Interview de François Bard.

Cliquez ici pour écouter l'interview en audio !

François Bard raconte ce parcours aussi singulier que riche. De l’enfant agité qui découvre le judo comme tant d’autres à l’adolescent qui entre en pôle Espoir et qui rêve des plus hauts podiums : son histoire aurait pu s’arrêter là. Mais François sait laisser parler sa sensibilité et surtout se questionner… Les chemins sont multiples et il n’hésite pas à explorer tous ceux qui lui permettent de se réaliser avec, toujours, le judo à la racine de cette vie qui se tisse.

 Les illustrations de cet article sont issues de la page facebook de François Bard et restent sa propriété : cliquez ici pour accéder à sa page facebook ou à son compte instagram : https://www.instagram.com/fran__artist/

Dès mes 6 ans, le dojo était un lieu où je me sentais super bien ; il y avait quelque chose d’un peu magique.

J’ai commencé le judo à 6 ans. Comme beaucoup d’enfants, j’étais assez hyperactif, j’aimais bien me bagarrer un peu, et au-delà de ça, j’avais vraiment de l’énergie à dépenser ! Aussi, j’adorais le Japon, depuis tout petit… En fait, je mettais dans le Japon toute l’Asie. Et comme à 7 kilomètres de chez moi, dans la ville de Pouzauges, il y avait un club de judo, c’est comme ça que j’ai démarré, en 1993. Mes parents n’étaient pas dans le judo pourtant. C’est vrai que mon père, qui a aujourd’hui 70 ans, avait côtoyé la famille de Stéphane Traineau quand il était petit… Donc il avait eu vent du judo. Mais à son époque, il y avait très peu de clubs. Enfin il a quand même eu cette espèce de fibre pour le judo… Il aimait ça. D’ailleurs, il a commencé le jujitsu quand j’ai démarré le judo et mon frère en a fait aussi. Ma mère, elle, a fait du Taïso, donc toute la famille a mis un peu un pied dans le judo… !

De mon côté, ça m’a tout de suite beaucoup plu. Je m’amusais et j’adorais les techniques. Il y a quelque chose d’un peu magique d’ailleurs…  J’avais de très bons professeurs, il y avait beaucoup d’amour et ça se sentait. Le dojo était vraiment un lieu où je me sentais super bien. On avait ces petits passeports, les « passeports jeunes » de l’époque, et il y avait dedans les techniques dessinées. Je m’amusais à les regarder, surtout les techniques qu’on n’avait pas encore apprises pour prendre un peu d’avance et aller les tester ! Je me régalais ! Du coup, j’ai toujours continué le judo après, je n’ai jamais arrêté.

Rêver de médailles à 15 ans : objectif ou fantasme ?

La suite de l’histoire, c’est que j’ai intégré le pôle espoir de Nantes. C’était en septembre 2002, j’avais 15 ans, j’entrais au lycée. Je faisais de bons résultats régionaux à ce moment-là. Donc c’est vrai que de pouvoir entrer en Pôle, c’était pour moi génial. J’allais faire du judo tous les jours, et pourquoi pas, aller sur des championnats de France et revenir avec une belle médaille… Puis, pourquoi pas aller en équipe de France et finalement, être comme tous ces champions que j’avais sur le mur de ma chambre.

Uchimata réalisé en compétition de judo

Mais en fait, je pense qu’à 15 ans, certains jeunes savent vraiment ce qu’ils veulent et sont donc bien accompagnés pour ça… Et d’autres sont dans le fantasme, comme je l’étais je pense. Autour de moi, personne n’avait été athlète de haut-niveau. Le discours que j’entendais, c’était que je devais aller au plus haut que je pouvais et que ça serait super ; et que c’était déjà super d’être là !  Ce n’est pas un mauvais discours en soi, c’est plein d’amour d’ailleurs. Mais finalement, même si j’avais (et j’avais eu !) des supers professeurs et entraîneurs qui faisaient que je me sentais bien, je me suis retrouvé dans cette machine-là, sans savoir vraiment où je voulais aller. Je n’avais pas vraiment de vision.

