L’école Correa [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 1]

L’école Correa [Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo – Episode 1]

L'interview est disponible en vidéo, en bas de page.

INTRODUCTION : POURQUOI INTERVIEWER JEAN-LUC BARRÉ ?


LA LÉGENDE

Aujourd'hui, j'interviewe Jean-Luc Barré, ce judoka au parcours assez incroyable, qui fête en cette année 2022 ses 50 ans de judo ! C'est assez drôle parce que je connaissais Jean-Luc avant de le rencontrer. 

Le judoka Jean-Luc Barré au Kodokan, Japon

J'en entendais parler comme une légende, comme LE judoka qui avait passé ses grades au Japon, comme celui qui faisait LA compétition annuelle du Kodokan... Je ne comprenais pas bien tout ça mais ça me faisait rêver.

Un jour, alors que j'étais en stage à Tokyo, j'ai vu ce fameux Jean-Luc Barré combattre lors de cette fameuse compétition annuelle. C'était le seul étranger au milieu de tous les japonais. J'étais béate d'admiration et lorsque j'ai vu son judo, je n'ai pas été déçue !

LE CLUB KOGAKUKAN

Quelques années plus tard, deux amis judokas m'invitent à passer dans le nouveau club qu'ils ont rejoint dans le 14ème arrondissement de Paris... Quelle ne fut pas ma surprise quand je suis tombée ... sur Jean-Luc Barré !

 J'ai la chance, depuis, de pouvoir être accueillie chaleureusement dans son club, le Kogakukan, dès que je suis de passage dans la capitale. Et c'est ainsi que j'ai osé demander à ce grand judoka un peu de son temps pour l'interviewer, pour que vous aussi, vous puissiez découvrir son parcours extraordinaire, sur le plan du judo autant que sur le plan humain. Atypique, grand baroudeur, Jean-Luc Barré trace son chemin comme il l'entend à travers les 5 continents de cette planète, avec son kimono comme passeport selon sa propre expression ! Mais à l'écouter, vous comprendrez aussi ce qu'il en coûte pour devenir un judoka de son rang...

ÉPISODE 1 : DE L'ÉCOLE CORREA À LEVALLOIS SPORTING CL

ARRIVER JUSQU'À LA FAMEUSE CEINTURE VIOLETTE


UNE VOISINE BAVARDE

J'ai commencé le judo le 15 septembre 1971, sans savoir ce qu'était le judo. Ma mère non plus ne savait pas ce que c'était. C'est vrai que dans les années 50 et 60, le judo était plutôt pratiqué par des adultes ou des adolescents. Il y a eu ensuite une mode, sans doute, qui s'est mise en place au début des années 70, pour que le judo soit accessible aux enfants.

Ma mère avait une très bonne amie, très bavarde, qui était toujours à l'affût de tout ce qui était nouveau et qui avait inscrit son fils au judo. Elle lui a conseillé de nous inscrire, mon frère aîné et moi, qui étions deux enfants un peu excités, un peu turbulents. Comme on habitait Courbevoie, ma mère est allée se renseigner au club le plus proche de notre domicile, au stade municipal. Ça s'appelait le CIO.


UN 1er COURS AUX 3 BANDES BLANCHES

J'ai la mémoire de mon premier cours parce que, comme l'année était déjà entamée, tout le monde était en kimono alors que moi, j'étais en survêtement Adidas. L'un de ceux qu'on faisait à l'époque, bleu marine avec de grosses bandes blanches... Si je l'avais encore, je le garderais en survêtement de collection ! J'étais très mal à l'aise parce que tout le monde était en blanc, avec un professeur d'une grande sobriété, bien coiffé, joli kimono, ceinture noire... quand il parlait, on entendait les mouches voler. Et moi, j'étais là avec ce survêtement Adidas !


DES AFFICHES QUI FONT RÊVER

J'ai tout de suite accroché. À vrai dire, ce n'est pas uniquement le judo. Dans cette salle, à Courbevoie, il y avait des affiches sur le mur qui représentaient le Japon. On voyait deux femmes en kimono avec des ombrelles face à face ; ce n'était pas le judo mais ça représentait le Japon. Il y avait aussi des posters de japonais en train de faire un mouvement sur la neige avec le Mont Fuji derrière. C’était évidemment les clichés du Japon … mais dans ma tête d'enfant, j’étais déjà transporté.

J'avais donc l'impression d'être dans une activité nouvelle mais aussi d'être dans un autre pays. C'est peut-être cet ensemble, cette atmosphère générale de la salle qui m'ont transporté et m'ont fait tout de suite aimer le judo.

