau, d'un air très austère avec la pluie derrière sa fenêtre... Là, l'eau bleue, les cocotiers, c'était fini. Je n'avais plus la même carte postale ! Lorsque Pierre Guichard m'a demandé de donner des cours pendant les vacances scolaires, je lui ai dit que je ne pouvais pas parce que pendant les vacances, j'allais au Japon. Il a accepté parce que le Japon était le pays du judo, mais j'ai senti que ce n'était pas facile !


DU JUDO À KYOTO

Comme ma femme avait des rotations sur Osaka, dans la région du Kansaï, je suis allé faire du judo à l'université de Kyoto. Ce fut ma première mise en tenue, en judogi, au Japon. Je suis tombé dans un club universitaire très sympa, pas forcément un niveau très fort mais ils faisaient bien le judo. Ils m'ont très bien accueilli et m'ont même demandé de montrer une technique. Je n'avais pas trop envie mais je leur ai montré morote otoshi. Ils étaient très contents ! Ils sont très bon public les Japonais ! Même s'ils font judo mieux que moi, ils ont cette gentillesse et cette délicatesse d'être bon public, d'ouvrir leur esprit et d'ouvrir leur curiosité. J'ai dû faire 2 ou 3 entrainements avec eux, ça s'est très très bien passé, et après on est revenus à Paris.

Carte du Japon, région d'Osaka


DE LA FRANCE AU JAPON : RÉFLEXION SUR LE JUDO


LE JUDO JAPONAIS : DANS LES POIGNETS !

Il faut savoir que ma manière de faire du judo convenait bien au Japon. Moi, j'ai eu une formation de judo classique puis, sur ce judo de base, j'ai essayé de devenir fort en faisant de la compétition, avec quand même une forme de corps, une manière de se tenir qui était assez droite. Ce qui m'a surpris au Japon, ce n'est pas la manière de se tenir mais plutôt la solidité du ventre et des hanches. 

Citation judo de Jean-Luc Barré

Et surtout, c'est qu'ils faisaient judo beaucoup avec les poignets. On sent que ce sont des capteurs et par les poignets, ils arrivent à sentir le partenaire. Ils font des appels ce qui leur permet de faire des changements de rythme, de sentir les transferts du poids du partenaire et de sentir à quel moment ils doivent ouvrir et rentrer. Il y a vraiment ce jeu de bras et ce jeu de poignets que je ne connaissais pas. C'est à la fois flexible et tonique. Il y a vraiment une tenue du corps, une attitude générale. On sent qu'ils n'ont pas négligé la base. Peut-être qu'ils ont appris les principes de base du judo sous la contrainte, mais ils les ont vraiment très bien appris. 

Je n'avais pas non plus les défenses que les Japonais ont. Je les ai travaillées. Egalement dans la manière d'amener les mouvements qui est extrêmement efficace et explosive. Il me manquait cette explosivité quand je suis arrivé. Mais j'avais cette base du judo qui me permettait de me faire plaisir et de les comprendre. Le champs était libre pour que je puisse progresser.


UN PARCOURS QUI S'ENRICHIT DU JUDO JAPONAIS

En fait, si je reprends mon parcours de judoka, j'ai eu 3 tendances. D'abord, au début, la tendance du vieux collège des ceintures noires avec M. Correa et mon professeur. C'était un judo d'aspiration, de sensations du corps, de placement, d'études, de recherche, de feeling judo. Après, il y a la période compétition, notamment à Levallois où là, on ne faisait pas dans la dentelle ! C'était de la compétition pure et dure, ce qui me faisait aussi du bien parce que cette base de judo que j'avais, il fallait bien que je la mette en application. Et c'est ça le plus dur. Et enfin, le judo japonais. Là, c'était un peu un mixte de tout ça, avec le côté culturel qui est très fort dans le judo japonais. Ils ont aussi une manière d'apprendre, de penser la technique très différente de la manière qu'on a, en France, d'analyser les techniques. Eux, c'est un peu l'esprit "2+2 = 4". Ils apprennent les techniques avec des gestes clairs : "d'abord ici, ensuite là, et puis ça". Mais il n'y a pas cette fluidité du corps que j'ai pu apprendre dans l'école Correa où on recherchait toujours a être très flexible. Au contraire, il y avait une certaine rigidité, tonicité, avec des gestes simples et très efficaces.

Quand on met tout ça en relief, il faut réfléchir pour essayer de trouver un point commun à tout pour créer sa propre identité judo. C'est pas toujours facile mais c'est ce que j'ai voulu faire : prendre le meilleur des trois. Et surtout, essayer de l'adapter sur beaucoup de mouvements.


L'EXIGENCE D'ENSEIGNER TOUS LES MOUVEMENTS

Travailler tous les mouvements, ce n'est pas forcément pour les faire en randori mais, en tant que professeur de judo, on se doit d'enseigner tous les mouvements. Il faut donc un principe de compréhension du mouvement qu'on doit essayer d'appliquer. Et il y a beaucoup de mouvements dans le judo ! On ne peut pas enseigner toute une année o soto gari, harai goshi ou uchimata. Bien sûr, j'aime ces techniques comme beaucoup de monde, mais je ne peux pas montrer que ça toute l'année ! Il faut savoir varier ! Montrer les sutemi, les contres, des mouvements comme ko soto gake, qui n'est pas une technique facile... Il faut aussi être capable de savoir démontrer un judo pour les lourds. Moi je suis un léger, et une technique ne va pas être entrée pareil quand on est léger que lorsqu'on est lourd. Et pour ça, il faut prendre des risques, il faut se démener.