Je prenais un peu comme c’était, au jour le jour, avec cette envie d’aller au plus haut et de rêver à une médaille… Au national, à l’international… En fait, entre ces rêves-là et la réalité, je ne savais pas par où passer et je ne mesurais pas combien il fallait s’entraîner fort pour pouvoir être à ce niveau-là. C’est aussi super intéressant, parce que ça, maintenant, je le remarque ! Mais avant, je ne le remarquais pas. Je n’avais pas autant de recul et surtout, je ne comprenais pas pourquoi d’autres y arrivaient et moi, pas toujours. Il y avait des tournois où j’étais très bon et d’autres où ça ne le faisait pas… Et je ne comprenais pas ! 

Finalement, j’ai fait un petit parcours quand même, en cadet. J’étais content, j’ai été aux championnats de France, je faisais des bons tournois. J’ai d’ailleurs continué juniors puis seniors derrière. Mais c’est vrai que ce passage-là me faisait voir le judo d’une certaine manière. Je n’étais que dans la compétition, je ne jurais que par ça, comme beaucoup de jeunes de cet âge-là…

De la compétition vers l’enseignement.

Au départ, j’étais vraiment là pour faire de la compétition, c’était mon monde ! Mais c’est là que je vois que mes professeurs et mes entraîneurs ont toujours été bienveillants avec moi. Ils nous ont toujours bien accompagnés dans ce monde de compétiteurs avec un côté très pédagogue. Ce n’est pas pour rien que je suis devenu professeur de judo ! Je savais que, quand la compétition était terminée, il n’y avait pas que ça. C’est quelque chose que j’ai su attraper et qui m’a donné l’envie de partager, à mon tour, le judo. 

François Bard professeur de judo avec un petit enfant

Je me suis donc lancé sur un brevet d’état. J’étais aussi animateur en centre de loisirs, à côté, ce que j’aimais bien ! C’est aussi simple que ça. J’avais 19 ans, c’était très tôt, et c’était en parallèle de mes études de STAPS. Voilà comment je suis devenu professeur de judo, en 2007. J’ai commencé par un premier club où je n’ai passé que six mois. J’avais un ou deux cours par semaine à donner donc ça ne m’empêchait pas de m’entraîner. 

Ensuite, j’ai poursuivi dans un deuxième club, en périphérie de Nantes, où je donnais six heures de cours, ce qui n’est pas énorme… Je faisais aussi le suivi compétition les week-ends. Et là, je continuais toujours de m’entraîner pour moi, c’était facile à gérer.

En 2014, je suis arrivé au Judo Atlantic Club de Nantes où là, j’étais finalement le professeur principal, avec une grosse partie des heures. J’avais 27 ans et au début, j’ai voulu continuer un peu la compétition. Mais après, je me suis dit que j’étais tous les soirs sur le tatami… Et je crois que je n’avais même plus forcément envie… J’avais des bons athlètes desquels il fallait que je m’occupe. C’est vrai qu’au début, je suis allé un peu m’entraîner avec eux sur le cours régional (CPS) mais finalement, même ça, j’ai vite lâché. Je m’entraînais tout de même avec eux sur les randori du cours compétition ou du cours adultes. Mais même ça, ça restait des entraînements que j’encadrais… Et donc je ne m’entraînais plus pour moi. 

Une ouverture à d’autres disciplines martiales

Ce qui m’a permis de me ré-entraîner vraiment pour moi à cette période, c’est le jujitsu brésilien. J’ai mis un nez (même un pied !) dans le ju-jitsu brésilien parce que les horaires étaient différents. C’était le matin ou le midi et je pouvais donc m’entraîner pour moi ! 