Affiche de deux judokas devant le rond rouge du Japon, pays du soleil levant

Bien sûr, à 7 ans, on n'a pas les moyens de l'intellectualiser, ça ne reste que du ressenti. Mais, comme beaucoup d'enfants, on se laisse piéger par ce ressenti et je ne sais pas pourquoi j'ai continué, je n'ai jamais arrêté. D'ailleurs, en septembre dernier, c'était mes 50 ans de judo !


LES ANNÉES 70, LOIN DES JEUX D'ENFANTS

Le premier professeur que j'ai eu, de 1971 à 1973, s'appelait Philippe Lechap. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Si mes souvenirs sont bons, il était ingénieur et était pas mal pris par ses obligations professionnelles, ce qui l'a amené à laisser sa place à un copain à lui qui s'appelait Jacky Leverdez. Lui est parti en 75 pour aller à La Garenne Colombes. Quand il a quitté le club, j'étais ceinture bleue, j'avais donc 11 ans mais je ne méritais pas ma ceinture bleue, je n'avais pas le niveau. Jacky était un animateur, un meneur d'hommes, quelqu'un qui soulevait l'ambiance mais ce n'était pas un grand judoka ni un grand professeur. Disons que c'était un orateur, il avait du charisme ... Philippe Lechap et Jacky Leverdez ont été mes premiers professeurs mais ils ne m'ont pas marqué dans l'aspect judo, dans la valeur intrinsèque du judo, la valeur profonde du judo. Ils n'avaient rien de particulièrement marquant, c'était des professeurs normaux.

Pour le déroulement du cours, j'ai le souvenir d'un échauffement très classique : les bras, les articulations, la tête, des chutes arrière, latérales, avant... Il y avait le travail d'une technique et après, les randori. Pas de jeux comme aujourd'hui ! On restait vraiment dans la configuration classique d'un cours de judo ce qui, d'ailleurs, a déteint sur moi car c'est ce que je continue à faire dans mes cours. 


L'ÉCOLE CORREA

En 1974, il y a eu une restructuration à Courbevoie. En plus des 2 clubs existants, le Courbevoie Sports et le CIO, s'est créé un nouveau club, en face de la mairie, qui s'appelait La maison des jeunes. Et à ce moment-là, c'était toute l'école Correa qui arrivait sur Courbevoie. 

Photo d'Igor Correa, maitre de judo junomichi

M. Correa a ainsi placé ses pions : Christian Livignac était au CIO, M. Correa était à Courbevoie Sports avec Jean-Jacques Blainville, et Didier Gauguet à La maison des jeunes.

Moi, j'ai eu deux de ces professeurs : Christian Livignac et Didier Gauguet qui, tous les deux, étaient de la même école. Et après avoir été l'élève des élèves de M. Correa, j'ai été l'élève direct de M. Correa parce que j'allais m'entrainer chez lui. J'étais très fier de faire partie de son école, c'était bien avant qu'il ait son club dans le marais. Ce qui est étonnant, c'est que maintenant, j'habite juste à côté de ce club. Je passe toujours devant avec beaucoup de nostalgie. M. Correa est décédé en 2000.

C'est surtout Christian Livignac qui m'aura tout appris, transmis tout ce que j'ai en ressentis en judo.  Ce qui est drôle c’est que je l’ai rejeté, ce professeur, au départ. Il faut savoir qu’il avait un autre club à Paris, l'UPAM, où il avait des élèves qui étaient très forts, beaucoup plus forts que nous. Un jour, il est arrivé, il m'a vu et il m'a dit : « Toi, tu n'as pas le niveau de ta ceinture bleue. ». Ça manquait un peu de diplomatie ! J'étais vexé et, contrariés, mon frère et moi avons quitté ce club pour aller à La maison des jeunes avec Didier Gauguet. On n'y est resté qu’une seule année parce qu'au CIO, on avait tous nos copains.


UN PROFESSEUR DE JUDO CHERCHEUR

Par la suite, on s'est mis à aimer Christian Livignac. On a appris à le connaître. On a vu qu'il avait un franc parler, qu’il était direct mais profondément gentil et profondément passionné de judo. C'était un chercheur. On ne lui attribuera pas le titre de grand sportif ni de judoka mais celui de chercheur. Il a fait du tennis comme il faisait du judo, de la plongée pareil ; il faisait de la cuisine comme il faisait du judo. C’est à dire qu’il passait son temps à réfléchir. Il disait « J'ai eu une insomnie la nuit dernière, j'ai réfléchi et je me suis demandé pourquoi on ne ferait pas uchimata comme ça... ». A chaque fois qu'il venait, il avait quelque chose de nouveau.

Il nous a fait progresser et il m'a donné la fameuse ceinture violette à 13 ans, puisque j'étais trop jeune pour avoir la marron qui devait être délivrée à 14 ans seulement.