Citation judo de Jean Luc Barré

L'AVENTURE TENRI


SE PRÉPARER POUR ALLER À TENRI

Ma femme savait combien j'avais envie d'aller à Tenri dont j'avais tellement entendu parler. Elle m'a dit "écoute, je crois que c'est dur mais si tu en as tellement envie, ça va être dur pour toi, mais je pense que ça te fera du bien." Elle m'avait donc conditionné, mis à la page. Parce qu'au Japon, il faut faire attention. Tu dois faire ça, tu ne dois pas faire ci, te tenir comme ça... Comme un enfant guidé par sa mère. Par exemple, quand je prenais l'avion avec elle, c'était en costume-cravate. J'ai quand-même fait tous les vols avec 12h en cravate... Mais je rentrais dans un style de vie. C'était fini la Nouvelle Calédonie où j'étais en claquettes et en short ! C'est donc en février 1995 que j'ai découvert la rigueur et la rudesse des entrainements de Tenri.

On logeait dans la région de Tenrikyo. On a pris les 1ers contacts avec Shozu Fujii, qui était l’entraineur principal de Tenri, en passe d’être remplacé par Mazaki Sensei, avec comme professeur adjoint Shinjii Hosokawa. Lui est devenu un bon copain. Je l'ai invité à mon mariage quelques années plus tard, c'est aussi devenu un élève à qui je donnais des cours de français et le membre d’honneur de mon club !


SOUFFRIR

Les randori à Tenri n’ont pas été faciles. J’ai vu des gars très forts, dont j'ai subi la puissance, avec la dureté des tatamis qui malheureusement ont été changés. Je suis beaucoup tombé et j’aimais bien ces tatamis en paille qui arrivaient au niveau du plancher, même s’ils me faisaient souffrir. Il y avait aussi cette grande salle, l’ambiance, l’atmosphère, les bruits, tous ces Japonais... J’étais seul, il n’y avait pas d’étrangers. J’étais vraiment en immersion totale ! Ça n’a pas été facile. 

À l’époque quand j’y étais, il y avait un entrainement de 3h le matin et un autre l’après midi, tous les jours. Mais moi, je ne faisais qu’un entrainement par jour car lorsque j'ai essayé de faire les deux, j’étais trop fatigué. C’était d’une telle intensité ! Quand je rentrais chez moi, que je me retirais dans la chambre où on dormait par terre, à la japonaise, je m’écroulais, j’avais mal partout. J’ai aimé la dureté. C’était là mes premiers pas, mes balbutiements à Tenri.


L'ENTRAINEMENT

Les entrainements commençaient par un échauffement, plutôt gymnastique, digne d’un club du 3ème âge. Un judoka compte au ralenti, tout doucement, comme si chacun venait de se réveiller. On se serait cru dans un EHPAD.

Ensuite, ils se mettent debout, tout en souffrant, c’est tout un cinéma ! Puis, ils se mettent à faire les uchikiomi et là, tu vois comme ils se placent bien, comme ils tournent bien !

Enfin, ils lancent les randori.

Il n’y a donc pas de cours technique car on considère que c’est déjà acquis. Il faut savoir qu’au Japon, le judo est obligatoire à l’école, donc à l’université, ils sont tous ceinture noire et ont tous les bases techniques. D’autant que s’ils sont là, c’est qu’ils ont choisi de faire du judo, donc ça veut dire que depuis le collège, ils ont ce type d’entrainements quotidiens. Ils sont déjà conditionnés quand ils en sont à l’université !

Moi, je faisais donc 1h30 de randori tous les jours, sans arrêt. Le chrono électronique est lancé, 7 minutes avec 10 secondes entre chaque. Même si ce n’est pas très bien vu, on peut, si besoin, se reposer. Disons qu’en tant qu’étranger, on ne nous dit rien si on fait une pause. Les 3ème ou 4ème année peuvent aussi, éventuellement, se reposer. Mais les 1ère et 2ème année, ça ne passe pas. 


L'ÉPREUVE DU TATÉ : 1h30 DE RANDORI SANS PAUSE

Je me souviens d’une fois où j’ai été en Taté. C’est un mot qui veut dire « bouclier » en japonais. C’est ce qu’on utilisait pour protéger les forteresses. Donc sur un tatami, les taté, c’est un petit nombre de judokas que l’on met au milieu et qui enchainent tous les randori, avec d’autres judokas qui eux, se reposent entre les combats. Ce sont donc toujours des judokas frais, reposés qui invitent ceux, au milieu, en taté.

J’ai été Tate 3 fois au Japon. Durant 1h… et même la 3ème fois, durant 1h30 ! 88 minutes pour être exact. C’était très dur. Je me souviens que tous les Japonais, 1ère ou 2ème année, couraient sur moi pour m’inviter afin de ne pas se faire engueuler par leur coach. Ils savent qu’un étranger sera toujours moins fort qu’un Japonais, qu’ils ont donc moins de chance de se faire casser la gueule que par un 3ème année ! Parfois, j’en avais une dizaine qui couraient sur moi, je ne savais même pas qui choisir ! Et après, ils me rentraient dedans de façon à se faire bien voir par leur coach !


EN ROUTE VERS LE KODOKAN

Après Kyoto, Tenri, je suis allé à Tokyo, au Kodokan, en avril 95. C’est là que j’ai fait la connaissance de maitre Pelletier. Il n’était pas sur le tatami car il était haut-gradé, mais il regardait les entrainements avec ses bras droits, fidèles lieutenants, autour de lui. Et là, j'ai eu une épreuve extrêmement douloureuse...


Cet article est disponible en vidéo 👇🏼 😄

 Abonnez-vous à la chaine Youtube en cliquant ici si vous appréciez !

🎁 🥋 CADEAU : OFFERT MAINTENANT 🥋🎁

Recevez gratuitement le COFFRET JUDOMAP
pour passer vos premières techniques en randori, avec confiance et sans perdre de temps.

Je vous l'envoie tout de suite par email 👇🏽

Un kimono pour passeport [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episodes 3]

Un kimono pour passeport [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episodes 3]

ÉPISODE 3 : "SE SERVIR DE SON KIMONO COMME D'UN PASSEPORT", LE GRAND DÉPART


"ET SI JE FORÇAIS MON DESTIN ?"