Au départ, j’aimais beaucoup le MMA grâce à un ami passé par le pôle Espoir de Nantes, qui était combattant de MMA. Il s’appelle Souksavanh Khampasath et c’est aujourd’hui un excellent professeur de grappling, de ju-jitsu brésilien et de MMA, à côté d’Angers. En le voyant, je me disais que ça avait l’air vraiment bien ce jujitsu brésilien et j’ai eu envie de tester. J’y suis allé et oui, c’était génial ! Je suis tombé sur des gens vraiment chouettes aussi. Du coup, j’ai pu faire progresser mon sol… 

François Bard en combat de judo au sol

J’aimais déjà le sol mais je n’étais pas un grand fan. Et là, je me suis mis à adorer ça. J’ai eu un excellent professeur, très pédagogue, Baptiste Landais. D’ailleurs, il a rejoint le dojo Nantais, pour la section de ju-jitsu brésilien qui vient d’ouvrir. Ce professeur m’a fait comprendre l’avantage de pratiquer le ju-jitsu brésilien et de le mettre dans son judo. Je me suis régalé parce que du coup, j’ai pu effectivement l’intégrer dans mon judo, à ma sauce ! 

Et le partager à mes élèves, ce que j’ai vraiment adoré faire, parce que quand moi, j’avais 15 ou 16 ans, je n’étais pas bon au sol ! Je me souviens de ma première compétition en cadets où je me suis pris deux clés de bras sans rien comprendre. Je n’avais pas pu défendre, c’était l’enfer ! Donc là, non seulement je pouvais m’entrainer pour moi mais en plus, ça allait servir à mes élèves. 

D’ailleurs, ça leur a effectivement bien servi parce que très vite, quelques-uns ont commencé à vraiment bien faire judo au sol, à devenir complet. 

Finalement un judoka qui est « moyen », qui fait judo « normalement », il devient quelqu’un de complet en pratiquant le sol de manière vraiment plus précise et assidue. Il devient alors « dangereux » debout et au sol et là, c’est hyper intéressant. Pour nous, au judo, ce qui est intéressant, c’est de travailler cette fameuse liaison debout-sol. Là, on devient vraiment fort je pense, parce qu’on développe une intelligence de combat, de randori. Quand on ne trouve pas la solution debout, être capable de trouver soi-même les clés pour emmener la situation au sol et conclure au sol, je trouve que c’est passionnant. Je pense qu’on a beaucoup de choses à apprendre du jujitsu brésilien. Comme eux, je pense, ont des choses à apprendre sur notre manière de pratiquer debout. On a tous à apprendre des uns et des autres. D’ailleurs, je trouve ça très bien que les deux fédérations se soient liées, c’est pour moi une vraie preuve d’intelligence. Plutôt que de rester défendre un peu son truc de son côté, ça n’a pas de sens. On vient de la même racine en fait, il faut partager ! 

Accompagner les jeunes compétiteurs, une responsabilité.

Ces années-là, je suis à 100% sur les tatamis, quasiment tous les soirs et tous les week-ends. J’avais des élèves qui marchaient bien donc on devait aller sur les tournois. D’ailleurs c’est magnifique ! Tu te balades avec tes élèves en minibus, tu pars en compétition, c’est génial !

Bien sûr, en devenant professeur de judo, j’ai aussi voulu partager mon histoire. L’idée était, cependant, de ne pas faire un transfert. Je ne voulais pas dire que, puisque j’avais vécu ci ou ça,  il ne fallait pas le faire ou au contraire faire ceci ou cela. C’est aussi important que les élèves, parfois, face leurs erreurs. Je ne voulais pas être trop papa poule ! Savoir les emmener, les aiguiller, ça oui. Et j’adorais ! 

Jeunes judokas solidaires avant une compétition avec leur coach

Être « de l’autre côté », pour moi, c’était aussi très intéressant puisque ça me permettait de continuer de vivre la compétition, mais d’une autre façon. Et de glisser tranquillement en dehors, justement, de mon monde de compétiteur à moi. Parce que les premières années, c’était dur ! Je me disais qu’il fallait que je reprenne la compétition. Mais c’était des « il faut » ! Au fond, je n’en avais pas vraiment l’envie je pense. Le problème, c’est qu’il me manquait quelque chose. Parce que, tout simplement, quand tu es compétiteur et que tu es tout le temps dedans, tu t’identifies à ça… Tu as, en fait, l’impression de n’exister qu’à travers ça dans le judo. Alors qu’en fait, il y a plein d’autres choses ! Tu n’existes pas qu’à travers une médaille. 

