Le bouddhisme pour mieux comprendre le judo.

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Une série construite avec 1 question = 1 vidéo. Ici, sur le podcast audio comme dans l’article, retrouvez les 3 premières questions de cette série qui sera, donc, à suivre !

Sandy Hinzelin, spécialiste du bouddhisme.

Sandy Hinzelin est docteur en philosophie. Son doctorat portait sur un texte du bouddhisme tibétain, écrit par un maître du 14e siècle, le troisième karmapa, intitulé « La nature de bouddha ». De cette thèse de doctorat, Sandy en a sorti un livre publié aux éditions Sully : “Tous les êtres sont des bouddhas”. Elle continue actuellement son activité de recherche, en publiant ses travaux sous forme de livres essentiellement. Son deuxième livre “Les 12 lois du karma” est sur un format grand public. Co-écrit avec Anaka, une photographe, il associe aux textes de très belles images. Sandy s’est attaché à trouver cet équilibre entre une compréhension facile, accessible à tous, et pour tant de la rigueur, de la précision et de la profondeur. L’avantage de cet ouvrage est qu’il a plusieurs niveaux de lecture, on peut vraiment le lire à plusieurs moments de sa vie.

Vous trouverez sa bibliographie en fin d’article.

Sandy est également professeur de yoga tibétain qui s’appelle Kum Nyé. C’est important pour elle d’avoir une pratique qui s’inscrit dans ses recherches plus théoriques et philosophiques. Ainsi, ses recherches en philosophie sont présentées dans la pratique, ce n’est pas de la spéculation gratuite. Sandy aime dire que c’est l’étude et la réflexion au service de la libération de la paix intérieure.

Le bouddhisme du Japon est-il universel ?

Le bouddhisme est une expérience humaine

C’est certainement plus juste de parler “des bouddhismes” même si tous les bouddhismes se revendiquent de la pensée du bouddha. Bouddha est né en Inde. Donc à la base, on parle de bouddhisme indien. Ensuite, il s’est répandu au Tibet, au Sri Lanka, en Thaïlande, au Cambodge, au Laos, en Chine, Corée puis Japon… Donc en fait, il a voyagé comme ça à travers les pays et on va dire qu’une empreinte culturelle est venue s’y poser. Ce n’est pas du tout un problème parce qu’en fait, le bouddhisme parle avant tout d’expérience humaine. Donc finalement, qu’on soit japonais, français ou américains, peu importe. On n’a pas besoin d’avoir une certaine nationalité pour pratiquer le bouddhisme.

Des cultures et des pratiques différentes

Par contre, en fonction de la culture, le bouddhisme peut prendre des formes différentes par rapport au style d’enseignement. Par exemple, le style japonais n’a rien à voir avec le style tibétain. Si vous suivez un enseignement d’un maître tibétain puis que vous allez voir un maître zen au Japon, ça ne va pas du tout être la même ambiance ! Ça ne veut pas forcément dire que c’est différent sur le fond même si c’est un sujet qui serait à creuser, qu’on ne peut pas détailler ici sur une courte interview. Mais une chose est sûre, c’est que ça ne sera pas le même style de pratique.

Les 3 véhicules

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le bouddhisme, on dit qu’il y a trois véhicules. Pour chaque véhicule, c’est une pratique différente et ce n’est pas le même fruit qui est visé.

D’abord, le véhicule de fondement ou le “petit véhicule” : on peut atteindre ce qu’on appelle l’état d’arhat. Ensuite, le grands véhicule, puis le véhicule du diamant. Chaque véhicule va proposer des textes spécifiques, des pratiques spécifiques et a priori un fruit différent. Là encore, ça peut se discuter parce qu’on entre vraiment dans quelque chose d’assez technique sur ce qu’est l’éveil. Mais en tout cas, on va dire au niveau de la forme, c’est comme ça que le bouddhisme a été classifié : en trois véhicules.

Connaître sa lignée

Comme je le disais, il y a sur ces véhicules un “habit culturel” qui peut venir changer deux ou trois choses par rapport au bouddhisme en tant que tel… Donc c’est très important, quand on fait ses études ou de la recherche sur le bouddhisme, de savoir de quel bouddhisme on parle. Clairement, au niveau des textes, il y a quand même des différences. Également au niveau de la pratique, je pense que c’est important de savoir dans quelle lignée on s’inscrit. En fait, une lignée ou une école, ça veut vraiment dire quelque chose : c’est ce qui s’est transmis de siècle en siècle et qui a, a priori, été approuvée. Pour avoir tel type d’expérience, on va dire qu’il y a un certain « protocole », c’est-à-dire quelque chose qui a été codifié en quelque sorte. Ça ne veut pas dire que c’est la seule voie possible mais c’est une voie qui a été validée d’une certaine manière. C’est pourquoi, d’après moi, c’est important de savoir d’où vient l’enseignement qu’on reçoit, validé par qui, quelle transmission. Il s’agit de ne pas s’éparpiller même si encore une fois, ça peut marcher aussi, ce n’est pas “mauvais” mais disons que ce n’est pas forcément les meilleures techniques à mettre ensemble pour aller vers le fruit qui est visé.