FAIRE DE LA COMPÉTITION... ET CHUTER !


ALLER SEUL EN COMPÉTITION : TOUT UN MONDE À AFFRONTER À 13 ANS

À cette époque, il y avait les compétitions USEP qui sont des compétitions scolaires. On faisait les championnats des Hauts-de Seine, d'Île de France… Mais comme le CIO était un club non affilié à la Fédération française de judo, Christian Livignac nous licenciait dans son autre club, privé, l’UPAM à Paris. De ce fait, même en étant à Courbevoie dans les Hauts de Seine, nous faisions le championnat de Paris en représentant l’UPAM. C'est là que j'ai commencé à faire les championnats de Paris benjamin, minimes, cadets, junior.

J'ai aimé ça tout de suite. Pourtant, on était un petit peu tendus parce que ce professeur nous envoyait en compétition mais ne nous accompagnait pas. Tous les compétiteurs que l'on rencontrait avaient leurs parents, leur famille, leur professeur ; ils étaient coachés. C'était un peu la foire d'empoigne, il y avait du bruit, et nous, on se sentait tout seuls, isolés, à combattre quelqu'un qui était encouragé bruyamment alors que nous, nous n’avions aucun encouragement. Il fallait donc se battre contre ça. On avait été un peu protégés dans notre petit cocon familial de judo et là, on était impressionnés.

C’est comme ça que les plus déterminés ont continué à faire de la compétition mais ce n'était pas la majorité. Beaucoup ont préféré rester tranquillement à faire leur cours de judo hebdomadaire. Moi, j’ai tout de suite aimé la compétition.


CLIVAGES ENTRE LES CLUBS : UNE HISTOIRE D'IDENTITÉ

Aujourd’hui, les clubs veulent avoir leur identité. Il y a les clubs qui sont un peu judo traditionnel ; beaucoup de clubs qui sont loisirs, basés sur le social ; des clubs compétition ; et puis des clubs mitigés qui sont un peu tout… Sans oublier d'autres qui sont plus option « école de judo » sans fermer la porte à la compétition.

À l'époque, il n'y avait pas encore une grande connaissance du judo et il n'y avait pas ces clivages. Le clivage, c’était plutôt entre le collège des ceintures noires et la fédération… D’ailleurs, M.Correa, pour marquer sa différence avec la fédération, avait appelé notre judo le « Junomichi », ce qui veut dire la même chose...

Pour Christian Livignac, c’était particulier.  Il était élève de Correa, c’est vrai, mais un peu son élève turbulent. Du coup, son club était très compétition. Cela dit, il enseignait bien le judo, manière Correa… avec sa touche compétition ! Ses élèves se distinguaient bien sur les compétitions de Paris. Les judokas de l’UPAM nous cassaient la gueule au début, quand ils venaient à Courbevoie ! Mais après un an ou deux, nous avions rattrapé leur niveau. Ils sont devenus nos copains et on a vraiment fait un groupe UPAM.


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Jean-Luc Barré : une vie dédiée au judo. Une série en 5 épisodes

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Qui se cache derrière ALLJUDO ? Laurent Mathieu, un judoka à Marrakech

Qui se cache derrière ALLJUDO ? Laurent Mathieu, un judoka à Marrakech

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Temps de lecture : 12 min

1- Laurent Mathieu : passionné de judo
2- L'aventure alljudo.net
3- Créer un dojo à Marrakech : le flam-Maroc
4- Regard sur le judo


Laurent Mathieu : le passionné de judo


Judo, web, com' : plusieurs casquettes


Je suis Laurent Mathieu, 52 ans, directeur sportif du club de Flam Maroc. Je donne des cours, je m'occupe de la communication.... C'est une fonction très élargie on va dire ! Je suis également le fondateur du site alljudo.net, que j'ai créé en 2006 et qui existe toujours. À côté de ça, en dehors du judo, j'ai une activité professionnelle dans le domaine de la communication. Je fais de la prestation sur la création de sites internet notamment. Bien sûr, certains de mes contacts et de mes clients sont du réseau judo.


De l'enfant turbulent au professeur


Premiers pas au Judo Club Croix Roussien


J'ai commencé le judo à 6 ans, à Lyon, au Judo Club Croix Roussien. J'étais un enfant assez turbulent qui avait beaucoup d'énergie, et je crois qu'on a parlé du judo à ma maman. Ça s'est fait comme ça. Ça a tout de suite été une passion, j'ai accroché immédiatement. J'y suis resté jusqu'à mes 18 ans. J'ai tout de même arrêté l'année où j'ai passé le bac, mais plus par feignantise que pour des raisons vraiment scolaires ! 