Je pense que, en tant que professeur, entraîneur, c’est là où notre rôle est important. Qu’est-ce qu’aller chercher une médaille ? C’est intéressant de créer une carrière, mais je pense que c’est important, aussi, d’accompagner autant dans l’entrée que dans la sortie de la compétition.

Je connais beaucoup de copains qui étaient très forts au judo, ils avaient des résultats nationaux. Du jour au lendemain, ça s’arrête, et finalement, ils changent de chemin. C’est très bien mais il y a de la frustration… Quelque chose de mal vécu là-dedans. Je trouve ça dommage parce que je pense que ça peut être très bien vécu si le chapitre se clôt avec tout le monde, que c’est bien amené. 

Je pense qu’être pro ou contre la compétition, quelque part, ce n’est pas un sujet.  Chacun fait de la compétition parce qu’il a envie d’en faire et c’est très bien. Surtout, chacun a le choix de faire de la compétition. Je pense que là où c’est problématique : c’est quand on pousse les gens à en faire alors qu’ils n’ont pas envie. On est tous branché, on est tous fait différemment. Il y en a chez qui faire de la compétition va être un moteur, ils adorent ça et prennent du plaisir, et d’autres qui n’aiment pas ça du tout. Et ce n’est pas grave ! Ils ne valent pas moins que ceux qui aiment la compétition. En tout cas, je me suis vraiment régalé avec ces jeunes. J’étais super content de les accompagner. 

Qui est-ce qui se lève le matin : l’homme ou le judoka ?

En tant que professeur, j’étais aussi très investi au niveau de la ligue des Pays de la Loire où j’intervenais sur des formations (BPJEPS, DJEPS, DEJPES et DESJPES) sur la partie ne-waza mais aussi sur la partie gestion du projet de l’athlète. C’était du côté pédagogique. Et ça, ça vient tirer le fil de ma deuxième casquette qui est le coaching. Dans ma vie, le lien a été très simple. Quand j’étais athlète, j’avais besoin d’être accompagné parce que je voyais qu’il y avait des moments où je me mettais la pression pour pas grand-chose… Ça m’handicapait. Je me retrouvais bloqué en compétition, trop d’émotions à gérer. 

Le judoka François Bard éclate de rire avec son partenaire sur le tatami

Comme je venais chercher la performance, je voulais fluidifier ça pour être aussi bon que je l’étais à l’entraînement, et même encore meilleure en compétition, pour pouvoir vraiment me libérer. Avec cet accompagnement, j’ai vraiment grandi en tant que personne. J’ai répondu à des questions qui étaient, en fait, là depuis tout le temps et qui m’ont aidé à mieux me connaître. Et mieux se connaître, c’est être capable de mieux s’accepter et du coup, mieux se gérer dans des moments comme la compétition.

D’ailleurs, ça pose aussi la question de savoir si on a envie de faire de la compétition ou non !

Il y a plein de gens qui stressent en compétition, mais c’est parce qu’au fond, ils n’ont pas envie d’être là ! Alors pourquoi continuer à se flageller si c’est pour passer un mauvais moment ? 

Autant rester chez soi, on n’a pas besoin de forcément faire ça ! Mais ce stress peut aussi montrer que tu t’identifies trop à ces compétitions, ou que tu mets trop d’enjeux alors qu’il n’y en a pas et que tu es là pour t’amuser avant tout… Ce qui est intéressant, c’est que ça permet de se connaître, ce qui était le but de Jigoro Kano quand il a créé le judo. Apprendre à mieux se connaître pour rendre la société meilleure.

Voilà ce que, pour moi, la compétition permet. Oui, on vient aussi chercher la performance, on veut être capable de réaliser quelque chose qu’on a en tête, un rêve, ce qui est magnifique. Mais ça, ça vient aussi mieux lorsqu’on se connait, lorsqu’on répond à certaines questions importantes. Après, certains ne se posent aucune question et c’est très bien ainsi ! Encore une fois, que chacun fasse comme cela lui convient.