INTERNET DANS LA TÊTE

Un jour, je me retrouve à un repas de famille avec ma mère, mon frère, sa femme et ses enfants. Je dis à mon frère qu'ayant vu des photos de Tahiti, j'aimerais bien y aller. Ce sur quoi mon frère me répond que lui, s'il devait partir, ce serait en Nouvelle-Calédonie. Ça a trotté dans ma tête et pendant tout le repas je n'ai pensé qu'à ça.

Carte de la Nouvelle-Calédonie

À l'époque, il n'y avait pas d'internet pour immédiatement chercher des informations dans Google ! Mais l'internet était dans ma tête. Peut-être qu'il y a eu une déconnexion dans mon cerveau, il s'est passé quelque chose. En fait, dans la vie, quand on prend une décision, c'est un temps infime. Le lendemain, le lundi, je vais dans une agence de voyage et j'achète un billet. Deux semaines plus tard, c'était les vacances de Pâques, donc c’était parfait. Sans connaître, sans savoir rien du tout, je suis parti avec mon kimono.

DU JUDO AU COIN DE LA RUE

Quand je suis arrivé en Nouvelle-Calédonie, je ne connaissais personne, je ne savais pas où aller ni où dormir. Je me suis présenté à l'auberge de jeunesse, au-dessus de la cathédrale, parce que c'était l'endroit le moins cher ! J'étais dans une chambre de 6 je crois, un peu bizarre… Et le jour où j'arrive, je tombe sur une place où il y avait la poste et, à un angle, j'ai entendu du bruit comme du judo. Les portes étaient ouvertes : c’était un club de judo ! En plein centre ville, le JCC, Judo Club Calédonien. 

Une fille donnait les cours sans grande passion dans ce club. Je suis allé la voir pour lui demander où il y avait des clubs de judo et si je pouvais rencontrer les responsables. Elle m'a envoyé voir le président de la ligue de judo qui travaillait à l'hôpital. J'y suis allé le jour même ou le lendemain et il m'a invité à venir dans le club où il y avait tous ses enfants, à 30 km de Nouméa. Il était très fier de son professeur, un japonais, qui s'appelait Kinéo Hori et qui est devenu un très bon copain. 


POSTE DE CONSEILLER RÉGIONAL TECHNIQUE

Rapidement, ils m'ont demandé de faire des interventions. Et il se trouve qu’au même moment, il y avait un poste de Conseiller Technique Régional à prendre, parce que l'ancien avait démissionné. J'ai posé ma candidature, à côté de 4 ou 5 autres candidatures posées de France. Mais comme j'étais sur place et qu'ils me connaissaient, j'ai obtenu le poste.

Alors forcément, c’était l’autre bout du monde et avec l'eau bleue, c'était une carte postale... qui pouvait d'ailleurs piéger ! Mais il y avait tout ce qui me sortait de ce que je n’aimais pas de cette vie de banlieue parisienne. Je voulais aller dans un univers qui me convenait mieux et là, c'était ce que je voulais.


LES LARMES DE MAMAN

C’est comme ça que deux mois plus tard, le 28 juin, j'ai déménagé définitivement. J’ai démissionné de tous mes clubs, j’ai fermé mes assurances, vendu ma voiture… Je vendais tout et sous le regard de ma mère en pleurs, je suis parti !

Cela dit, je n'avais pas encore signé mon contrat, c’était tout de même un problème. J'avais quand même tout lâché et j’arrivais donc sans voiture, sans logement… Heureusement, la ligue calédonienne avait prévu un mois d'hébergement dans un motel, ce qui me laissait un temps pour me trouver un logement. Mais pour ça, ou même pour ouvrir un compte en banque, il fallait que j’ai le contrat ! Enfin tout a fini par se faire.

J'ai pris mes fonctions, employé par la province Sud. Je faisais des interventions dans les écoles, j'y allais avec la voiture de fonction, parfois loin, je me promenais pas mal. C'était assez intéressant et j'étais détaché pour la ligue de judo pour faire les entraînements. Avec ça, il y avait des déplacements en Australie, en Nouvelle-Zélande ; j'ai eu l'occasion d'aller à Melbourne pour faire un tournoi, l'Open du Victoria...


LE ZOREILLE

Parallèlement à mes fonctions, je m’entraînais beaucoup avec les judokas calédoniens. Je n'ai pas été si bien reçu que ça, parce que les Calédoniens ont une mentalité assez dure. En même temps, je prenais un poste que certains auraient voulu. Pour eux, j’étais un zoreille, ils ne me connaissaient pas. Et puis, comme j'ai été nommé par le président de la ligue, j'étais dans ses petits papiers et avec les querelles de clocher, les conflits internes, ceux qui ne l'aimaient pas, inévitablement, ne m'aimaient pas sans aucune raison. Du coup, quand il y avait des entraînements de ligue, même si je faisais des randori avec les gars, ils m'envoyaient leurs élèves pour me casser la gueule. 

Kineo Hori en Nouvelle Caledonie

Il y avait aussi Kinéo Hori, qui était le prof de Païta et qui faisait souvent venir des Japonais. Et par exemple, au moment où j'ai pris mes fonctions en juillet, il a fait venir une équipe de 8 Japonais, que des lourds de 120 ou 130 kg. Et bien évidemment, on m'attendait au virage. Il fallait que je fasse randori avec ces Japonais qui étaient quand même d'un haut niveau et lourds !! Sans compter les Calédoniens qui eux aussi m'attendaient au virage … Je me sentais seul, je n'avais pas d'amis, pas de famille, ça n'a pas été forcément sympa.


QUAND L'AMOUR S'EN MÊLE

Côté personnel, 4 jours après mon arrivée, j'ai rencontré celle qui aura été ma future femme : une Japonaise qui me dit... « j'habite à Paris ». Elle n'était pas du tout judokate, c'était une hôtesse de l'air d'Air France qui faisait des rotations  Paris-Tokyo /Tokyo-Noumea. Elle avait beaucoup aimé venir me voir en Nouvelle Calédonie mais elle n'a pas aimé l'ambiance du judo là-bas. Elle n'avait pas envie de venir vivre avec moi et l'amour, bête ou pas bête, m'a ramené sur Paris. On a plus les yeux tournés vers sa femme que vers sa carrière... J'aurais peut-être dû rester en Nouvelle Calédonie, je ne sais pas. J'y ai donc finalement passé 18 mois. Et après, je me suis tourné un peu côté Japon.