Les années fac


J'ai repris après le bac lorsque je suis rentré à la faculté des sports qui s'appelait l'UFRAP à l'époque. C'était en 1991 et j'étais alors au CS Doua qui était le club du campus. C'était un peu particulier car on venait payer une licence et on avait accès aux entrainements. Je pense que ce sont les années où j'ai le plus pratiqué et progressé. J'étais un compétiteur lambda mais j'étais vraiment passionné. Je faisais d'autres sports en même temps aussi. 


L'enseignement


J'ai ensuite été licencié au Judo Club de l'Est Lyonnais. C'était une entente de clubs sur l'est de Lyon. C'est là que j'ai commencé à donner des cours de judo et que j'ai ensuite passé mon Brevet d'Etat. J'y suis resté 10 ou 15 ans ! Dès la fin de mes études, j'y suis devenu professeur à plein temps.

C'est vers 30 ans que j'ai démarré une carrière dans le domaine de la communication mais en continuant toujours d'enseigner le judo. J'ai aussi déménagé dans l'Ain, à une heure de Lyon environ, où j'ai pu être professeur au Judo Club de Polliat, devenu le Bresse Saône Judo. Je le cite parce qu'il y a une équipe qui fait du bon travail, avec un modèle de fonctionnement de clubs en milieu rural qui n'est pas forcément le plus répondu. Ils réussissent à faire grossir les effectifs et à avoir des résultats en compétition...

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam Maroc : au début, j'aimais entrainer. Aujourd'hui, je préfère enseigner.

D'entraineur à enseignant


Au début,  devenir professeur était alimentaire en quelque sorte, je n'ai pas honte de le dire. C'était dans le domaine de ma passion, de ce que j'aimais, dans un environnement dans lequel je me sentais à l'aise, donc c'était très bien ! Et puis j'étais plus intéressé, à cette époque-là, par le fait d'entraîner des compétiteurs, cadets, juniors ou même minimes... Maintenant, j'aime enseigner. J'aime regarder les compétitions de judo mais préparer des judokas pour ça, ce n'est pas la partie qui m'intéresse le plus.

L'influence des professeurs


Gérard Thinet avec ses méthodes novatrices


Je souhaiterais rendre hommage à mes professeurs. Le premier s'appelait Gérard Thinet, un professeur qui avait des méthodes assez novatrices pour l'époque. J'ai découvert beaucoup plus tard qu'en fait, il avait participé à la réalisation des premières versions de la progression française de judo dans laquelle on intégrait du jeu dans la pédagogie pour la première fois. Lorsque j'étais enfant, je ne m'en rendais pas compte. Mais un jour, lorsque j'ai eu accès à la progression française en tant qu'enseignant, j'ai regardé les gens qui l'avaient composée ou qui avaient participé et j'ai vu son nom. BIen sûr, certainement que tout un panel de professeurs à l'époque avait participé à ce projet, mais il en faisait partie !


Pierre Blanc et Daniel Ray, de l'école des cadres à Lyon


J'ai aussi eu Pierre Blanc quelques années : c'est lui qui s'est occupé de l'école des cadres à Lyon pendant plusieurs années. Un très bon professeur de judo, 6e ou 7e dan, très bon technicien. Ensuite, au CS Doua, j'ai eu un professeur assez atypique, Daniel Ray, qui était également le professeur des sports de combat au sein de la faculté des sports. Il enseignait aussi la pédagogie au sein de l'école des cadres à Lyon. C'est quelqu'un de vraiment très intéressant sur l'enseignement des sports de combat ; il m'a beaucoup imprégné.


Daniel Mestre et la découverte du Sambo


Enfin, au sein du club où j'étais professeur, il y avait Daniel Mestre, qui m'a donné une autre vision. Cétait quelqu'un de très investi dans le sambo. J'ai d'ailleurs également fait du sambo, à un petit niveau, mais il n'empêche que ça fait partie de mon bagage. C'est aussi une ouverture sur les sports "cousins" et qui fait partie du judoka que je suis aujourd'hui.

Voilà donc quelles sont mes influences et ce qui a construit, contribué à ma vision du judo aujourd'hui. Il faut tout de même savoir que je suis beaucoup plus passionné de l'enseignement maintenant que ce que j'ai pu l'être durant les premières années. 


L'aventure Alljudo.net


Quand le judo n'existait pas sur internet !


À partir d'un projet de formation...