Je me souviens d’une question intéressante que mon coach m’avait posée. Il m’avait demandé : “Qui est-ce qui se lève le matin, c’est l’homme où le judoka ? ». C’était une époque où le judo prenait beaucoup de place et je ne me voyais qu’à travers le judo. C’était intéressant de réaliser que j’étais un humain qui mettait un judogi pour aller s’entraîner, et non un judoka accessoirement humain !

C’est à partir de là que j’ai fait des meilleures compétitions. Je me suis vraiment lâché, je me suis fait plaisir. Ça m’a fait vraiment du bien. Je trouvais génial et j’ai eu vraiment envie partager ça. 

La casquette de coach, celui qui révèle la puissance de chacun.

Quand j’étais petit, je voulais faire un métier où je pouvais motiver des gens… Je retrouvais ça dans mon envie de partager ce que je vivais ! C’est pour ça que finalement, professeur de judo c’était super. J’ai donc ajouté la casquette d’accompagner les gens à réaliser leurs projets. Aller creuser en eux, voir où ça bloque pour donner des clés et que, eux mêmes finalement, trouvent les clés, puis se sentent bien et réalisent vraiment leurs projets, ça me plaisait ! Je me suis formé puis j’ai commencé à coacher.

Au début, c’était plutôt les athlètes, quelques judokas. Ensuite d’autres athlètes, ce que je continue aujourd’hui. Par exemple, je travaille en partenariat avec une école d’ingénieurs qui ont des athlètes de haut-niveau qui font un double cursus ingénieur et athlètes. Ce sont des personnes qui font des championnats du monde, championnats d’Europe, et ce qui est très intéressant, c’est que je vois que ces personnes-là ne sont pas là par hasard.

François Bard à l'ouverture du kimeno kata

Finalement, ceux qui ont une belle ambition sportive, assez élevée, se posent des questions…

Parfois, on peut entendre : « ah tu te poses trop de questions ! ». Je ne pense que ce soit le sujet, « trop de questions » ou « pas assez ». Le vrai sujet, c’est de se poser les bonnes questions ! C’est ça mon métier : aller poser vraiment les questions aux gens qui font que tu as un déclic, que tu comprends pourquoi tu stresses par exemple. Si tu te rends compte qu’en fait, ton stress, il prend trop de place par rapport à l’enjeu… Si tu peux apprendre à faire de l’enjeu un jeu… C’est ce qui permet de mieux te connaître pour fonctionner simplement et, je pense, être au maximum de ta puissance. 

En tant qu’humain, on est très puissant. Tout le monde peut se réaliser pleinement et réussir ses objectifs et vivre la vie qu’il a envie de vivre. 

Mais cela nécessite de se faire confiance et donc de se poser des questions. Aller résoudre tous ces petits trucs qu’on a pu avoir depuis qu’on est gamin, qu’on a vécu. Je pense qu’il y a des choses avec lesquelles c’est important de faire la paix pour continuer d’avancer. Parfois, ces trucs-là sont très vieux, bien engrammés, et c’est qui fait qu’en arrivant en compétition, on est complètement bloqué. On ne sait pas pourquoi mais en fait, on est peut-être en train de revivre quelque chose qui nous a traumatisés avant… Et on associe les deux situations alors que ça n’a pas lieu d’être, ce n’est pas forcément associable. C’est ça mon travail : aller questionner en tant que coach.

Judokas, artistes, entrepreneurs, dirigeants… même combat ?

J’accompagne aussi des entrepreneurs, quelques artistes et des dirigeants d’entreprise. Par exemple, j’interviens dans les entreprises à travers un atelier qui s’appelle « Judokas du changement ». J’utilise le judo, je travaille en utilisant ses principes et ses valeurs, au service de l’entreprise. Je fais le parallèle, la transversalité. Finalement, tout mon travail, même avec les entreprises ou les entrepreneurs, ça vient du judo !

