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Déjà un an que Paris 2024 nous a fait vibrer… des souvenirs que je n’oublierai jamais, depuis le bord des tatami en tenue de volontaire. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler de « Guillaume Fort », dont le parcours me paraissait aussi intéressant qu’original : professeur de judo en club, en collège en tant que professeur d’EPS, entraîneur pour les pôles et coach de l’équipe de France pour les JO de Paris 2024 !J’ai mis le temps mais j’ai enfin pris mon téléphone pour le contacter : une petite visite en région bordelaise pour faire quelques randoris et échanger sur sa pédagogie, ce serait possible ? 

Guillaume, ainsi que tout le club SAM Judo, m’a accueillie à bras ouverts et je les remercie énormément pour ce super moment de judo ensemble ! Quant à l’interview qui a suivi, elle aurait pu durer plusieurs heures… et j’en suis sortie en me disant que j’aurais adoré être l’une de ces petites ceintures blanches que Guillaume a amenées jusqu’à la ceinture noire !

Bonne lecture !

Guillaume Fort : de l’athlète de haut-niveau à l’entraineur olympique

Je suis Guillaume Fort, professeur d’EPS actuellement après un parcours d’athlète de haut niveau ; j’ai été en équipe de France entre 1996 et 2006. 

Ensuite, je suis devenu professeur de club, au club de Saint-Médard-en-Jalles entre 2008 et 2022, et en 2017, j’ai été parallèlement entraîneur du Pôle Universitaire de Bordeaux, structure qui avait été créée à ce moment-là pour poursuivre le travail effectué en Pôle-France. J’avais donc une double casquette sur cette période. Et puis en 2023, j’ai stoppé ces deux activités-là pour devenir entraîneur de l’équipe de France olympique pour les Jeux de Paris 2024. Des jeux où on a tous vibré et qui se sont hyper bien terminés. 

Quel modèle d’entrainement pour la performance ?

La pratique du randori

Des randoris qui évoluent dans le temps

Quand on s’engage sur du haut niveau, on est censé avoir des bases techniques acquises et aller vers un petit peu plus de dureté dans l’engagement et la multiplication des randoris, du moins à mon époque où le modèle du haut-niveau était calqué sur celui des randoris. Par rapport à aujourd’hui, il y avait un petit peu moins de secteurs où la technique est individualisée par rapport à aujourd’hui. Par contre, par rapport aux années 80 où les randoris étaient très longs, un mode un petit peu inspiré du Japon mais rudes, nous étions sur la rationalisation de ces randoris. Cela veut dire qu’on adaptait les temps de récupération un petit peu de la même façon que sur la préparation physique et qu’on proposait des temps différents de combat en fonction de l’échéance qu’on voulait préparer. C’est grâce aux secteurs scientifiques des années 90 que ça a pu évoluer vers cette rationalisation tout en continuant à viser la performance. 

Ne pas subir sa séance

Les entraîneurs de club ou fédéraux – ce qui fait écho toujours un petit peu au même débat – t’aident à mettre l’accent sur le thème que tu vas aborder dans ta séance. En fait, on ne peut pas démarrer un entraînement sans savoir ce qu’on va y faire. 

On ne s’engage pas sur une séance à vide, en la subissant. Si, par exemple, cinq randoris de 4 minutes sont annoncés, il ne faut pas les faire pour les faire ! Il faut se dire : « dans ce randori-là, je vais faire Seoi » par exemple ; ou « je vais essayer d’empêcher un droitier de monter sa main… ». Il faut toujours partir avec un thème et c’est pour ça qu’on parle d’accepter la chute parce qu’au final, même si tu es tombé mais que tu as réussi intrinsèquement ton objectif, tu as réussi ta séance. Cela m’a d’ailleurs beaucoup servi pour l’expérience 2024.

D’abord, ce qui est dangereux, c’est de focaliser sur quelque chose qui ne marche pas. Se remettre en question après chaque entraînement, ce n’est pas bon. Au contraire, il faut savoir analyser ce qu’on a fait et en tirer des conclusions pour la prochaine fois. D’une séance à l’autre, on va avoir un rebond en fonction de ce qu’on a fait.

Distinguer l’entrainement de la compétition

Ensuite, il ne faut pas être binaire et se dire : « je n’ai pas réussi ça, je suis nul ». Il faut toujours garder en tête que c’est un entraînement ! Ceux qui font de la compétition savent bien que l’entraînement et la compétition sont deux environnements différents. Je me souviens d’une anecdote :  alors que je travaillais tout le temps Haraï-goshi ou uchimata à l’entrainement, le jour du Tournoi de Paris où je fais deuxième, je mets plein de Sumi-gaeshi, ce qui n’a rien à voir ! Certes, c’était dans mon répertoire et c’était même l’un de mes spéciaux mais ce n’était pas du tout ce que je travaillais spécifiquement à ce moment-là. C’est ça la différence entre l’entrainement et la compétition : le jour J, on s’adapte au profil qu’on a en face et c’est le corps qui parle, ce n’est plus l’intellect.