LE PUC DANS LA GRISAILLE DE PARIS


PAULETTE FOUILLET ET PIERRE GUICHARD

Kineo Hori en Nouvelle Caledonie

Quand je suis revenu à Paris, Paulette Fouillet, qui est malheureusement décédée, m’a apporté beaucoup. C'était une des profs de Levallois, un pilier de ce club. Elle m'a placé au PUC (Paris Université Club) qui venait juste d'ouvrir le nouveau stade Charlety, c’était en août 1994. Ce stade était tout beau, tout neuf, avec comme président Pierre Guichard. Ils avaient besoin d'un professeur de judo et Paulette Fouillet a dit beaucoup de bien de moi à Pierre Guichard. Après, ça n'a pas été facile. Je revenais de Nouvelle Calédonie, j'avais encore en tête l’eau bleue, les cocotiers… Et là, je me suis retrouvé au PUC avec l'austérité et la rigueur un peu excessive de Pierre Guichard, cet ancien DTN. Lui qui avait décroché un peu du judo pendant quelques années reprenait du galon en étant président d'un club de judo et il avait envie de prendre ça à bras le corps. Et Paulette m'a mis dessus …

ESSUYER LES PLÂTRES

Il y avait tout à faire, on partait vraiment de zéro. Pierre Guichard a insisté pour que je commence début septembre alors que les travaux du stade n'étaient pas terminés ! Comme on dit, vraiment dans les deux sens du terme, on a essuyé les plâtres ! Il y avait du plâtre partout, il n'y avait même pas tous les tatamis …

J'ai commencé à un élève, puis 2, puis c'est monté. Il faut dire qu’il y avait la beauté des installations, toute la cité universitaire en face, toute la publicité que Paulette Fouillet faisait … Ce n'est pas Jean-Luc Barré qui faisait venir le monde, les gens ne me connaissaient pas, mais ils venaient surtout pour les installations.

Et puis j'ai constitué une équipe, après un groupe, et j'ai fini par avoir 300, 350 élèves. Une fois, j'ai eu 60 élèves sur le tatami lors d’un cours adulte. En moyenne, on était toujours entre 35 et 40. Bien sûr, je faisais cours aux enfants aussi.


L'AMBIANCE PUC (PARIS UNIVERSITÉ CLUB)

Le PUC, c’était un peu un moulin, un peu tout et n'importe quoi. Ça allait de la ceinture blanche à la ceinture noire, il y en avait qui reprenaient le judo après avoir arrêté, d'autres qui étaient débutants complets, d'autres encore qui étaient compétiteurs et qui s'affirmaient en tant que compétiteurs, il y avait des judokas de niveau moyen… C’était tout ce mélange qu'il fallait brasser, et il fallait contenter tout le monde. En plus, je n'étais pas le patron, je ne pouvais pas donner ma ligne de conduite. Le judo que je voulais enseigner avec des mouvements un peu différents du mouvement académique fédéral, je voyais que ça ne plaisait pas. Ça plaisait aux élèves mais pas à ma hiérarchie. C’est le problème que j'ai connu au PUC. C’était un peu « tu es gentil, on t'aime bien, on reconnaît ta valeur, on te protège … mais en revanche tu fais ce qu'on veut. Et le jour où il y a des grandes manifestations, tu te recules un petit peu et nous, on se met en avant ». 

Mon ex-femme, qui avait pour ami Shozo Fujii, a réussi à le faire venir 2 fois avec  tout un groupe de profs du Kodokan. J'ai invité beaucoup de clubs, beaucoup d’élèves. Le jour de l'évènement, il y avait l'adjoint au maire du 13e, tout le Staff du PUC qui était là, etc … Et c'est vrai que c'est eux qui faisaient le discours, qui prenaient le cours en main, qui géraient toute la situation. Je n'avais qu'à me retirer, me reculer et à courber l’échine. Ce n’est pas grave, mais c’était l’esprit, voilà.


L'APPEL DU JAPON

À un moment, il y a eu une délégation du Kodokan qui est venue, une dizaine de professeurs. C'était tous des hauts gradés et Yamamoto m'a dit : "venez nous voir au Japon". Moi, entre mon retour de Nouvelle Calédonie en septembre 1994 et mon départ pour vivre au Japon en mars 1998, j'y étais déjà allé 27 fois. Et à chaque fois, en immersion.


Cet article est disponible en vidéo 👇🏼 😄

 Abonnez-vous à la chaine Youtube en cliquant ici si vous appréciez !

🎁 🥋 CADEAU : OFFERT MAINTENANT 🥋🎁

Recevez gratuitement le COFFRET JUDOMAP
pour passer vos premières techniques en randori, avec confiance et sans perdre de temps.

Je vous l'envoie tout de suite par email 👇🏽

La compétition avec Levallois [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 2]

La compétition avec Levallois [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 2]


ÉPISODE 2 : LA COMPÉTITION AVEC LEVALLOIS ET LE CHOIX DU JUDO : "J'ALLAIS MIEUX DANS UN KIMONO QUE DANS UN COSTUME !"


LA FORMATION DU JUDOKA


CHUTER ENCORE ET ENCORE... ET PROGRESSER !

En 1981, je suis devenu l’assistant de Christian Livignac, j'avais 17 ans. 

Quand on est jeune, on aime bien gagner un peu d’argent… J’avais eu la chance de devenir animateur du centre de loisirs qui faisait partie du CIO. Et de ce fait, ça m'a aussi permis d'être l'assistant de Christian pour les cours de judo, le mercredi pendant 4h30 et le samedi, encore pendant 4h30. J’ai donc été son assistant à raison de 9h par semaine, pendant 12 ans ! Jusqu'à ce que je parte à l'étranger.