Quand tu démarres quelque chose, un projet, ce n’est pas tout le temps simple d’aller au bout, ce n’est pas facile. Souvent tu es tout seul et tu as aussi beaucoup de bruit autour de toi. Des gens te disent « tu ferais mieux de faire ça, de faire ci…  D’être salarié comme ça, au moins, tu serais tranquille… » Ou bien  « Oh, te lancer, personne n’a fait ça dans la famille ! ». Il y a plein de discours que tu peux entendre, et finalement tu es un peu tout seul. Tu n’es pas tout le temps soutenu et il suffit que tu prennes 1, puis 2, 3 ou 4, 5 échecs pour que finalement, tu te demandes à quoi bon continuer. C’est là que tu arrêtes alors que c’est dommage ! Tu as sûrement quelque chose de très intéressant à aller chercher, de très intéressant à donner aux autres ! Parce que pour moi, être entrepreneur, c’est créer un service que tu partages au monde. Mon métier par exemple, c’est d’accompagner les gens, donc c’est leur offrir un service pour qu’ils puissent s’épanouir et offrir eux-mêmes, à d’autres, leur service. C’est un cercle vertueux en fait.

Portrait de François Bard, le coach artiste judoka

Le point commun de l’athlète, de l’artiste ou de l’entrepreneur, c’est que ce sont des humains ! On se pose souvent tous les mêmes questions. Bien sûr, j’accompagne des gens qui ne sont pas au même niveau. Certains ont déjà démarré, d’autres ne sont même pas en démarrage, d’autres démarrent tout juste… Les questions vont être différentes. Surtout, ce sont des humains qui sont, eux, différents ! Je ne prépare aucune séance : je suis en discussion avec les gens et en fonction de ce qui sort, je pose des questions. Je vais questionner ce que j’appelle les angles morts. C’est ce qui est inconscient chez toi et que l’on va l’éclairer. Souvent, j’entends « oh je n’avais pas vu ! ».  Et là, c’est mieux, ça permet d’avancer. Je sais que en France, beaucoup de gens perçoivent un peu ce métier comme quelque chose de perché, ésotérique peut-être. En fait, les gens ne connaissent pas et jugent. C’est dommage parce que je pense qu’on peut facilement résoudre des petits problèmes intérieurs et que ça se voit ensuite dans nos vies ! Et encore plus si on parle de judo, par exemple du point de vue compétition et bien-être ! 

Pour moi, le développement personnel, ça permet d’aller chercher la performance et d’être dans le bien-être. Tu n’as pas l’un sans l’autre. Enfin, pour être plus précis, tu n’as pas la performance sans le bien être. C’est important d’être bien dans sa peau, bien dans son kim pour te faire plaisir à aller t’entraîner, de manière intensive. Je ne suis pas en train de dire que la préparation mentale résout tout ! On sait qu’il faut que t’ailles t’entraîner, que tu bosses, que tu verses des litres de sueurs, que tu chutes, et que tu fasses ce choix ! Mais si tu es content d’être là, ce ne sera pas du tout le même voyage que si tu viens parce que tu es obligé. 

C’est mon métier d’accompagner à ça. Mettre la lumière sur pourquoi tu fais les choses, qu’est ce que tu as envie de faire.

La transversalité du judo avec la vie

Je coache généralement des gens qui sont majeurs. Mais j’ai pu accompagner des mineurs, forcément avec l’adhésion des parents, parce que je pense qu’à partir de 15 ou 16 ans, ça peut être intéressant. C’est l’âge où on commence à se poser des questions. On commence vraiment à faire son petit chemin seul, à faire ses choix, à avoir envie de faire des choses… Et de se retrouver un peu sans les parents. C’est aussi là où on commence à avoir un peu plus de libre arbitre aussi. C’est donc intéressant de se faire accompagner. C’est alors un espace où on peut prendre du recul. Je pense qu’il ne faut pas utiliser le développement personnel et la préparation mentale comme une espèce de béquille. Quand je travaille avec les gens, on ne se revoit pas tout le temps.

J’ai aussi accompagné, par exemple, un judoka qui avait une quarantaine d’années et qui était aussi entrepreneur à côté. C’était hyper intéressant parce que judo venait faire écho à comment il était dans son entrepreneuriat. Par exemple la peur de chuter le questionnait niveau de sa prise de risque dans son activité. Le judo a une vraie transversalité avec la vie. 