Lorsque je me suis lancé dans la communication, j'ai pris un congé formation durant une année. Et c'est dans le cadre de cette formation que je devais réaliser un site internet. C'était en 2000 donc les sites internet, c'était encore très récent même si Internet existait depuis quelques années déjà. Je voyais bien, en tant que consommateur d'internet, qu'il n'y avait pas grand-chose sur le judo... Alors pendant un an, j'ai compilé des résultats, j'ai fait des recherches par exemple sur tout l'historique des tournois de Paris ou des championnats de France, car ça ne se trouvait pas à l'époque ! Pour rappel, en 2000, il n'y avait aucun réseau social et Youtube n'existait pas. C'était les tous premiers pas de Google qui était un peu outsider à côté de Yahoo par exemple, qui était plutôt un annuaire. Quand Google est arrivé avec juste sa barre de recherche centrale, c'était vraiment nouveau. Il y avait donc vraiment un besoin et c'est comme ça que j'ai commencé à compiler des résultats. J'allais chercher partout et ça a dû me prendre environ un an et demi pour finalement faire un truc dont j'étais fier pour l'époque.


Le réseau judo


Rapidement j'ai eu des contacts, dont des athlètes dans le haut-niveau qui m'ont dit que mon site était sympa. C'est comme ça que ça a démarré. Ça a pu aussi me servir de vitrine et de trouver quelques clients dans le domaine du judo. J'ai, par exemple, fait des sites pour plusieurs gros clubs français, comme Levallois, Maison-Alfort... Ça m'a donné des contacts. En plus, ça me permettait aussi d'essayer des nouvelles tendances ou nouvelles technologies. Je me faisais la main sur alljudo en fait !


L'âge d'or de alljudo.net


J'ai alors commencé à vendre des espaces publicitaires à Mizuno et Adidas... Puis, entre 2012 et 2014 ou 2015, j'ai rencontré Stéphane Nomis. On a essayé d'avoir une approche plus professionnelle on va dire. Lui avait une vision entreprenariale des choses. Il était, en fait, moteur sur les aspects que je n'avais pas forcément. J'ai eu une pigiste qui a travaillé avec moi, j'ai développé des moyens un petit peu plus techniques aussi pour développer le site. Ça a vraiment été la grosse période de Alljudo. Je me souviens d'un record de trafic sur un mois de février, avec le tournoi de Paris, où nous avons eu 1 million de pages vues. C'était énorme ! On a même tenté de lancer une application qui s'appelait Judo Pro. C'était une application payante qui était destinée à produire des contenus de vidéos ou d'actualités mais le modèle n'a pas fonctionné.


Comment monétiser ?


Cet "âge d'or" n'a pas continué... La difficulté, c'est vraiment de monétiser. À un moment donné, quand ça te prend beaucoup de temps, il faut aussi que ça puisse rapporter de l'argent et c'est un domaine où ce n'est pas forcément très facile. D'ailleurs, si tu regardes les médias, ce n'est un exercice simple pour personne.

Prenons l'exemple de l'Esprit du judo : ils ont toujours le papier ! Avec le site web, ils vendent un petit peu d'espaces publicitaires mais je ne pense pas que ce soit suffisant pour faire vivre une équipe de journalistes. Alors je m'avance, je parle un peu à leur place... Mais si tu regardes les gros médias qui étaient sur des modèles gratuits, ils sont tous passés sur des modèles payants. Ce n'est pas possible de tout donner gratuitement : si tu veux avoir accès aux articles, il faut payer chaque mois. Je vais souvent sur le site de l'Equipe et je vois qu'il y a de moins en moins d'articles gratuits. Mais quelque part, c'est logique ! En fait, les utilisateurs ont un degré d'exigence qui n'est pas cohérent. Ils veulent de l'information gratuite, sans bannière pub, sans cookie, ils ne veulent pas de newsletter... Mais à un moment donné, il y a des gens qui travaillent pour produire les contenus !


La spécificité française de alljudo.net


L'accès à l'information qui grandit et s'accélère


Il faut dire qu'à cette époque-là, il y avait une concurrence qui était vraiment moindre. Sur le site de la fédération, les résultats n'étaient pas mis à jour rapidement alors que moi, j'avais les organisateurs, les ligues, qui m'envoyaient les résultats et je les mettais en ligne dès le dimanche soir ! Je faisais des articles, des reportages... Maintenant, sur internet, on a quand même beaucoup plus accès à l'information. Et je ne suis plus le rapide. Je vais chercher l'info sur internet, j'ai des gens qui m'envoient des résultats ou qui me disent que je n'ai pas bien référencé tel tournoi... J'ai tout de même des outils qui me permettent de rentrer tous ces résultats assez vite. Par exemple, lorsque je mets en ligne les résultats d'une compétition, ça met à jour les fiches des athlètes automatiquement. J'ai juste quelques manipulations à faire.

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam maroc : une base de données sur le judo national qui est unique en France

Une base de données nationale unique.