Je continuais aussi à pratiquer pour moi, et tout ça en plus de mes études. Après le bac, j'ai fait un DEUG d’anglais et j'ai passé un BTS d'action commerciale… Et même quand j’ai passé mon brevet d'état de judo, et que je suis devenu officiellement professeur de judo en 1986, je restais l'assistant de Christian.  Il me prenait comme partenaire, me faisait chuter... j'en ai bavé ! Tout ce qu'il essayait, tout ce qu'il recherchait, il le testait sur moi. Parfois, j'étais fatigué, j'avais mal à la tête. Mais lui, il était pris dans son truc. Ce qui était extraordinaire, c'est que par tout ce que j'ai subi en 12 ans de chutes, à raison de 9h par semaine, il m'aura inculqué son judo. Il m'aura transmis des choses, des sensations que l'on ne peut pas intellectualiser, qui sont de l'ordre de ce que l'on ressent. Bien sûr,  il m'expliquait ce qu'il ressentait, c'était sa sensation à lui, ce n'était pas la mienne... Mais à force de me faire chuter sur sa sensation, il me la transmettait. Quand on faisait un mouvement de judo, c'était jamais bien, alors il décortiquait le mouvement et ça ne pouvait que déteindre sur moi.


CE QU'EST UN JUDOKA : LES 3 AXES

On était dans la recherche. Cela dit, ce n’était pas trop parce que ce qui était bien avec lui, c'est qu’au moment où il y avait les randori, c'était randori ! On savait faire la part des choses et quand il fallait lâcher les fauves, il le faisait ! C'est pour ça qu’après, je me suis dit qu'il m'avait aidé à forger un état d'esprit et une ligne de conduite pour être un vrai judoka : connaitre le judo, savoir faire le judo et être fort. 

Citation de Jean-Luc Barré : être judoka, c'est connaitre le judo, savoir faire le judo, faire face à toutes les situations.

Ça veut dire quoi, être fort ? Ça ne veut pas dire être champion du monde. Ça veut dire être suffisamment solide pour arriver à faire randori et rencontrer toutes sortes de situations. Faire un randori avec un enfant qui a 5 ans, on ne va pas lui faire mal, il faut faire un randori avec lui de manière à ce qu'il s'amuse, à le faire progresser et le faire tomber en contrôlant ce qui n'est pas toujours facile. Après, faire randori avec un enfant de 12 ans, avec un jeune de 14 ans qui est un peu rugueux, avec une fille qui est débutante, un peu frêle, il faut faire attention, on ne va pas faire le combat de sa vie... Et en même temps la fille qui est ceinture noire, qui est déjà costaud et après il y a randori peut-être avec le ceinture marron costaud, qui fait 80 kg, qui a un judo un peu dangereux, il va falloir faire attention, se protéger, mais faire face quand même et après randori avec le compétiteur qui a un niveau plus élevé sans être ridicule.

Quand je dis être fort en judo, ça ne veut pas dire battre tout le monde mais être capable de faire face à toutes ces situations.

Alors je ne dis pas que je représente ces 3 lignes mais je les ai comme schéma en tête : connaître le judo, savoir faire du judo et être fort. Ce sont les 3 axes sur lesquels je me raccroche, ce qui ne veut pas dire que je corresponds forcément à ça. Mais je pense que c'est important, que tout judoka devrait les avoir, sans forcément pouvoir y arriver. Et ce n'est pas le professeur de judo qui parle, c'est le judoka. Celui qui a choisi d'être judoka.


LE GRAAL DE LA CEINTURE NOIRE

J’ai passé ma ceinture noire à 17 ans, ce qui n’était pas si jeune que ça, d’autres l’ont été à 15 ans et demi… Ça s’est passé sous la ligue de Paris, il y avait 4 passages par an avec les katas et les combats. C'était les mêmes règles qu'aujourd'hui : passer les 3 premières séries du Nage no kata pour le 1er dan et marquer 44 points d’un coup, donc 5 victoires, ou totaliser 100 points. Après, j'ai enchainé sur le 2è dan juste avant d'avoir 19 ans.

J’ai alors été obligé de quitter Courbevoie parce que c'était un club d'enfants et d’adolescents. Je n’avais donc plus le droit de m’inscrire après mes 18 ans. Je restais tout de même l'assistant de mon professeur.


L'OISEAU PREND SON ENVOL


TRAVERSER LA SEINE ET PLONGER DANS L'AUSTÉRITÉ

Comme j'avais envie d'aller dans un club un peu compétition, je suis allé au Cercle de judo de Neuilly sur Seine. Là, je suis tombé dans une atmosphère complètement différente. Une ambiance que je n'aimais pas du tout, froide, austère, un peu arrogante. J’y suis tout de même resté 8 ans, de 1982 à 1990, et j'y ai même été professeur.

D’abord, je ne connaissais pas d'autres clubs de compétition. Ensuite, il y avait quand même une émulation. Je n'aimais pas l'ambiance mais les gens m'aimaient bien, je me suis fait quelques copains. Aussi, il y avait un président, qui était le fondateur du club, que j'aimais beaucoup. C'était M. Gingembre, qui est malheureusement décédé. Il prenait les choses à cœur et avait un relationnel avec les jeunes, c'était un peu le papa de tout le monde. J'ai beaucoup aimé ce monsieur, j’avais beaucoup de respect pour ce qu'il faisait, pour le cœur qu'il donnait dans ce club. Enfin, à Neuilly, je faisais partie de l'équipe, j'étais LE moins de 60 kg du club, avant d'être détrôné par un autre qui était plus jeune. Alors quand on fait de la compétition, il y a cet aspect de la valorisation. Même si le club plaît moyennement, on est toujours un peu piégé par la valorisation qui nous fait rester.

Au final, je n'ai jamais gardé un bon souvenir de ce club mais il m'aura quand même aidé à devenir un compétiteur plus fort. 