Il est vrai que j’accompagne plus des compétiteurs. Parce que quand on vient au judo, en fait, c’est le judo lui-même qui fait son job tout seul ! C’est ça qui est génial. C’est pour moi un moyen de développement personnel. Quand tu arrives, que tu démarres le judo, et que tu vois que tu as peur de chuter ou que, d’emblée, tu ne fais pas confiance à ton partenaire… Automatiquement, qu’est-ce que ça te renvoie ? Je trouve que c’est intéressant de voir ça ! Peut-être qu’en fait, je ne fais confiance à personne… Peut-être que je dois lâcher prise, lâcher le contrôle sur certaines situations, ou sur le jugement des autres. C’est hyper intéressant parce que le judo fait que les gens ont plus confiance en eux par l’expérimentation. Le fait de simplement pratiquer le judo avec des personnes bienveillantes et dans un bon climat, fait que tu avances dans ta vie. Tu apprends à te connaître à travers toutes ces situations.

Le judo et l’expression artistique, c’est une histoire de ressenti.

J’ai toujours aimé peindre et dessiner depuis petit. Je n’en faisais pas beaucoup même si j’adorais ça car je ne m’y autorisais pas trop. Je faisais ça comme ça, dans ma chambre. En 2019, j’ai fait le lien entre la peinture et le judo. Je me suis dit qu’il y avait un truc intéressant à aller chercher. Je sentais que ça pouvait m’épanouir aussi vraiment, et que je pouvais m’exprimer aussi de cette manière-là. J’adore m’exprimer comme vous pouvez le remarquer ! Le judo est très intéressant car je m’exprime avec mon corps. Mais la peinture aussi en fait. Du coup, je me suis mis à vraiment peindre et à peindre dans l’abstrait. Avant, quand je peignais, je faisais beaucoup de figuratif, c’est-à-dire je peignais des choses qui ressemblaient à ce qui existe, peu importe quoi. J’avais testé la bombe, l’aquarelle, l’huile, l’acrylique. Je faisais aussi du pochoir… Plein de choses ! Je le faisais pour moi. 

François Bard le judoka qui est dans son atelier d'artiste

Puis j’ai décidé de me concentrer sur l’acrylique, parce que ça sèche plus vite et j’aimais bien tout ce qu’on peut y rajouter. Et je me suis mis à peindre, mais plutôt la dans l’abstrait parce que je trouvais que ça me permettait de m’exprimer librement. Il n’y a pas de limite en fait ! Tu viens partager les émotions que tu as, tu mets tout sur la toile ! C’est intéressant parce que souvent, les gens ont besoin de comprendre, besoin que ça ressemble à quelque chose de connu pour eux. Ils cherchent la ressemblance.

Quand je montre une de mes toiles, beaucoup vont dire « ah ! Ça ressemble à une aurore boréale… Ça ressemble à ceci… ». Et c’est intéressant, c’est comme si le fait que ça ne ressemble à rien leur fait peur. Donc ce que je vais chercher avec la peinture, c’est interroger les gens là-dessus. Le lien avec le coaching et avec le judo, c’est : qu’est-ce que tu ressens quand tu vois cette toile ? Ça te fait quoi ? Ça vient chercher quoi à l’intérieur ? Ça fait miroir de quoi chez toi en fait ? 

En fait, il y a ce lien avec le judo : c’est ressentir. Ce judo de sensations où tu arrêtes de vouloir mettre les bras, de vouloir tout contrôler, et où tu te détends, ce n’est pas facile non plus ! Parce qu’on veut toujours contrôler, comprendre, savoir ce qu’il va se passer. On a peur de l’imprévu !Alors qu’en fait, c’est souvent quand tu es dans l’imprévu et que tu apprends à te brancher sur l’autre avec tes antennes, tes mains, que tu vas ressentir et que tu sors des mouvements que tu as travaillé longtemps de manière automatique. 

En peinture, sortir du figuratif pour peindre l’abstrait, « à la sensation », c’était un besoin. Je me détache du beau et du laid, de ce qu’on peut dire « c’est beau » ou « c’est moche ». Je me suis complètement détaché de ça et je me suis mis à faire ce qui me va, ce qui me fait plaisir, ce qui m’apporte de la joie, ce qui partage quelque chose. Une émotion. Un sentiment. Je me suis laissé traverser par ça et je me suis laissé faire, tout simplement. Et j’en ai eu rien à faire qu’on dise que ce soit beau ou pas beau parce que finalement, pour moi, c’est hors propos.

