Tout ce qu’on ne vous avait pas dit sur Lucie Décosse ? C’est ici !!

Petit test : qui peut dire 3 choses de la vie de cette grande championne ?
Question premium : qui peut citer son palmarès ?

Lucie Décosse a quitté la compétition en 2013 avec le plus beau palmarès du judo féminin français.

Pourtant, elle était comme vous et moi (presque 🙂 ) : les mêmes vagues venaient la faire surfer ou bien lui exploser à la figure.

Son livre « Je suis restée debout » (re)motive et inspire car il reflète la dimension universelle de la pratique du judo en compétition, tant côté professionnel qu’amateur.

Un aperçu avec tout ce que j’en ai appris et adoré :

Se fixer des objectifs, planifier un programme :

 

C’est à 13 ans que Lucie Décosse quitte la métropole et arrive dans son nouveau club en Guyane. Un grand changement la marque :

Dans la salle du Judo Club Spatial, il y avait un calendrier au mur mentionnant toutes les compétitions de l’année (…). J’ai vite remarqué que les judokas se fixaient des échéances, se projetaient dans leurs futurs combats.

(p.36)

Elle comprend alors ce qu’est une saison sportive avec ses différents temps forts et les objectifs de l’année pour chacun.

Fin 2004, Lucie Décosse a déjà à son actif une médaille d’or au championnat d’Europe Juniors, 2 au tournoi de Paris, et 3 aux championnats d’Europe par équipe ! Je ne compte pas les autres classements ni les tournois moins connus. Pourtant, Lucie Décosse bloque dans sa progression, elle sait qu’elle peut faire mieux. Mais comment ? Je vous le donne en mille :

Un objectif et un programme !

 Jusqu’aux jeux de 2004, je m’étais reposée sur mes qualités, me contentant de réaliser ce qu’on me demandait à l’entrainement (…). Mais cette année, je m’étais prise en mains, travaillant pendant des mois sur l’objectif que j’avais défini (…).

Pour ce qui est de l’entrainement, (…) j’avais besoin d’un objectif à chaque séance. Tel jour, il me fallait enchainer 10 ippons, tel autre travailler l’agressivité. Le moindre exercice devait être ciblé.

(p.72 et 80)

Mais cette histoire d’objectifs… ça ne vous dit rien ? 😉 Lire l’article “Le calendrier, un secret de champion !”

 

Vivre l’échec et se relever.

Vous le savez aussi bien que moi, lorsqu’on se présente à une compétition, c’est pour la médaille.

Je crois que plus on s’investie dans une préparation, plus elle est utile mais aussi éprouvante. Et plus la préparation nous demande d’efforts et de surpassements de soi, plus une défaite peut être difficile à avaler. Travailler chaque jour au maximum de soi-même, refuser tout ce qui ne fait pas partie du programme, surveiller son alimentation et même son sommeil : la compétition de haut niveau demande un investissement à 100% où le moindre détail est calculé et observé.

 

« Nous nous entrainons pendant des milliers d’années, mais la victoire ou la défaite survient en un instant » a dit Jigoro Kano. C’est une particularité du judo, très riche d’enseignement, mais qu’il faut pouvoir supporter.
Lorsque Lucie ne monte pas sur le podium des JO d’Athènes (2004) alors qu’elle a tout donné depuis 4 ans, c’est l’effondrement.

J’ai vraiment pensé à arrêter le judo. (…) Je pleurais, j’étais en vrac. (…) J’étais juste bonne à gagner des tournois. Une nulle, quoi. Incapable d’atteindre ses objectifs.

(p.69)

Ceux qui ont connu cet abattement se reconnaitront : soudainement, le judo n’a plus de sens, on ne sait plus pourquoi on a tant donné, on craque, on veut tout abandonner et ça fait terriblement mal. Mais…

On est judokas. On a appris à chuter et se relever.

Lucie est de ceux-là.

Il n’y avait pas de raison d’arrêter, je participerai à d’autres compétitions, d’autres occasions se présenteraient. L’échec ne fait pas renoncer une compétitrice.

On grandit à se mesurer à plus fort que soi.

(p. 60 et 70)

Tout est dans la tête

« Tout est dans la tête » : voilà la phrase que j’ai si souvent entendu sur les bords de tapis… et que j’ai mis si longtemps à comprendre ! Phrase fourre-tout, elle inclue les questions de confiance en soi, de moral, de peur, de motivation… De quoi écrire un livre ou même créer ce nouveau métier de préparateur mental ! Oui, « tout est dans la tête » et Lucie est un exemple surprenant qui montre que personne ne fait exception.

Lucie démarre sur les chapeaux de roue, avec une grande confiance en elle. A 19 ans, lorsqu’elle remporte son premier championnat du monde (juniors), elle n’est nullement impressionnée par ses adversaires.

Fais ce que tu peux et on verra bien, tel était mon esprit. Je n’avais pas peur, ne ressentais aucun stress alors que s’enchainaient les combats.

(p. 55)

 

Paradoxalement, ses belles victoires de début de carrière déstabilisent son assurance. Gagner n’est plus un bonus dont on se réjouit, c’est devenu ce qu’on attend d’elle. Lucie est désormais dans cette position où elle ne peut plus vraiment perdre : c’est ce qu’on appelle « la pression ».

Et c’est là qu’elle perd, parfois dès le 1er tour. Parce que « tout est dans la tête ».