Même s'il est vrai que Alljudo a perdu une partie de son utilité puisque par exemple, l'IJF retransmet toutes les compétitions de judo, il y a une vraie spécificité qui reste : c'est la base de données de résultats nationaux. Au niveau international, il y a la base de judo inside qui est plus complète que celle de alljudo mais par contre, sur les résultats nationaux, alljudo est unique. D'ailleurs, entre parenthèses, j'aurais aimé changé en alljudo.fr pour représenter cette spécificité. Mais au niveau du référencement, ça pose des problèmes donc je ne le fais pas...

Un projet qui continue.


Donc aujourd'hui, même si ça me demande un petit effort, je maintiens le site à jour pour garder cette spécificité. C'est sûr que depuis 2015, j'ai vraiment diminué la voilure on va dire et je continue en amateur mais c'est bien, ça me suffit. Surtout que depuis 2016, je suis arrivé ici, au Maroc et j'ai moins de temps pour le faire aussi. Par exemple, je ne couvre plus les compétitions en France comme je le faisais avant. Et puis j'ai d'autres activités, d'autres opportunités, mais par passion, je continue toujours de l'alimenter. 


Alljudo : ça parle de quoi exactement ?

 

Au départ, pour moi, "alljudo" c'était pour mettre le maximum parce qu'il n'y avait rien ! Maintenant, il y a des secteurs sur lesquels il n'y a pas un grand intérêt à ce que je sois présent vu qu'il y en a d'autres qui le font, peut-être parfois mieux que moi !


Les mercato judo


À un moment donné, j'étais assez bon sur sur les brèves grâce à des contacts que j'ai noués au fil du temps. On me transmettait une info pour que je la partage et je la sortais... D'ailleurs c'est comme ça que les "mercato judo" marchaient très bien à une époque ! C'était des petites rumeurs sur les athlètes qui partaient dans tel ou tel club... Ça a heurté certaines sensibilité. D'abord parce que le terme "mercato" renvoie au football, à l'argent. Et dans le judo, il y a des gens qui n'aiment pas cet aspect argent. Mais aussi parce que certains athlètes n'ont pas trop apprécié que je sorte ce type d'infos ! Je m'excuse auprès d'eux d'ailleurs, mais c'est vrai que c'était un peu le jeu. Et si j'avais les infos, si elles arrivaient jusqu'à moi, c'est qu'il y avait d'autres personnes avant moi qui avaient parlé ! Parfois, même les clubs étaient contents qu'on sache qu'ils étaient en train de recruter tel ou tel judoka... Donc ça fonctionnait bien.


Exprimer ses convictions


Je me suis également souvent exprimé contre l'équipe fédérale de Jean-Luc Rougé, notamment sur ses 2 derniers mandats car je pensais vraiment que ce qu'il faisait allait à l'encontre de ce que j'estimais bénéfique pour le judo. J'ai souvent été presque virulent contre les entraîneurs nationaux, et ce n'était d'ailleurs pas contre eux. Mais disons qu'il y avait un certain nombre de choses sur lesquelles il fallait appuyer. Et je crois que j'étais pratiquement le seul à le faire. Je n'étais donc pas impartial et certains m'en ont fait le reproche. Mais moi, je ne me considère ni comme un journaliste, ni comme un média. Je suis un artisan du web. J'ai développé un site et si j'ai envie de dire un truc dessus, je le dis. Je l'ai toujours fait parce que dans mon for intérieur, j'étais vraiment persuadé que ce qui se faisait n'allait pas. Alljudo servait aussi un peu ça. On m'a souvent dit que j'étais anti-fédération, mais j'étais plutôt anti-"gens qui étaient en place".  


La dimension participative 


Alljudo a aussi une dimension participative. Quand les gens m'envoient un communiqué de presse, des résultats ou un tournoi à publier dans le calendrier par exemple, je le fais vraiment de bon coeur. On peut même s'inscrire sur le site pour entrer soi-même certaines informations. Par exemple, on peut être administrateur de sa fiche athlète et rajouter des résultats etc. 

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam maroc : un site qui appartient à tous finalement !

C'est aussi une vocation du site qui est importante pour moi puisque finalement, ce site, il appartient à tous en un sens. Il y a d'ailleurs peut-être des utilisateurs qui vont plus souvent sur le site que moi ! J'en connais un ou deux qui me font souvent remonter ce qu'il faut compléter, changer, une fiche en doublon, une erreur sur telle page, etc. D'autres me contactent via messenger pour me demander de faire des choses. À ce propos, je ne leur réponds pas toujours mais je tiens à dire que je ne les oublie pas ! Si je n'ai pas encore publié ce qu'ils m'ont demandé, c'est que je n'ai pas le temps ou que je ne prends pas le temps de le faire... Mais leurs demandes sont bien dans une to-do-list !