Amener de la variation dans ses thèmes

Enfin, on peut choisir d’insister sur un thème et se dire «Tiens, hier j’ai fait ça. Peut-être qu’aujourd’hui, je vais refaire la même chose mais en prenant des gabarits plus légers. On va voir ce que ça donne. » On peut amener de la variation à ce qu’on fait. On peut aussi passer à autre chose et y revenir ensuite : ça marche bien, ça ! Souvent, quand on focalise trop sur quelque chose, on y pense trop, on intellectualise trop. Alors que c’est ça qui est bien dans notre sport, c’est qu’on mûrit des trucs avec plein de secteurs différents à travailler et c’est comme ça que se met en place, par touches successives.(voir « comment travailler avec des thématiques »)

Comprendre l’expérience du randori de travail

Le randori relâché : une expérience qui se vit

Cette histoire du randori est un éternel débat parce que, pour en faire comprendre l’importance, il faut vivre l’expérience. Ça ne se décrète pas, ça se vit. Et comme tu n’as pas beaucoup de gamins que tu accompagnes depuis les baby jusqu’à la ceinture noire, il faut du martelage constant et de la démonstration. J’explique pourquoi il faut faire comme ça et comment il faut le faire… mais ça reste compliqué à transmettre.Le problème, c’est que les gens confondent yaksuku-geiko et randori. C’est à dire que si tu dis qu’il faut être ouvert, ils se laissent faire et c’est du tour à tour. Mais ce n’est pas l’idée du randori.

En randori, il faut vraiment avoir d’abord les mains fermes et après bras, épaules, hanches relâchées et là, on travaille. Ce n’est pas qu’on se laisse chuter mais c’est qu’on ne se tord pas en douze au risque de se blesser si on est pris. Je le dis tout le temps quand je vois mes élèves. « Mais, chute, là ! Tu vas te faire mal, ça sert à quoi ? Qu’est-ce que tu vas perdre si tu tombes ? Par contre, relève-toi et vas-y. » Même moi, athlète, si je chute, ce n’est pas grave. L’idée c’est : combien de fois, moi, j’ai fait chuter sur ce que je voulais faire, sur ce que je voulais travailler. À la fin, on ne doit retenir que ça.

Quelle pratique du randori en club ?

Le défi d’accepter la chute

Personne n’aime chuter. C’est d’ailleurs ça qui est compliqué : même si on sait que chuter en randori, ce n’est pas grave, c’est très dur de l’accepter, d’autant plus à haut-niveau. Moi, lorsque j’étais athlète, j’arrivais à le tourner en point positif en me disant : « bon, j’ai chuté, c’est l’entraînement … Maintenant, justement, ça a décuplé mon envie de faire chuter l’autre. ». J’ai alors pu remarquer que c’est à partir du moment où tu acceptes de tomber à l’entraînement que tu te libères de ça et que tu attaques indépendamment du regard des autres et de tout ce que tu peux avoir autour.

Différentes intensité sur des temps dédiés

Tu peux avoir des temps dédiés. Par exemple, tu vas faire des randoris que tu vas axer sur la recherche : « Vous démarrez avec obligation de poser les deux mains et puis vous faites judo comme ça ». Après, tu peux avoir certaines séances où tu vas t’occuper plus spécifiquement de ceux qui font des compétitions, où tu vas mettre un petit peu plus d’intensité et où tu vas dire que le but du jeu, c’est de rentrer un peu dans le shiaï. Mais il ne faut pas le faire trop souvent, surtout en club parce qu’on est dans un apprentissage, un échange. 

Tout le monde ne fait pas de compétition, chacun vient chercher des choses différentes. Chacun veut vivre l’expérience du judo, de la posture, de faire tomber, d’être efficace et d’avoir de la sensation. Donc à 80 % du temps, ça doit être une posture, du mouvement et de la recherche d’efficacité, de comment faire tomber, de la recherche d’esquives etc… C’est ce qui a toujours été le système des Japonais. Ils font 10 à 20 randoris par jour mais ils le font à une intensité qui leur permet de le faire. Si on se met en mode bagarre, on ne peut pas tenir ce temps de randori.

Passer du randori à la compétition

Acquérir de l’expérience

L’apprentissage de la dureté, tu vas l’acquérir dans ton expérience de compétiteur, c’est à dire en compétition, ce qui est un autre exercice. En fait, la dureté de la compétition, tu ne vas l’expérimenter qu’en compétition. Regarde un marathonien, il ne court jamais un marathon pour s’entraîner. Nous, c’est pareil, tu ne vas pas faire un championnat à la place d’un championnat.Par contre, tu vas pouvoir faire des ponts entre ce que tu vois en compétition et tes séances au club, ce que tu vas travailler en randori. Et le judo est bien fait car tu as plein d’exercices conventionnels, comme les kakari geiko qui permettent de mettre des thèmes et d’avancer sur ce que tu as décidé.

Comprendre ce qu’est le kumikata

Pour apprendre le judo, il s’agit de ne pas confondre le fait de « faire lâcher les mains », où il ne va rien se passer du tout et ça va être complètement stérile et avoir une position où les mains sont posées, et là, il y a l’intelligence du corps. C’est ce que je n’arrête pas de marteler à mes élèves. Lorsqu’on ne se rend même plus compte de ce qu’on fait parce que les gestes sont automatisés, c’est là qu’on commence à se régaler dans ce qu’on fait. Par contre, ça demande de l’expérience et donc du temps. 

Profiter de la diversité sur un tatami

Tous ensemble…

Dans mon club, j’ai 70 élèves adolescents et adultes, avec des ceintures blanches ou ceintures de couleurs qui ont commencé adulte, comme l’une de nos doyennes qui a 70 ans, ceinture bleue, et qui est déterminée de façon incroyable ! Mais on a aussi l’une de nos cadettes 1ère année qui est déjà montée sur le podium aux France, magnifique ! Cette hétérogénéité est super sympa à vivre, surtout quand tu sais que c’est difficile d’avoir des cours adultes où il y a beaucoup de monde. Ce qui me plaît, c’est de ne pas mettre le loisir d’un côté, les compétiteurs de l’autre parce que, finalement, on fait tous un peu du loisir.