Le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?

Religion, philosophie : et si la distinction n’existait pas ?

C’est une question qui est très souvent posée à l’égard du bouddhisme. La première chose que j’ai envie de dire, c’est que philosophie et religion, c’est une séparation qui est propre à chez nous. En Asie, il n’y a pas de différence entre philosophie et religion. C’est très intéressant en termes de miroir par rapport à notre propre culture. Chez nous, il y a eu une scission qui s’est faite à un moment donné. Quand vous étudiez la philosophie grecque il n’y a pas philosophie et religion à côté… Même si quand on enseigne Platon ou Socrate aujourd’hui, en terminale ou la fac, on parle de cours de philosophie. En réalité, il y a tout un aspect de la pensée de ces auteurs qui ne va pas être mise en avant parce que ça fait un peu trop religieux à notre goût d’aujourd’hui… Mais, en fait, chez nous, il n’y avait pas non plus cette séparation avant !

La vue du monde

En Inde, que ce soit pour le bouddhisme ou même l’hindouisme, on parle d’Ashana (en sanskrit), ce qui veut dire “la vue”. Quelle est notre vue du monde ? Quelle est la vue de l’homme ? Et là, pour moi, philosophie, religion, mode de vie, tout ça, c’est la même chose ! C’est la façon dont on vit le monde. 

Voilà la première chose que j’explique parce que c’est souvent le problème quand on s’intéresse à quelque chose de culturellement différent de chez soi, il y a une espèce d’ethnocentrisme qui peut fausser l’analyse. On raisonne à travers nos propres catégories. Mais si on fait vraiment une immersion, en Inde par exemple ou au sein du bouddhisme, les catégories sont alors totalement différentes et certaines inexistantes, comme celles de la religion ou de la philosophie. Ce ne sont pas deux choses différentes. D’ailleurs, même si la majorité des gens aujourd’hui dit que la religion n’existe pas… N’est-on pas tous religieux sans le savoir ? Se coupe-t-on de quelque chose ?

La philosophie : une porte vers le religieux ?

Je vais ensuite ajouter une chose, même si elle n’est pas vraie à 100%; c’est pour donner la dynamique générale. La philosophie, telle qu’on la transmet aujourd’hui, est d’ordre conceptuel, analytique. L’idée est de comprendre les choses avec des théories. Avec le religieux, on bascule sur un autre mode d’être. Et pour moi, c’est comme s’il y avait une continuité. On peut dire que la philosophie est la porte du religieux…

Entre cours scolaires… et rites religieux !

Maintenant, si on veut vraiment rester dans cette séparation, on peut se demander pourquoi, finalement, on ne sait pas classer le bouddhisme dans la case philosophie ou religion. Au programme de philosophie de terminal, il y a désormais des textes bouddhistes, ce qui signifierait que le bouddhisme est vraiment reconnu comme une philosophie. Il a une pensée rationnelle qui traite de sujets communs à d’autres philosophes : le désir, la conscience, la mort, le temps, etc. D’un autre côté, si vous allez dans un temple bouddhiste au Tibet par exemple, vous verrez des rituels, des tambours, des chants. Cela fait penser à l’église. Ce serait donc vraiment plus proche d’une religion ! En réalité, ce sont des symboles qui sont mis au service de la philosophie. Pour certaines personnes, le côté méditation épurée comme on peut l’avoir dans le zen par exemple, où il n’y a pas vraiment de rituels, ça suffit. Mais pour d’autres, le symbole ou le rituel peut être très puissant. Bien sûr, si on comprend ce qu’on fait. Il ne s’agit pas d’avoir une croyance ou une foi aveugle. Lorsqu’on comprend ce qu’on est en train de mettre en œuvre à travers le symbolisme et le rituel, alors on perçoit derrière la vision philosophique qu’on peut avoir dans les textes.

Et si le bouddhisme était un mode de vie ?

Enfin, est-ce un mode d’être, un mode de vie ? Oui ! Parce que dès l’instant où vous êtes vraiment engagé de façon sincère dans une voie purement “philosophique” ou “de rituels”, ça change toute votre vie ! Donc forcément, c’est un mode de vie. En revanche, là où je ne serais pas d’accord, ce serait de dire que c’est culturel. Je l’ai dit plus haut, le bouddhisme est lié à l’expérience humaine. C’est ce qui permet de comprendre les processus corps-esprit et il n’y a rien de culturel là-dedans. Ça s’applique à n’importe quelle culture et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le bouddhisme s’est autant diffusé dans le monde. C’est justement parce qu’il peut s’adapter à n’importe quel pays. Dès l’instant qu’on comprend qu’il s’agit d’outils pour se transformer soi-même, indépendamment de notre culture, notre identité, notre sexe, notre âge… Même les rituels, quand on les comprend, comme ça reste du symbolique, vous pouvez être français et les pratiquer tout à fait correctement. Bien sûr, si on ne les comprend pas, autant étudier les textes, s’asseoir en zazen ou faire une autre forme de pratique de méditation assise dans d’autres traditions. Encore une fois, faire des rituels sans comprendre, c’est retomber dans cette foi aveugle qu’on critique généralement dans la religion.