Créer un dojo à Marrakech : le Flam Maroc


En 2016, j'arrive au Maroc. Je n'étais pas forcément à l'origine du projet au départ mais je suis arrivé au moment où il démarrait. Je me suis impliqué dedans en tant que professeur puis je me suis occupé de la communication.


L'ouverture du lieu et l'accueil des nouveaux judokas

Photo du dojo de Flam Maroc à Marrakech, fondé par Laurent Mathieu

En fait, le bâtiment ici était brut. Il n'y avait même pas l'électricité ou la plomberie. Il a donc fallu un an et demi de travaux avant de pouvoir démarrer les cours. On a commencé la première saison en retard puisqu'on avait manqué la rentrée de septembre mais on dû finir à 80 adhérents. On avait ouvert aux baby judo à partir de 4 ans, même si c'est arrivé quelques fois que sur l'insistance des parents, on accepte des enfants de 3 ans. Ça ne se passait pas forcément très bien alors on s'est dit que si on devait accepter les 3 ans, autant proposer quelque chose de spécifique pour eux.

La création d'un créneau pour les 3 ans


La saison suivante, les 4-5 ans sont donc devenus les éveils, et on a fait un cours de judo pour les 3 ans avec un mode de fonctionnement particulier. On fait des séances de 45 minutes et c'est le seul cours où les parents restent à l'intérieur et où on ne gère pas les à-côtés. C'est-à-dire que si l'enfant ne veut pas monter sur le tapis, ça peut arriver, et qu'ils veulent rester dans les bras de maman, c'est possible. S'ils veulent sortir du tatami pour boire ou aller aux toilettes ou même faire une petite pause, il n'y a pas de problème. Nous, on donne le rythme des pauses mais on n'a pas d'exigences autres que d'animer une séance. Les enfants font des petits va-et-vient sur le tapis. Certains jours, un enfant fait toute la séance et d'autres, il va être un peu fatigué... Ce fonctionnement est bien adapté à eux. On fait de la motricité, on intègre l'apprentissage des chutes ainsi que des petites situation d'opposition. On ne met pas d'éléments techniques.


Du judo avec un abonnement mensuel ?


En 2018-2019, on a dû monter à 120 adhérents environ. Malheureusement, à cause du covid, le club a fermé en février. On aurait pu avoir beaucoup plus d'adhérents car ici, contrairement à la France, beaucoup de gens s'inscrivent en cours d'année. Il n'y a pas cette habitude d'inscrire les enfants à leurs activités en septembre pour une saison complète. D'ailleurs, quand on a commencé, on s'est calé au fonctionnement d'ici, à savoir des abonnements au mois. Mais maintenant, on a imposé l'inscription à la saison complète en expliquant qu'au judo, il y a des apprentissages et passages de grade qui impliquent le besoin de venir toute l'année.


Grandir malgré le covid


L'année 2020-2021, ce fut finalement une bonne année puisqu'on a dû finir à 150 ou 160 adhérents. Ici au Maroc, les clubs de sport n'ont pas fermé malgré le COVID mais il y avait quand même un environnement assez anxiogène et beaucoup d'adhérents ne sont pas revenus. Sans parler de l'environnement économique à Marrakech qui est une ville très touristique et qui a été impactée. Or les gens, à un moment donné, quand les finances sont difficiles, ce sont les loisirs qu'on stoppe en premier. Donc avoir 150 ou 160 adhérents pour cette saison, c'était bien.

Pour cette saison 2021-22, on a eu une petite difficulté au départ, c'est que les clubs de sports étaient fermés en août et septembre. Comme on a vu qu'il faisait beau, nous avons mis les tatamis dehors. Tous les jours, on sortait les tapis et ça a permis de reprendre un peu les adhérents qui pouvaient penser partir sur d'autres disciplines. L'année a vraiment démarré fin septembre début octobre et actuellement, on est 250 adhérents. Comme il reste encore quelques mois, on a la perspective d'arriver, pourquoi pas, à 300.


Commencer le judo quand on est ado...


Côté adultes, c'est un petit peu différent de la France. On n'a pas de compétiteurs car souvent, les compétiteurs ne sont plus tellement présents dans leur club, disons dans leur club formateur. Ils sont présents dans les gros clubs. On a donc un cours d'adultes loisirs qui tourne à dix quinze personnes selon les soirs... Ça dépend aussi des matchs de ligue des champions !

En revanche, quelque chose qui n'existe pas trop en France, c'est le fait qu'on a beaucoup de minimes, donc des pré-ados, débutants. Le cours est très fourni, depuis plusieurs années, de jeunes qui viennent démarrer le judo et qui accrochent à l'activité.