… avec des niveaux

Quand je fais une intervention technique, je fais la même chose pour tout le monde. Par contre, je propose des niveaux. Par exemple, je vais démontrer quelque chose et je vais dire : « Ça, c’est la solution la plus facile. » Après, si vous arrivez au niveau 2, vous faites ça. Et puis, parfois, je peux proposer un troisième petit niveau, sur des déplacements, ou sur une technique, ou sur des petites variables d’ajustement et comme ça, chacun s’y retrouve. Et s’ils arrivent à faire le truc facile, ils essayent, ils sont curieux, ils vont piocher un petit peu plus haut et puis, ils m’appellent pour que je le montre à nouveau. Je pense que ça, c’est super important.

… et surtout de la régulation.

La base de l’enseignement d’après moi, c’est l’observation et la régulation de ce qui se passe. Ne pas être trop ambitieux, rester simple et voir après tout le cours qui va défiler. Même si tu as prévu des trucs, il faut rester absolument sur ce qui n’est pas compris, le réexpliquer de manière à ce que ce soit acquis.Sur les randoris, tout le monde est libre. Les loisirs vont souffler, ils vont faire un randori sur deux et les compétiteurs, je vais leur donner, en off, à eux, des consignes précises : « Tu fais comme ça, tu fais comme ça, qu’est-ce que tu en penses ? … ». J’ai cette manière-là d’individualiser.

Un état d’esprit

Et en fait, quand tu as deux univers différents qui se rencontrent, le confirmé va s’adapter, donner des conseils au débutant ; il va un petit peu tutorer… C’est ça que j’adore parce que c’est vraiment dans l’esprit du judo.Mais sur tout ça, je n’ai pas tellement de mérite parce que c’est ma première année dans ce club-là et l’état d’esprit était déjà comme ça. Par contre, je fais en sorte que ça se poursuive parce que c’est génial. Je suis vraiment content parce qu’on vit une expérience humaine super sympa. On est sur le tapis, c’est du sérieux sans se prendre au sérieux et ça c’est bien. 

Maîtriser les bases pour progresser jusqu’au plus haut-niveau

Du judo pour l’échauffement 

Pourquoi les clubs font-ils toujours courir pour commencer ?

Les déplacements et le tandoku-renshu, c’est l’alphabet, la grammaire du judo et ça se pratique toute la vie. Pourquoi ne pas commencer les séances avec ça, étant donné qu’on fait du judo ? On commence à petite intensité avec un petit peu de travail articulaire lié à ce qu’on va travailler ou avec du tandoku, puis augmenter le niveau de difficulté et poursuivre dans la continuité, la progressivité des choses… Parce qu’en fait, en athlétisme, ils démarrent leur séances en courant parce qu’ils font de l’athlétisme !

Nous, ça fait des décennies entières qu’on démarre en courant mais pourquoi faire ? J’avais commencé à remarquer qu’à l’étranger et à l’INSEP, ça se faisait de moins en moins. De temps en temps, c’est bien d’y revenir ; ça peut être un réveil musculaire, une mise en action en trottinant… mais ça ne doit pas être un réflexe comme on le voit dans pas mal de clubs.Surtout qu’on peut faire des tours avec des tsugi ashi, taï sabaki ou des choses comme ça, c’est tellement riche ! Ça demande une bonne coordination et une bonne posture. Et curieusement, tu te rends compte que ce n’est pas ancré, qu’il y a beaucoup de gens qui sont soit trop sur leurs appuis, soit en déséquilibre avant, etc …. Finalement c’est difficile !

L’intérêt des « aller-retours » entre les différents exercices

Tu as le temps de tandoku-renshu, l’expertise en uchikomi, le nagekomi et le travail en opposition avec les randoris. Est-ce que, justement, ce ne sont pas des allers-retours incessants entre toutes ces entités qui fait que, quand tu as compris le niveau supérieur, tu reviens à ton tandoku-renshu et là, tu es meilleur. Est-ce que le tendoku-renshu ne te permet pas, finalement, d’être bon sur la suite ? Est-ce que tout n’est pas interdépendant ? C’est pour ça que c’est important de toujours faire tous ces exercices, cela permet les « allers-retours » et donc la progression.

La spécificité du tandoku renshu… même en compétition

Sur le temps du tandoku-renshu, tu as ton schéma moteur en tête. Tu visualises clairement, tu sais utiliser tes mains à vide parce que tu sais où est ton partenaire, tu l’as imagé. C’est plus facile d’avoir la notion de l’espace et la notion des appuis au sol. C’est pour ça que c’est intéressant d’y revenir vraiment souvent. Ce n’est pas une perte de temps. Je le dis à mes gamins quand ils partent en compétition : pendant l’échauffement, tu vois tout le monde qui tourne encore et encore autour du tapis et au moment où tu veux travailler, commencer à faire des uchikomi, tout le monde s’y met et il n’y a plus de place ! Moi, je conseille à mes athlètes ou mes élèves de commencer à faire des déplacements plutôt que de tourner, de faire les trucs qu’on travaille au club et tout de suite après, commencer à faire uchikomi pour gagner du temps. Ce serait quelque chose d’intéressant à creuser.

jusqu’au plus haut-niveau

À haut-niveau, quand on est arrivé en tant qu’entraîneur avec mes collègues, on a fait énormément de travail de tandoku-renshu parce que certaines bases de placement de certains judokas étaient perfectibles. En fait, comme à ce niveau-là, tu vas vers l’opposition avec beaucoup de randori, tu ne prends pas toujours le temps de revenir un petit peu sur les bases. 