CHAPITRE SUIVANT : LES PLUS BELLES ANNÉES À LEVALLOIS

Il y a plusieurs chapitres dans la vie d'un judoka. Et là, alors qu'il y avait un conflit interne entre le président et le professeur, c'était le moment de partir. Je n'étais pas mêlé à ce conflit, comme il en arrive souvent dans les clubs, mais l’ambiance a commencé à se polluer. 

Couverture du livre Junomichi, Igor Correa

Levallois venait de se monter à côté, avec la bande à Vacheron, et ça m’a donné envie d’y aller. Tout Villiers le Bel avait déménagé pour y arriver, invités par M. Decherchi, et c'est là que j'ai fait les plus belles compétitions de ma vie. Le niveau était supérieur à Neuilly parce qu’il y avait tout de même des 1ères divisions, avec des gens qui faisaient de la compétition de manière intensive. J’ai eu la chance de faire partie de l'équipe en moins de 60 kg. J’étais en concurrence avec 2 autres gars qui étaient très forts mais j'aimais bien l'esprit de camaraderie de Levallois. Ce n’était pas toujours très fin… mais on rigolait beaucoup. Il y avait une convivialité, de l’émulation, un esprit de fête qui me plaisaient bien et que je n'avais pas trouvés à Neuilly. Un côté fraternel, amical. Mais pendant les entrainement, ça ne rigolait pas, c’était très fort !

LE HAUT-NIVEAU

Les athlètes de haut niveau s'entrainaient à l'INSEP et le soir, ils venaient à Levallois. Moi, je n'étais pas à l'INSEP. Je restais comme quelqu'un qui faisait des études et qui s'entrainait de façon intensive, à côté. J’étais un compétiteur motivé, je venais 2 fois par semaine, le lundi et le mercredi, à Levallois pour les entrainements forts. Les autres jours, j'allais m'entrainer ailleurs. 

Nous nous déplacions en province pour les compétitions. Par exemple, il y avait le fameux tournoi de Canet en Roussillon, tous les ans. Un jour, on est allé faire un tournoi à Tulle… Pour le championnat de France, nous étions une équipe de 7 et j’étais titulaire. On rencontrait des clubs comme Orléans, le Racing, Maison-Alfort… Alors nous étions derrière ces ténors mais c’était déjà pas mal… On était peut-être 5ème. Ça m’a bien plu, j’y suis resté 3 ans, de mes 26 à mes 29 ans. Ce sont ces 3 années qui auront été mes plus belles. D’ailleurs, pour le peu de fois où je le vois, je suis resté en très bons termes avec Roger Vachon ou des gars de Levallois comme Emmanuel Leroux, Christian Chaumont...


SAVOIR FAIRE UN CHOIX ET DEVENIR PROFESSEUR DE JUDO

Quand j'ai obtenu mon BTS en 1987, je pouvais rentrer dans une école de commerce, ou travailler. Bac +2, ça ne casse pas des briques mais on peut travailler. J’ai donc commencé à vouloir répondre à des annonces et passer des entretiens. J'étais tout jeune… Et je sentais que j'allais mieux dans un kimono que dans un costume. Quand on est jeune, on ne porte pas bien les costumes ! Je me regardais dans la glace en costume et je me disais « c'est pas moi ». J'allais à des entretiens, je n'étais pas à l'aise, la plupart du temps je n'étais pas accepté parce qu'il y avait beaucoup de candidatures…

À l'inverse, comme je faisais du judo depuis longtemps,  j'avais l'impression que j'habitais mon kimono. À un moment, je me suis dit :

Citation judo de Jean-Luc Barré : J'ai l'impression d'aller mieux dans un kimono que dans un costume

« Jean-Luc, ce n'est pas toi, ce n'est pas ta vie, choisis-la ta vie ! ». Parce que l'important dans la vie, c'est le choix qu'on fait. Il faut avoir la capacité de choisir, de faire le bon choix, de l’assumer. Et je me suis dit : « Et si je me servais de mon kimono comme d'un passeport ? Je pense que je sais faire du judo, j'ai un brevet d'état, j'ai un bon professeur, j'enseigne déjà, j'ai enseigné dans 8 clubs différents, avec tous les jours des cours dans un club différent ! Il vaut mieux que je reste professeur de judo et après je trouverai le moyen d'aller à l'étranger. ».

J'avais envie de voyager. J’en avais marre de travailler un jour dans ce club-là, un jour dans ce club-ci… La vie en France me fatiguait. J'habitais dans une cité, qui n’était d’ailleurs pas une cité pourrie puisque c’était à Courbevoie, mais ça restait cette espèce de vie de banlieue en HLM. J'avais l'impression que ma vie était fermée. En restant dans ces clubs, j'avais un salaire correct, je pouvais avoir un appartement, acheter une voiture. Mais si dans 30 ans, j’étais toujours au même niveau ? Est-ce que je ne méritais pas mieux ? Et si j'allais un peu forcer mon destin ?

C’est comme ça que j'ai décidé un jour de partir en Nouvelle Calédonie.


Cet épisode est disponible en vidéo 👇🏼 😄

 Abonnez-vous à la chaine Youtube en cliquant ici si vous appréciez !

🎁 🥋 CADEAU : OFFERT MAINTENANT 🥋🎁

🎁 Accédez à ma méthode en 4 points

pour devenir rapide et précis,

et marquer ippon.

Je vous l'envoie par email 👇🏽

✅ Vous acceptez que Secrets de Judokas vous contacte par mail, selon la loi RGPD. Vous gardez le plein accès à vos données et pouvez les modifier ou supprimer à tout instant.

L’école Correa [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 1]

L’école Correa [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 1]

L'interview est disponible en vidéo, en bas de page.

INTRODUCTION : POURQUOI INTERVIEWER JEAN-LUC BARRÉ ?


LA LÉGENDE

Aujourd'hui, j'interviewe Jean-Luc Barré, ce judoka au parcours assez incroyable, qui fête en cette année 2022 ses 50 ans de judo ! C'est assez drôle parce que je connaissais Jean-Luc avant de le rencontrer. 