 

Surmonter sa peur et ses doutes.

Personne ne s’imaginait à quel point je pouvais douter. Quand je montais sur le tapis, les gens voyaient une judokate qui se tenait droite et ne montrait aucun signe de faiblesse. Une demi-heure plus tôt, je me posais pourtant dix mille questions. (…) En fait, je flippais !

Le mental fait toute la différence. (…) Quand on a confiance en soi, on surmonte l’obstacle en allant jusqu’au bout du bout, presque jusqu’à la mort. Mais je doutais de moi.

Ce doute qui m’habitait pendant les compétitions , je l’ai très longtemps gardé pour moi. Je n’en parlais pas. Je ne laissais rien transparaitre. Je pensais qu’un résultat sportif ne dépendait que de soi. Je ne pouvais donc compter sur personne d’autre que moi-même pour réussir.

Travailler pour gagner encore, c’était le seul moyen de vaincre le doute. (…) Me rappeler que je pouvais perdre m’incitait à tout faire pour gagner. Le doute m’a permis de me surpasser.

(p. 70, 71 et 80)

Qu’on soit compétiteur ou pas, le doute fait partie de tous les parcours de judokas… pour ne pas dire de tous les parcours de vie ! La vraie question est de pouvoir le reconnaitre, l’assumer et donc l’avouer, chercher de l’aide et trouver les solutions pour le surmonter. De nombreux outils existent aujourd’hui, des plus « mentaux » (comme Teddy Riner qui a toujours eu une psy !) aux plus « concrets » comme Lucie qui fait évoluer sa façon de travailler sur le tapis pour retrouver confiance en elle.

 

Les valeurs du judo

Essayer, tenter, voir les possibilités et y croire.

A 16 ans, Lucie a peur de partir pour le sport étude. C’est une phrase toute simple de sa maman qui transforme sa peur en décision :

 « Essaie et si ça ne va pas tu reviendras. »

(p. 40)

 

Essayer. Tenter sa chance. Pourquoi rester sur la ligne de départ quand on a la chance de pouvoir se lancer ? Preuve en est : essayer peut parfois mener bien loin, l’avenir est à écrire et c’est ce qu’a fait Lucie. C’est l’une des valeurs les plus précieuses que le judo m’a apportée même si elle n’est pas écrite dans le code moral.

 

La persévérance pourrait faire partie du code moral du judo !

A 17 ans, Lucie Décosse a déjà passé 1 an en sport étude et elle raconte la difficulté des entrainements : ces longueurs de marche en canard à faire, les montées de cordes, les footing obligatoires…

Sans effort physique, il n’y a bien sûr pas de judo possible. Ce que j’ai toujours aimé sur le tapis, c’est cette sensation que l’exercice est bien trop difficile et voir jour après jour les progrès… finalement, on y arrive.

Entraide et prospérité mutuelle : à travers l’amitié.

Lucie raconte également ces milliers d’heures passées avec les filles de l’équipe, les aventures, les soirées dans les chambres, tout ce quotidien créateur de complicité… Elle y consacre tout un chapitre tant ces amitiés ont compté pour elle.

 En tournoi, on se retrouve seule sur le tapis face à son adversaire. Seule avec ses forces et ses faiblesses, avec ses doutes ». Mais il y a aussi dans le judo une dimension communautaire non négligeable. Tant qu’on ne l’a pas expérimentée, on ne peut pas apprécier l’expérience du groupe. Elle a été pour moi colossale. J’ai été transformée par le collectif. Il a marqué mon quotidien et fait évoluer ma personnalité.

(p. 83)

Je crois que l’amitié est l’une des dimensions les plus universelles du judo : nous avons tous créé des liens forts grâce au tapis, à cette passion commune qui nous amène à une certaine culture commune aussi. Jigoro Kano a créé le judo pour éduquer l’être humain vers la paix : les amitiés sont pour moi indissociables du judo.

 

« Une technique supérieure surpasse la force » Jigoro Kano

Lucie Décosse fait partie de ses judokas qui a le judo dans la peau. Elle est douée mais surtout, elle aime le beau judo :

Je sentais le judo, n’intervenant que quand j’étais sûre de moi. Le but est de faire perdre l’équilibre à un adversaire qui ne le veut pas. Tout est une question de timing. Certains utilisent leur physique, se bagarrent pour marquer des points. Ce qui, d’après moi, n’est pas nécessaire si tu respectes le bon timing. Il faut chercher la faille, le moment adéquat et porter son attaque.

(p. 61)

 

Les petits bonus

 

Lucie Décosse aborde plusieurs sujets « depuis les coulisses » : tout ce que l’on voit lorsqu’on est loin du haut niveau est parfois bien différent de ce qu’il se passe en réalité, au quotidien, pour les concernés :

>>> les sponsors et la rémunération des judokas professionnels qui doivent pouvoir vivre de leur recherche de performance.
>>> les médias et leurs fonctionnements dans les différents sports mais aussi dans la différence entre les sportifs hommes et les sportives femmes.
>>> les régimes infligés dans tous les sports à catégorie de poids, pour de jeunes athlètes qui feraient tout pour leur réussite.

 

Pour conclure, je citerai Lucie Décosse pour vous souhaiter de progresser grâce à ce livre :

 Les efforts payaient, c’était la morale de l’histoire.

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