J’ai organisé une exposition privée il y a un peu plus d’un an, en septembre 2020. J’ai invité des amis, la famille, des copains d’amis, etc. pour montrer mon travail. J’avais peut-être, au total, 50 œuvres à montrer. C’était génial ! Puis j’ai créé mon statut d’artiste peintre en parallèle et c’est vraiment là que je me suis dit « Et pourquoi pas ! ». Pourquoi ne pas aller vers ça ? À la base, je suis autodidacte. Peut-être que ça peut paraître bizarre, qu’on peut se dire que je m’auto-proclame artiste mais en fait, je pense qu’on a tous une espèce de fibre artistique. Pour ça, il suffit de se laisser aller à ce qu’on ressent. Et en fait, c’est ça qui bloque parfois. Au judo c’est pareil. On parle d’arts martiaux, on est des artistes martiaux ! Il y a une part d’artistique dans le judo. 

C’est parfait comme c’est.

Finalement, je me suis laissé aller, je me suis fait plaisir et la joie était un peu ma boussole. Je n’avais rien à perdre, juste envie de vivre ça, donc je l’ai fait. 

Enso de François Bard

Par exemple, le enso, qui est donc un cercle, ça appartient au zen. J’ai découvert ce geste-là, de calligraphie zen, quand je suis allé au Japon faire du judo durant l’été, à Tenri. On visitait un temple à côté, à Kyoto, et quand j’ai vu ça, j’ai trouvé ça génial. Ce que j’adore, c’est que le geste se fait en une fois. Le cercle se fait en une fois et il est parfait comme il est. La philosophie de ce cercle ouvert, c’est qu’il est parfait comme il est au moment où tu le fais. Et en fait, faire un cercle comme ça, on a envie de dire « ah non j’ai raté ! ». Et ça challenge ! C’est hyper intéressant de faire les choses et de se dire ok, aujourd’hui, mon cercle est comme ça ! Et c’est tout ! 

Et c’est marrant parce que c’est quelque chose de très simple. C’est un cercle ouvert, qui représente aussi la vie, avec une continuité donc ils ne se ferment pas… Il y a toute une symbolique. 

Finalement, je garde cet état d’esprit dans tout ce que je fais d’autres. Je fais beaucoup de gestes… C’est très gestuel ce que je fais, ça éclabousse, ça part aussi de cette énergie du judo, qui part du sol… On termine le mouvement et ça vient claquer. J’aime bien ça. J’aime que ce soit énergique en fait. 

Tout est lié en fait. Le judo est lié à mon coaching, le coaching est lié à la peinture, la peinture est liée au judo… En fait, je fais un lien dans tout. Mais à la base, il y a le judo. Et ma sensibilité je pense. Je trouve ça chouette de pouvoir le partager et que tu m’invites aussi à en parler ! C’est vrai je communique beaucoup sur ce que je fais… Je devais partir au Japon il y a un an, je n’ai pas pu à cause du COVID. J’avais donc arrêté de donner mes cours de judo à Nantes. Je ne cherche pas forcément à reprendre des cours pour le moment mais du coup, je vis du coaching et de la peinture. Finalement, dans cette interview, j’ai dit des choses que je ne dis, d’habitude… qu’à moi !

Merci François pour ta générosité dans ton témoignage et pour ta précieuse expérience !

Vous pouvez retrouver François sur :

Facebook (coaching) avec beaucoup de posts, d’articles, de vidéos : https://www.facebook.com/fran.bard1

Facebook (artiste) : https://www.facebook.com/fran.bard.3990

Instagram (artiste) : https://www.instagram.com/fran__artist/

Le podcast de François Bard : Les causeries de Muzubi

REJOINS MA LISTE

PRIVÉE

et reçois gratuitement

mes meilleurs conseils !

Vérifiez vos spams pour être sûr de me recevoir !