Nous, on l’a fait, et ça a donné des résultats, au niveau du placement, qui étaient incroyables. Il y a beaucoup plus d’efficacité et de fluidité dans les gestes et après, ça fait tomber. J’ai souvenir, lors d’un stage au Japon, au Kodokan, avec Baptiste, du travail de liaison debout-sol avant la séance, sur des thématiques très simples, vraiment très, très simples… mais qu’il faut répéter tout le temps. Tout le temps. Ce que font les Japonais, ce n’est pas compliqué ! Par contre, c’est tellement maîtrisé que c’est magnifique.

(voir le programme de tandoku-renshu de Secrets de Judokas)

Greffer des éléments sur les bases

Façonner son corps avant tout

Je pense que c’est lorsque ton corps est façonné avec la bonne posture qu’après, tu peux rajouter des éléments. Et c’est là que tu t’amuses. Aujourd’hui, par exemple, je ne fais plus de compétition, je fais randori pour le plaisir et parfois, j’essaie un petit truc comme ça… et ça marche parce que mon corps a expérimenté toutes ces dimensions dont on a parlé précédemment donc je peux y greffer un truc. C’est pourquoi je pense qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège des recettes magiques qui tournent maintenant sur les réseaux, où l’on voit un mouvement spectaculaire, sorti de nulle part, qu’on essaie de refaire. Il faut toujours le rattacher à un contexte parce que sinon, c’est complètement décousu. Il s’agit bien de partir d’une base et après, éventuellement, dans un deuxième temps, construire sur de l’originalité. 

Le Seoi de Koga, l’O-soto de Ono

Koga, qui a révolutionné le judo moderne, faisait des Sode à une main, c’était un monstre. Ce gars-là, il savait tout faire en réalité. Mais quand il venait en France et qu’il montrait seoi, les gens devaient être souvent déçus parce qu’il montrait la base ! Et c’est le même cas pour Ono sur son O-soto-gari : il te le montre dans sa forme hyper classique ! Il crochète bien la jambe et puis c’est tout… Mais par contre, c’est répété.

Comprendre le judo de son athlète pour l’aider

Il n’y a pas un seul mouvement de judo qui est fait de la même manière. Il n’y a pas deux uchimata similaires. C’est pour ça qu’en tant que professeur-entraîneur, il faut vraiment s’adapter à ce que fait l’élève ou l’athlète, sans vouloir qu’il reproduise ta forme de corps mais plutôt que toi, tu comprennes la sienne. 

Pour ça, il faut bien penser que tu as le visuel mais aussi la sensation. Quand tu es entraîneur, il faut pratiquer sur le tatami parce que ces deux notions sont hyper importantes. Quand on a fait randori ensemble par exemple, j’ai pu sentir qu’à un moment donné, ça manquait de tirage, qu’il fallait être plus collé ou bien que je serais parti dans une direction diagonale si tu avais insisté… Et peut-être que ça, visuellement, je ne l’aurais pas vu. C’est le côté kinesthésique, sentir l’autre faire, sentir le jeu de main, le jeu de posture. Tu apprends beaucoup sur ce que fait l’autre et ce que tu peux lui transmettre. Et ça, c’est super intéressant. 

Analyser ce qu’on sait faire

Avant d’entraîner, j’ai aussi observé ce que je faisais. Par exemple, sur Seoi, je me suis dit « Ah oui, c’est vrai que quand je faisais chuter, cette direction était vers là… ». On dit qu’on part sur l’avant mais non ! ça ne marche pas en fait. Si tu pars sur l’avant, tu tombes sur la tête, tu fais mal à l’autre… Il faut partir en diagonale. Et on arrive d’ailleurs sur le débat de l’attaque à genou parce que, pour moi, si elle est bien enseignée, elle n’est pas dangereuse. Il faut donner aussi les armes aux jeunes de comprendre que, quand tu fais une technique, il faut apprendre à protéger, c’est à dire à te protéger et à protéger ton partenaire. À partir de là seulement, tu peux mettre de l’intensité. C’est une dimension qu’il faut bien penser et bien enseigner.

Comprendre le rôle que l’on a par rapport à son partenaire

Être un bon uke, ça s’apprend !

Sécuriser émotionnellement pour la chute

Être un bon Uke, ça se cultive dès le plus jeune âge. Dire « fais ça », ça ne suffit pas. Il faut donner des armes, les moyens d’y arriver. Cette année, au collège, donc avec des élèves qui n’avaient jamais fait de judo, j’ai mené des séances de judo debout avec un apprentissage de la chute donc. Puis, à un moment donné, vient l’apprentissage de Taï otoshi, ou du moins un simili de Taï otoshi pour ne pas trop les brusquer, puisque de toute façon, c’est le principe qui est important, pas forcément la technique. Quel est le réflexe du débutant qui va chuter ? Faire le tour et hop, un petit saut et voilà ! Il faut donc lui enseigner : « attends, reste bien droit, si c’est fait à droite, mets ton épaule droite en arrière de manière à rester bien droit face à l’axe de chute. Après, ton partenaire va te sécuriser parce qu’il sait le faire, il a appris à tenir la manche. Puis toi, tu vas faire ce qu’on a fait tout à l’heure, la petite chute avant, tranquillement et tu vas voir qu’en plus, la chute, elle va être à ton initiative au départ. » Donc tu sécurises son rôle et du coup, ça va. En sécurisant émotionnellement sa chute, tu vas en faire quelqu’un déjà de moins crispé. Et quelqu’un qui va sourire au reste. 

Apprentissage… et suivi !