Le judoka Jean-Luc Barré au Kodokan, Japon

J'en entendais parler comme une légende, comme LE judoka qui avait passé ses grades au Japon, comme celui qui faisait LA compétition annuelle du Kodokan... Je ne comprenais pas bien tout ça mais ça me faisait rêver.

Un jour, alors que j'étais en stage à Tokyo, j'ai vu ce fameux Jean-Luc Barré combattre lors de cette fameuse compétition annuelle. C'était le seul étranger au milieu de tous les japonais. J'étais béate d'admiration et lorsque j'ai vu son judo, je n'ai pas été déçue !

LE CLUB KOGAKUKAN

Quelques années plus tard, deux amis judokas m'invitent à passer dans le nouveau club qu'ils ont rejoint dans le 14ème arrondissement de Paris... Quelle ne fut pas ma surprise quand je suis tombée ... sur Jean-Luc Barré !

 J'ai la chance, depuis, de pouvoir être accueillie chaleureusement dans son club, le Kogakukan, dès que je suis de passage dans la capitale. Et c'est ainsi que j'ai osé demander à ce grand judoka un peu de son temps pour l'interviewer, pour que vous aussi, vous puissiez découvrir son parcours extraordinaire, sur le plan du judo autant que sur le plan humain. Atypique, grand baroudeur, Jean-Luc Barré trace son chemin comme il l'entend à travers les 5 continents de cette planète, avec son kimono comme passeport selon sa propre expression ! Mais à l'écouter, vous comprendrez aussi ce qu'il en coûte pour devenir un judoka de son rang...

ÉPISODE 1 : DE L'ÉCOLE CORREA À LEVALLOIS SPORTING CL

ARRIVER JUSQU'À LA FAMEUSE CEINTURE VIOLETTE


UNE VOISINE BAVARDE

J'ai commencé le judo le 15 septembre 1971, sans savoir ce qu'était le judo. Ma mère non plus ne savait pas ce que c'était. C'est vrai que dans les années 50 et 60, le judo était plutôt pratiqué par des adultes ou des adolescents. Il y a eu ensuite une mode, sans doute, qui s'est mise en place au début des années 70, pour que le judo soit accessible aux enfants.

Ma mère avait une très bonne amie, très bavarde, qui était toujours à l'affût de tout ce qui était nouveau et qui avait inscrit son fils au judo. Elle lui a conseillé de nous inscrire, mon frère aîné et moi, qui étions deux enfants un peu excités, un peu turbulents. Comme on habitait Courbevoie, ma mère est allée se renseigner au club le plus proche de notre domicile, au stade municipal. Ça s'appelait le CIO.


UN 1er COURS AUX 3 BANDES BLANCHES

J'ai la mémoire de mon premier cours parce que, comme l'année était déjà entamée, tout le monde était en kimono alors que moi, j'étais en survêtement Adidas. L'un de ceux qu'on faisait à l'époque, bleu marine avec de grosses bandes blanches... Si je l'avais encore, je le garderais en survêtement de collection ! J'étais très mal à l'aise parce que tout le monde était en blanc, avec un professeur d'une grande sobriété, bien coiffé, joli kimono, ceinture noire... quand il parlait, on entendait les mouches voler. Et moi, j'étais là avec ce survêtement Adidas !


DES AFFICHES QUI FONT RÊVER

J'ai tout de suite accroché. À vrai dire, ce n'est pas uniquement le judo. Dans cette salle, à Courbevoie, il y avait des affiches sur le mur qui représentaient le Japon. On voyait deux femmes en kimono avec des ombrelles face à face ; ce n'était pas le judo mais ça représentait le Japon. Il y avait aussi des posters de japonais en train de faire un mouvement sur la neige avec le Mont Fuji derrière. C’était évidemment les clichés du Japon … mais dans ma tête d'enfant, j’étais déjà transporté.

J'avais donc l'impression d'être dans une activité nouvelle mais aussi d'être dans un autre pays. C'est peut-être cet ensemble, cette atmosphère générale de la salle qui m'ont transporté et m'ont fait tout de suite aimer le judo.

Affiche de deux judokas devant le rond rouge du Japon, pays du soleil levant

Bien sûr, à 7 ans, on n'a pas les moyens de l'intellectualiser, ça ne reste que du ressenti. Mais, comme beaucoup d'enfants, on se laisse piéger par ce ressenti et je ne sais pas pourquoi j'ai continué, je n'ai jamais arrêté. D'ailleurs, en septembre dernier, c'était mes 50 ans de judo !


LES ANNÉES 70, LOIN DES JEUX D'ENFANTS

Le premier professeur que j'ai eu, de 1971 à 1973, s'appelait Philippe Lechap. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Si mes souvenirs sont bons, il était ingénieur et était pas mal pris par ses obligations professionnelles, ce qui l'a amené à laisser sa place à un copain à lui qui s'appelait Jacky Leverdez. Lui est parti en 75 pour aller à La Garenne Colombes. Quand il a quitté le club, j'étais ceinture bleue, j'avais donc 11 ans mais je ne méritais pas ma ceinture bleue, je n'avais pas le niveau. Jacky était un animateur, un meneur d'hommes, quelqu'un qui soulevait l'ambiance mais ce n'était pas un grand judoka ni un grand professeur. Disons que c'était un orateur, il avait du charisme ... Philippe Lechap et Jacky Leverdez ont été mes premiers professeurs mais ils ne m'ont pas marqué dans l'aspect judo, dans la valeur intrinsèque du judo, la valeur profonde du judo. Ils n'avaient rien de particulièrement marquant, c'était des professeurs normaux.

Pour le déroulement du cours, j'ai le souvenir d'un échauffement très classique : les bras, les articulations, la tête, des chutes arrière, latérales, avant... Il y avait le travail d'une technique et après, les randori. Pas de jeux comme aujourd'hui ! On restait vraiment dans la configuration classique d'un cours de judo ce qui, d'ailleurs, a déteint sur moi car c'est ce que je continue à faire dans mes cours. 