Croire ou expérimenter

D’ailleurs, on dit dans le bouddhisme qu’il ne faut pas “croire” mais “expérimenter”. Même si j’aime à dire qu’il y a tout de même une forme de foi ou plutôt de confiance pour suivre les enseignements. Parfois, on pourrait se demander le sens de certains d’entre eux. La réponse est de faire confiance dans ce qui est dit, expérimenter, cheminer, et peut être qu’un jour, on comprendra alors. Ne pas croire, coûte que coûte mais expérimenter avec confiance, par soi-même. Ce serait vrai pour n’importe quelle activité lors vous rencontrez un maître d’ailleurs ! C’est là que le rôle de l’exemple est important. Des gens ont déjà parcouru le chemin et montrent que c’est possible. Après, c’est à toi de faire le chemin, on ne va pas le faire à ta place.

Pour finir, le bouddhisme est reconnu pour ne pas parler de Dieu. Or, chez nous, on a tendance à associer la religion à un Dieu. C’est pourquoi on aurait envie de dire que ce n’est pas une religion… Mais en réalité, le bouddhisme ne dit pas que Dieu n’existe pas. C’est un certain Dieu et là, c’est tout un univers qui s’ouvre… Quelle est la définition d’une religion ou la définition de Dieu : on peut en discuter durant des heures !

 

La méditation, seulement pour déstresser ?

La date de naissance de la méditation !

Le bouddhisme n’est pas premier en Inde, il y a d’autres courants comme l’hindouisme… Je ne vais pas rentrer dans les détails historiques mais la méditation est antérieure au bouddhisme. En fait, la méditation ou le yoga d’ailleurs ont émergé en Inde au service d’une certaine vision du monde, dans un cadre philosophique et spirituel. Ce sont des outils pour se transformer en profondeur, pour reconnaître notre véritable nature. On pourrait parler dans une quête métaphysique. Ni la méditation ni le yoga ne sont là, en fait, pour aménager notre quotidien. Originellement, on les pratique pour se libérer de notre condition humaine ordinaire. C’est l’impulsion initiale, que ce soit pour le bouddhisme ou l’hindouisme.

La méditation, ça marche… donc ça se répand !

Il est vrai que la méditation a un peu envahi notre quotidien, il y a des bouddhas un peu partout ! Dans le milieu de l’entreprise, dans les prisons, les hôpitaux, en psychologie… Ce qui est souvent mis en avant, c’est la réduction de stress. C’est ce qui nous concerne puisque c’est quand même un une maladie très répandue, et je crois qu’on peut parler de maladie, ou du moins de mal-être. Il y a énormément d’études qui montrent ce lien entre la méditation et la réduction de stress. Il suffit d’avoir soi-même expérimenté un peu la méditation pour voir qu’effectivement, ça marche. Et quand ça marche, ça se répandMais le risque, c’est d’oublier d’où vient la méditation, et son but. Pourquoi les Tibétains méditaient avant même que le bouddhisme existe ? Je ne dirais pas que le stress n’existait pas mais il était certainement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui, très inhérent à notre façon de travailler et à notre façon de vivre en général. Donc si la réduction du stress peut faire partie du cheminement, ce n’est clairement pas le fruit. D’ailleurs, dans les textes, je n’ai jamais vu parler de méditation par rapport au stress. Méditer, c’est toujours pour être éveillé.

De la réduction du stress à l’éveil

Ainsi, même quand on dit “être zen”, c’est un abus de langage. Lorsque vous lisez Dogan par exemple, sur la pensée zen, il ne dit pas “déstressez-vous” ! Il dit “éveillez-vous !” même si ce n’est pas dit ainsi. L’éveil, c’est tout un cheminement. Bien sûr, il inclut la réduction de stress qui est nécessaire, mais qui n’est pas le but en soi ! L’objet est tout ce processus d’ouvrir la conscience, l’espace. Et généralement, le stress vient du fait qu’on est trop dans le mental, ce qui contracte et crée une forme d’angoisse permanente. Que ce soit la peur de pas bien faire ou de pas être à l’heure… Quel que soit le détail, on est sans arrêt dans une forme d’anxiété. C’est forcément antinomique avec l’éveil.

Si les gens trouvent, dans la méditation, un outil pour les aider à se déstresser, je ne suis pas du tout contre, bien au contraire, c’est super. Mais c’est un souhait très profond chez moi de ne pas oublier d’où ça vient et de ne pas trop l’édulcorer. Il me semble très important de savoir où aller si on veut aller plus loin. L’exemple que je prends souvent, c’est celui du remède contre le cancer. Imaginez qu’on ait découvert ce remède et qu’on l’utilise uniquement pour les maux de tête. C’est la même chose pour la méditation. Elle peut vous emmener beaucoup plus loin que la simple réduction de stress. Elle permet une réalisation de bien-être plus profond de soi, de découvrir sa véritable nature, avoir une existence libre et authentique. Ce serait vraiment dommage de la réduire à cette question du stress…

Pour aller plus loin…

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