Si tu donnes de vrais temps pour apprendre, ça doit aussi être suivi tout le temps. Par exemple, la capacité d’esquive, tu la travailles en kakariko mais normalement, aussi en randori. Souvent, en randori, on a tendance à contrer parce que faire tomber, c’est la récompense immédiate. Mais c’est un raccourci pour « gagner son randori » ce qui, en soi, est antinomique. Maintenant, si lorsque tu te prends O-uchi-gari, tu lèves la jambe et que tu reprends l’initiative, c’est plus compliqué mais c’est plus judo… et ça veut aussi dire que tu es un super partenaire.

Avoir un rôle

Il s’agit donc de travailler l’esquive, le relâchement des épaules et des hanches ; et puis, surtout, avoir un rôle. Quand tu fais un travail précis avec un partenaire, il faut avoir la bonne réponse. Par exemple, pour l’exercice qu’on faisait, hier, sur la poussée de la main, le rôle du partenaire est primordial et il n’est pas évident. Il faut bien expliquer, à chaque fois, ce que doit faire Tori et ce que doit faire Uke. Ce que j’aime bien faire, d’ailleurs, pour l’Uke qui ne comprend pas, c’est de faire avec lui pour qu’il sente la gestion de l’énergie qu’il faut avoir, le relâchement qu’il devrait avoir et qu’il n’a pas. « Regarde, là, je suis fort sur mes doigts. Toi, tu es fort sur les doigts mais sur aussi sur l’avant-bras, le biceps et l’épaule. Donc tu es tout crispé et ça ne marche pas. » Encore une fois, il faut qu’il vive aussi l’expérience.

Jouer son rôle pour que tout le monde progresse

Établir un état d’esprit

En judo, c’est bien Tori plus Uke. Tu as donc un rôle prépondérant quand tu es Uke et quand tu le comprends, ça devient un état d’esprit. On n’est rien sans l’autre et si l’autre a des mauvaises réponses corporelles, on ne peut pas avancer dans son objectif de travail. Il faut donc comprendre les réponses judo qu’il faut avoir, ce qui relève du ressenti. Quand tu fais randori, tu t’attends à ce qu’il se passe quelque chose. Tu vas reculer un pied parce que tu sens qu’il y a un mouvement, il y a un appel de hanche qui fait que… C’est comme quelqu’un qui fait un ippon seoi avec la main ballante, tu sais très bien qu’il va préparer ça ; c’est visuel mais c’est aussi ressenti. Donc le rôle de Uke, ça s’apprend, ce n’est pas du tout ingrat et ça fait partie du rôle du judoka. 

Réversibilité des rôles

Je pense qu’il faut valoriser les Uke et plus précisément à haut niveau. À mon époque, lorsque j’étais athlète, si tu étais Uke, c’était « merci, au revoir ». Aujourd’hui, c’est différent, on fait travailler les jeunes. 

Quand je faisais des séances avec Joan (Gaba) ou avec d’autres athlètes, il y avait une réversibilité des rôles, c’est à dire que le Uke n’était pas seulement Uke. À un moment donné, il va travailler et les garçons, qui sont de super mecs, acceptent le truc et comprennent qu’il sont là pour être aussi Uke. Un Romain Valadier par exemple, il venait avec son pote et ils faisaient tous les deux la séance. Ceux qui préparaient les compétitions avaient un ascendant, évidemment, avec un objectif précis mais on n’oubliait pas de faire travailler l’autre. Les athlètes sont demandeurs de ça. Il y a un vrai bel état d’esprit de leur part.

Préparer les compétiteurs

Travailler la technique

Apporter des détails précis

Entraîner à haut-niveau ou enseigner en club, je pense que c’est la même chose. Sauf que quand on va vers le haut-niveau, et c’est ce que j’adorais faire aussi, on va faire de la technique individualisée avec un athlète. 

On va trouver une réponse à ses questionnements et aux choses qu’on va identifier comme perfectibles. On va mettre l’accent avec une précision chirurgicale sur un truc. « J’aurais plus vu cet espace là, plus vu ça etc ». Corriger quelque chose. On va amener des touches supplémentaires à ce qui se passe.D’abord, il faut avoir intégré les bases pour comprendre le détail. Ensuite, tu peux avoir intégré une foule de détails, il faut être mûr, avoir compris le truc pour l’amener à très haut-niveau d’exécution, c’est à dire pour une exécution optimale.

Revenir sur des bases et les améliorer

Si tu y penses, déjà le placement d’une technique, le timing, tout ça, c’est dur à comprendre. Après, c’est dur à réaliser. Il faut avoir digéré toutes les étapes du mouvement. Après, il faut le réaliser en opposition. Et puis, même si tu sais passer ta technique dans l’opposition, même à haut-niveau, tu vas avoir besoin de « retours en arrière ». Par exemple, on parlait de Seoi : « Ah tiens, ton gake n’est pas assez orienté diagonale. »  Ça veut dire que même s’il arrive à passer de temps en temps, ça peut se perdre et puis ça pourrait se perfectionner pour le passer deux ou trois fois plus. Donc, tu restes toujours dans cette approche-là. Sans oublier le truc essentiel qui est de l’adapter à la forme de corps du judoka, avec son kumikata et ses préférences motrices à lui. Toi, tu essayes d’avoir l’œil : « tiens, cette direction, tu peux la compléter en allant là … »

Marquer ippon

On va trouver une réponse à ses questionnements et aux choses qu’on va identifier comme perfectibles. On va mettre l’accent avec une précision chirurgicale sur un truc. « J’aurais plus vu cet espace-là, plus vu ça etc ». Corriger quelque chose. On va amener des touches supplémentaires à ce qui se passe.D’abord, il faut avoir intégré les bases pour comprendre le détail. Ensuite, tu peux avoir intégré une foule de détails, il faut être mûr, avoir compris le truc pour l’amener à très haut-niveau d’exécution, c’est à dire pour une exécution optimale. Globalement, tu fais du perfectionnement pour être efficace donc pour marquer ippon. Que ce soit pour la compétition ou pour tes randori en club, c’est pareil, pour moi il n’y a pas de différence.

travailLER LE technico-tactique

Par contre, à l’approche des jeux, on faisait du technico-tactique par rapport à ce que le règlement nous imposait de faire. Par exemple, prendre le temps d’attaquer avant. On ne parle même pas de marquer ippon, mais schématiquement, jusqu’en 2024 – c’est en train d’évoluer un peu – si tu attaquais et que tu faisais trois séquences comme ça sans que l’autre n’en fasse, ça mettait shido à ton adversaire.