L'ÉCOLE CORREA

En 1974, il y a eu une restructuration à Courbevoie. En plus des 2 clubs existants, le Courbevoie Sports et le CIO, s'est créé un nouveau club, en face de la mairie, qui s'appelait La maison des jeunes. Et à ce moment-là, c'était toute l'école Correa qui arrivait sur Courbevoie. 

Photo d'Igor Correa, maitre de judo junomichi

M. Correa a ainsi placé ses pions : Christian Livignac était au CIO, M. Correa était à Courbevoie Sports avec Jean-Jacques Blainville, et Didier Gauguet à La maison des jeunes.

Moi, j'ai eu deux de ces professeurs : Christian Livignac et Didier Gauguet qui, tous les deux, étaient de la même école. Et après avoir été l'élève des élèves de M. Correa, j'ai été l'élève direct de M. Correa parce que j'allais m'entrainer chez lui. J'étais très fier de faire partie de son école, c'était bien avant qu'il ait son club dans le marais. Ce qui est étonnant, c'est que maintenant, j'habite juste à côté de ce club. Je passe toujours devant avec beaucoup de nostalgie. M. Correa est décédé en 2000.

C'est surtout Christian Livignac qui m'aura tout appris, transmis tout ce que j'ai en ressentis en judo.  Ce qui est drôle c’est que je l’ai rejeté, ce professeur, au départ. Il faut savoir qu’il avait un autre club à Paris, l'UPAM, où il avait des élèves qui étaient très forts, beaucoup plus forts que nous. Un jour, il est arrivé, il m'a vu et il m'a dit : « Toi, tu n'as pas le niveau de ta ceinture bleue. ». Ça manquait un peu de diplomatie ! J'étais vexé et, contrariés, mon frère et moi avons quitté ce club pour aller à La maison des jeunes avec Didier Gauguet. On n'y est resté qu’une seule année parce qu'au CIO, on avait tous nos copains.


UN PROFESSEUR DE JUDO CHERCHEUR

Par la suite, on s'est mis à aimer Christian Livignac. On a appris à le connaître. On a vu qu'il avait un franc parler, qu’il était direct mais profondément gentil et profondément passionné de judo. C'était un chercheur. On ne lui attribuera pas le titre de grand sportif ni de judoka mais celui de chercheur. Il a fait du tennis comme il faisait du judo, de la plongée pareil ; il faisait de la cuisine comme il faisait du judo. C’est à dire qu’il passait son temps à réfléchir. Il disait « J'ai eu une insomnie la nuit dernière, j'ai réfléchi et je me suis demandé pourquoi on ne ferait pas uchimata comme ça... ». A chaque fois qu'il venait, il avait quelque chose de nouveau.

Il nous a fait progresser et il m'a donné la fameuse ceinture violette à 13 ans, puisque j'étais trop jeune pour avoir la marron qui devait être délivrée à 14 ans seulement.


FAIRE DE LA COMPÉTITION... ET CHUTER !


ALLER SEUL EN COMPÉTITION : TOUT UN MONDE À AFFRONTER À 13 ANS

À cette époque, il y avait les compétitions USEP qui sont des compétitions scolaires. On faisait les championnats des Hauts-de Seine, d'Île de France… Mais comme le CIO était un club non affilié à la Fédération française de judo, Christian Livignac nous licenciait dans son autre club, privé, l’UPAM à Paris. De ce fait, même en étant à Courbevoie dans les Hauts de Seine, nous faisions le championnat de Paris en représentant l’UPAM. C'est là que j'ai commencé à faire les championnats de Paris benjamin, minimes, cadets, junior.

J'ai aimé ça tout de suite. Pourtant, on était un petit peu tendus parce que ce professeur nous envoyait en compétition mais ne nous accompagnait pas. Tous les compétiteurs que l'on rencontrait avaient leurs parents, leur famille, leur professeur ; ils étaient coachés. C'était un peu la foire d'empoigne, il y avait du bruit, et nous, on se sentait tout seuls, isolés, à combattre quelqu'un qui était encouragé bruyamment alors que nous, nous n’avions aucun encouragement. Il fallait donc se battre contre ça. On avait été un peu protégés dans notre petit cocon familial de judo et là, on était impressionnés.

C’est comme ça que les plus déterminés ont continué à faire de la compétition mais ce n'était pas la majorité. Beaucoup ont préféré rester tranquillement à faire leur cours de judo hebdomadaire. Moi, j’ai tout de suite aimé la compétition.


CLIVAGES ENTRE LES CLUBS : UNE HISTOIRE D'IDENTITÉ

Aujourd’hui, les clubs veulent avoir leur identité. Il y a les clubs qui sont un peu judo traditionnel ; beaucoup de clubs qui sont loisirs, basés sur le social ; des clubs compétition ; et puis des clubs mitigés qui sont un peu tout… Sans oublier d'autres qui sont plus option « école de judo » sans fermer la porte à la compétition.

À l'époque, il n'y avait pas encore une grande connaissance du judo et il n'y avait pas ces clivages. Le clivage, c’était plutôt entre le collège des ceintures noires et la fédération… D’ailleurs, M.Correa, pour marquer sa différence avec la fédération, avait appelé notre judo le « Junomichi », ce qui veut dire la même chose...

Pour Christian Livignac, c’était particulier.  Il était élève de Correa, c’est vrai, mais un peu son élève turbulent. Du coup, son club était très compétition. Cela dit, il enseignait bien le judo, manière Correa… avec sa touche compétition ! Ses élèves se distinguaient bien sur les compétitions de Paris. Les judokas de l’UPAM nous cassaient la gueule au début, quand ils venaient à Courbevoie ! Mais après un an ou deux, nous avions rattrapé leur niveau. Ils sont devenus nos copains et on a vraiment fait un groupe UPAM.


Cet épisode 1 est disponible en vidéo 👇🏼 😄

 Abonnez-vous à la chaine Youtube en cliquant ici si vous appréciez !

Lettre mensuelle shin gi tai pour judokas

REJOINS MA LISTE PRIVÉE

et reçois, chaque semaine, mes meilleurs conseils judo.

>