On a donc travaillé un peu pour mettre les gars dans l’esprit : « Voilà, vous avez 10 secondes à faire, tu es mené ; si tu n’attaques pas et que l’autre te ferme un peu le jeu, qu’il te pourrit un peu le match, tu perds le combat. Donc, à toi de trouver un espace pour lancer une attaque, quelle qu’elle soit. »  Le problème étant qu’ils le font très bien au niveau international et que ça peut pourrir le judo de quelqu’un qui construit.

Prendre en compte le profil de chaque judoka

Sur ce plan technico-tactique, il n’y a pas tant de « profil de judoka » à considérer. Prendre en compte le profil de chacun se fait plus en préparation physique, sur le fait d’aller chercher la filière avec les exercices qu’il faut. Côté judo, on va se concentrer sur ce que l’athlète sait faire et sur ce qu’il doit faire. 

 Pour cela, on a fait beaucoup de séances vidéos pour voir ce que leurs adversaires faisaient, en resserrant le jeu au fur et à mesure parce que, à l’approche des Jeux, on connait de plus en plus ceux avec qui on va combattre. Mais l’idée, c’est que ce soit juste une indication.Ce sur quoi on se recentre, c’est vraiment sur l’athlète : « Comment est-ce que tu fais ton judo ? Quels sont tes points forts ? Comment tu les utilises ? ». C’est là-dessus que l’accent a été mis avant Paris 2024.

L’exemple de JoAN-Benjamin Gaba

Dans le documentaire « Gaba : le nouveau monde« , on comprend que Gaba va généralement au Golden score et que c’est, le plus souvent, en sa faveur. Mais il ne l’attend pas volontairement. C’est plutôt qu’au début, il n’arrive pas à marquer dans le temps imparti et qu’il a de telles ressources qu’il n’a pas peur que le combat dure. Alors on sait que s’il va au Golden score, ça va, il est bien. Même si le fait d’aller dans le Golden, c’est dur ! Les gars sont très forts, ils se connaissent, ils étudient à la vidéo. L’espace de jeu est compliqué. Donc quand il écrabouille le Moldave en une minute  en demi-finale, on est content aussi ! Et il sait aussi faire ça. D’autant plus que maintenant, il a une palette technique qui s’est vraiment étoffée.

Prendre en compte le judo des adversaires

L’intelligence de combat

Tu dois prendre des informations sur l’autre mais tu ne dois pas t’adapter à lui parce que sinon, tu n’es plus dans la volonté de faire chuter mais dans celle de ne pas vouloir tomber. Il faut comprendre la nuance. Il s’agit donc de prendre en compte des paramètres comme le fait de savoir qu’il est droitier par exemple. Du coup, toi, tu vas avoir ta manière de faire sur droitier parce que si tu l’appréhendes comme s’il était gaucher, tu vas un peu te tromper. Par contre, c’est à toi de voir s’il change des choses pendant le combat ! Un combat, c’est l’intelligence contre une intelligence. Comment vas-tu t’adapter à ces changements-là ? C’est ça qu’on appelle l’intelligence de combat ! Après, tu as un coach qui est censé t’aider avec un œil extérieur et c’est d’ailleurs son rôle en réalité. Mais toi, tu dois faire ton combat et, dans ce que tu sais faire, si l’autre change une donne, tu dois être capable de de t’adapter à cette donne-là, avec ton propre judo.

Limiter l’information

Ça ne sert à rien d’avoir une caisse à outils avec cinquante-mille outils si tu ne sais pas t’en servir au bon moment. C’est pareil pour les infos : ça ne sert à rien d’en avoir trop, étant donné que tu ne feras jamais le combat à l’avance.

 Même si tu sais que ce gars a marqué là-dessus, un combat ne sera jamais le même. L’autre a bossé entre-temps et sa posture sera peut-être différente, il va peut-être avoir travaillé quelque chose. Il ne faut donc jamais se fermer à l’idée d’un combat qui se passera de telle ou telle façon. Sinon, c’est là qu’on est surpris et qu’on perd. Émotionnellement, on peut être marqué. Il faut toujours être prêt à vivre un truc qui peut changer et qui ne va pas être comme on l’a prévu. 

connaitre son adversaire

Lorsque j’étais athlète, avoir déjà rencontré un adversaire pouvait me rassurer. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Surtout que parfois, ça pouvait justement me faire rentrer dans une routine pré-installée. Et c’était là, le piège. Donc, finalement, avoir la fraîcheur de n’avoir jamais pris la personne et ne pas pouvoir se dire « voilà, il est orienté comme ça, il fait à peu près ça, gaucher, droitier, il a tel type de saisie », c’était bien. Après, c’est vrai que c’est toujours mieux de savoir ce qu’il fait dans les grandes lignes et d’établir un schéma, sans émotion, en se disant « J’ai telle ressource, je peux faire ça, à tel moment, etc ».

Pendant la compétition

Avec les athlètes, aujourd’hui, on part sur de l’analyse vidéo avant les combats en essayant de mettre toutes les éventualités possibles et ça reste en tête. Le coaching sur la chaise, c’est très bien, c’est de la régulation en fonction de ce qui se passe à l’instant T. Mais les combats se préparent avant, dès qu’on connaît les tirages au sort. Ensuite, on fait le débrief, après le combat, en fonction de ce qui s’est passé.

Conseils pour progresser

Pour ceux qui visent le haut-niveau

Avec le plaisir de pratiquer chaque jour

Déjà il faut être passionné et toujours avoir de la rigueur. Après, ça dépend des profils : certains ont besoin de se projeter vers des résultats en se disant « je serai champion olympique », d’autres non. Mais le moteur, ça doit être le travail qui amène à quelque chose. Et la passion, ça doit être le ciment de tout ça. Parce que cette passion, c’est ce plaisir de pratiquer qui va t’amener à être de plus en plus performant et aller vers des médailles.

Ne pas se décourager

Attention, aujourd’hui, il y a un petit peu de « championnite » avec, par exemple, les championnats de France minimes : c’est hyper jeune, hyper tôt. 

Il ne faut donc pas vraiment s’inquiéter si ça ne marche pas tout de suite, il ne faut pas se frustrer. Le judo est un sport à maturité tardive. C’est techniquement difficile au niveau de la coordination donc il ne faut pas se décourager même si le système dit qu’il faut aller très vite vers des résultats. Personne n’est pareil. Il y a plein de profils différents, avec des éclosions un petit peu tardives. D’autres performent très jeunes mais arrêtent… Il faut suivre son chemin. Chaque chemin est singulier. J’ai plein d’exemples en tête de gens ou d’élèves à moi.

Revenir aux bases

Il ne faut pas non plus hésiter à revenir souvent vers les bases. Revenez dans vos clubs voir vos premiers profs, vos copains parce que c’est toujours hyper important de re-pratiquer avec ses copains dans une ambiance où on a débuté. C’est ça qui a fait qu’on a pu aller, ensuite, en structure. Il ne faut pas l’ oublier et toujours garder en tête le plaisir de pratiquer.

Faire des études

Surtout, pensez à vous former, faire des études car c’est un peu le nerf de la guerre. On parle de double projet : c’est justement ce qui m’a amené à être professeur d’EPS et entraîneur olympique et athlète. Tout ça, c’est parce que j’ai toujours mené tout de front. Aujourd’hui, j’arrive d’ailleurs encore à mener les deux de front… C’est parce que je suis sur ce que j’ai toujours aimé faire, c’est à dire transmettre, que ce soit au niveau de jeunes collégiens ou de judokas.

La transmission

Enseigner

Devenir professeur d’EPS

J’ai compris que j’aimais être prof d’EPS seulement lorsque j’ai fait mon premier cours. C’était au lycée Marcelin Berthelot de Saint Maur, j’y étais stagiaire et c’était génial. Je crois qu’à l’époque, c’était le meilleur lycée de France ou au moins il était sur le podium, quelque chose comme ça.En fait, avec mon cursus judo, je n’avais pas fait beaucoup de stages. J’avais bien une petite idée mais je ne savais pas trop, je ne l’avais pas vécu. Mais lorsque j’ai eu le concours, il a bien fallu y aller. Je suis sorti de ma première heure de cours et je me suis dit : « mais c’est trop bien, en fait ! ». Heureusement parce que, sinon, ça aurait été compliqué !

Nouer des ceintures blanches

Le fait de de devenir professeur de judo, c’était un besoin viscéral. Je venais d’arrêter ma carrière sportive et je savais que je voulais vraiment transmettre. Mais je pensais « petit » : je voulais des petites ceintures blanches et les faire devenir ceintures noires parce que c’est trop bien de les mener jusqu’en haut. Je me suis alors rendu compte que c’était très dur de fidéliser. Surtout, les gamins, leur vie change dans le sens où certains veulent faire autre chose, certains déménagent, d’autres n’aiment plus ça, ont d’autres appétences.

Ce qui paraît évident au départ, c’est qu’on va prendre un jeune, lui montrer tout ce qu’on sait faire et que ça va forcément marcher. Et non, ce n’est pas une science exacte. C’est vraiment un sport très délicat de ce point de vue-là. Finalement, je n’en ai pas eu tant d’élèves que ça, depuis la ceinture blanche jusqu’à la ceinture noire. Mais j’en ai eu !Au final, avec cette envie de transmettre, je suis resté dans mon premier club pas loin de 15 ans. Les choses se sont mises en place assez naturellement parce que mon passé de sportif de haut niveau m’a précédé. Les gens m’ont suivi et ça a commencé à monter en niveau. Des compétiteurs ont éclos, leurs performances ont été belles et de fil en aiguille, j’ai eu une équipe garçons et une équipe filles qui sont montées en première division. Alors ce n’était pas forcément moi qui les avais formé à 100% mais il y en avait et il y avait aussi des gens sont venus parce qu’ils adhéraient au projet et je n’allais pas forcément chercher à l’extérieur. Ou encore les gens du club qui allaient chercher leurs amis et du coup, l’état d’esprit était formidable.

Vivre des expériences de vie

Finalement, je me suis retrouvé à nouer des ceintures blanches, ce que j’ai adoré, à former des judokas à la compétition jusqu’au niveau national et après, à coacher des finales olympiques. Mais j’ai toujours eu autant d’émotion pour une finale olympique que pour une médaille départementale.Parce que le cheminement personnel est là; être champion, c’est être champion de sa propre destinée et si ton niveau doit s’arrêter au département, que tu fais troisième au championnat départemental, c’est « trop bien », tu as vécu une expérience de vie !

Respecter le choix ce chacun

Quand tes élèves font des médailles, tu es super content parce que c’est du circuit de la récompense. Tu vois un gamin heureux, tu es heureux aussi, tu sais qu’il va y retourner et que ça va amener des choses quel que soit son parcours. 

C’est ça qui m’a animé, tout en respectant le choix de chacun, parce que tu en as qui ne veulent pas faire de compétition. Tout fraîchement moulu de mes années de compétiteur, je crois qu’au départ, j’étais très axé compétition. Et puis au fur et à mesure, tu regardes et tu tu te rends compte qu’il n’y a pas que ça. Il y a des gens qui veulent apprendre et souvent, ils ont plus de fraîcheur d’esprit encore que ceux qui font de la compet’, plus de curiosité. C’est pour ça que tout le monde a sa place et qu’on a un sport incroyable là-dessus.

 réunir tous les profils sur le même tatami

Tout le monde a son rôle sur un tatami. Chacun peut prendre la parole. Tu vois, durant les randoris, quand j’en entends dire : « levez-vous, ne restez pas au sol. », j’adore ça parce que c’est ma voix qui parle à travers d’autres. C’est qu’on est bien, on partage la même chose pendant une heure et demi et en fait, le prétexte, c’est le judo mais on est ensemble à partager des valeurs. 

Ça va de 14 ans à 86 ans et ça, c’est magique ! Pour les passages de grade de petites ceintures, c’est Guy, 86 ans, qui s’en occupe avec ses petits livrets, ceux que j’avais, moi, gamin, quand j’ai commencé le judo avec la méthode Kawashli. C’est génial parce que, quels que soient les gens à qui on propose de le faire, qu’ils soient plus ou moins jeunes, tout le monde est intéressé par la démarche. Et au final, il apporte plein d’éléments ! Il apporte une nomenclature, apporte un savoir-faire technique… Et à côté, moi, je vais continuer ce que je fais. Tu imagines la richesse d’un même cours ? Ça m’a conquis.

Le mot de la fin

la ceinture noire : UN PASSEPORT POUR LA VIE

Le judo apporte toujours une expérience de vie, un cheminement, ça t’aide pour ta vie future. Ne serait-ce que la ceinture noire. Une ceinture noire, souvent, c’est le premier diplôme, c’est un grade d’état reconnu par le ministère. Mais surtout, c’est un passeport pour la vie. Partout où tu passes avec ta ceinture noire, on sait que tu es quelqu’un qui a bossé, quelqu’un d’exigeant, tu es quelqu’un qui a des valeurs. C’est top ça ! C’est un espèce de passeport incroyable pour la vie. 

C’est le chemin dont on se souvient

Continuez à faire du judo, surtout à aimer le judo. Je crois qu’on a une pratique qui est différente des autres dans le sens où il y a de la sensation, du partage. Vous gagnez, vous perdez, ce n’est pas très grave. Ne vous arrêtez pas aux médailles…  Car il y a un truc que je peux vous dire, c’est qu’en fait, quand on arrête une carrière, on ne regarde pas le reflet des médailles. 

On en retire une fierté mais on retire surtout une fierté du chemin parcouru. Je n’ai pas été champion olympique mais j’ai tout fait pour le faire. Ça, ça te rend très fier. Tu ne triches pas avec toi-même. Tu le sais, tu as été au bout de ton truc. Ça aurait pu être mieux évidemment. J’aurais pu faire des choix différents, bien entendu. S’il fallait le refaire, peut-être que je ferais certaines choses différemment… ou pas, je n’en sais rien. Ça a été comme ça et en tout cas, ça fait partie de mon expérience judo. Cette expérience judo, elle continue… Ce sont les gens que j’ai rencontrés et que je vois encore par exemple. 

Et puis il y a encore plein de choses à faire, soit par l’expression du judo vétéran, soit par les Kata ou encore la pratique libre comme font plein de judokas…  ou même la transmission sans forcément pratiquer. Le judo, ça peut durer toute la vie. Donc il ne faut surtout pas se freiner.  

REMERCIEMENTS

Un immense merci à Guillaume Fort pour son temps et ce partage, très riche, nous aidant à mieux progresser, à faire évoluer notre pratique ! Merci encore à SAM Judo pour ce super cours. Un grand merci également à Daniel Basterreix pour avoir généreusement laisser libre l’utilisation de sa photo (que vous voyez sur toutes les citations !) ainsi qu’à Laëtitia Cabanne, pour toutes les photos prises en tournois et championnats. Merci beaucoup !

À bientôt !

travailler avec des thématiques ?

Pas toujours facile lorsqu’on est seul ! C’est pourquoi je propose un accompagnement personnalisé avec une thématique adaptée pour chacun de tes entraînements, en fonction de tes retours après chaque séance…Pour mieux comprendre ce type de coaching inédit et savoir ce qu’en disent ceux qui en ont déjà profité, je te propose 1h de formation gratuite où je t’explique tout (y compris ce que tu peux faire par toi-même pour commencer !) juste ici : https://secretsdejudokas.com/cap-judoperso/

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PRATIQUER LE TANDOKU RENSHU comme le font les meilleurs ?

Je le répète depuis 2016 : le tandoku renshu, lorsqu’il est bien pratiqué, fait faire des progrès remarquables en précision, sensation, vitesse… fluidité ! Le seul problème ? C’est que c’est souvent mal fait, alors les judokas se lassent et y trouvent peu d’intérêt. C’est pourquoi j’ai créé le programme JudOSalon que je te laisse découvrir ici : https://secretsdejudokas.com/judosalon-nouvelle-edition !

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