Le projet pédagogique du club


Une année en 5 cycles


Nous avons formalisé le projet au niveau des cours. Bien sûr, il existe la progression française depuis des années, mais nous, en interne, on a créé nos planning par cycles. L'année est découpée en 5 périodes avec des techniques, des situations d'apprentissage, des objectifs. Sachant qu'ayant désormais assez d'adhérents, pour la première fois, on peut cette année resserrer les cours en collant aux vraies catégories d'âge. On a donc un cours d'éveil, de mini-poussins, de poussins etc. Et l'année prochaine, se posera la question de nos minimes qui deviennent cadets. On va devoir voir comment les intégrer avec un cours d'adultes loisirs qui n'ont pas forcément un niveau technique élevé. On aura une petite réflexion à avoir sur cette tranche d'âge.


L'enseignement du judo au Maroc


Ici au Maroc, les professeurs ne sont pas formés. La manière d'enseigner est en fait tirée de la façon dont on apprend aux adultes, ou d'éléments qui sont piochés par-ci par-là. Mais ce n'est pas quelque chose de construit. Bien sûr, je ne connais pas tous les professeurs du Maroc, et d'ailleurs, mes propos ne sont pas à prendre de façon négative. Mais disons que c'est ce que j'ai pu voir. D'ailleurs il n'y a pas de diplôme d'enseignement, pas de formation. 

Moi, j'ai un cursus dans le domaine du sport universitaire avec ensuite l'école des cadres à Lyon : c'était deux années de formation avec des cours tous les week-ends ! De la pédagogie, de la connaissance de l'environnement du judo, de l'enseignement technique, de l'enseignement des kata... Je ne dis pas ça pour me vanter, mais plutôt pour dire l'écart qu'il peut y avoir.


Les professeurs du Flam Maroc


J'ai un professeur avec moi depuis trois ans. Il s'appelle Khalid, on peut dire que c'est un peu mon point d'appui au sein de l'équipe. Son père était déjà professeur et lui s'était intéressé, à titre personnel, à l'enseignement. J'essaye donc de lui amener des éléments pour qu'il progresse dans son enseignement.

L'année dernière, on a eu une professeure qui nous a rejoints et de la même façon, j'ai essayé de lui permettre d'évoluer. Cette année encore, on a d'autres professeurs qui viennent avec nous. Petit à petit, j'essaye de les amener sur sur mon projet pédagogique.


Ma priorité pédagogique

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam maroc : ma priorité c'est de faire aimer le judo

Le projet, c'est de faire aimer le judo. C'est vraiment ma priorité. Personnellement, ça ne me fait ni chaud ni froid de me dire que je vais former un champion. Déjà, je pense qu'un champion, à la base, "existe" par des éléments que tu ne maîtrises pas. Je pense que Teddy Riner aurait démarré le judo dans un autre club, il y avait de grandes chances qu'il soit également devenu un champion. C'est pour ça que dire qu'on va orienter son enseignement pour former des champions, ça ne paraît pas être une bonne vision des choses. Pour moi, les étapes, c'est de faire aimer le judo. 


Pour ça, c'est revoir sa manière d'enseigner. Il faut rendre le judo ludique, joyeux. Ça ne veut pas dire que je veux qu'il y ait du bazar sur le tapis. Je suis assez exigeant sur tout ce qui touche à l'attitude, parce que pour moi, ça fait aussi partie des choses qu'on doit enseigner dans le judo. Je pense d'ailleurs que les enfants aiment ça aussi. Donc ce n'est pas antinomique.


Le goût de l'effort


Une fois qu'on leur a fait aimer le judo, la deuxième étape est de leur donner le goût de l'effort. Ça, tu peux le faire à travers le jeu, des défis... Tu montes un petit peu dans les tranches d'âge... Quand ils arrivent poussins, benjamins, tu commences à faire des petits challenges par exemple. Enfin, une fois que tu as la passion et le goût de l'effort, c'est là où peut-être, on peut commencer avec vraiment les bases du judo. On travaille beaucoup le kumikata, la posture, les déplacements... Dès les petits, on utilise des mots comme shizen tai, jigo tai, tai sabaki... Ils retiennent ces noms ! De la même manière qu'ils retiennent maté ou adjime, ils apprennent très vite. C'est donc leurs bases. Ensuite, on peut les faire aller plus loin dans la technique, l'exécution du geste.


Initier à la compétition


Après, tu peux peut-être donner des petits éléments pour progresser en compétition... S'ils sont bons, il y a des gens qui savent très bien accompagner les compétiteurs, que ce soit au Maroc ou en France. Par exemple, il y avait Christian Chaumont qui était directeur national du Maroc, et qui a montré de nombreuses fois que, quand on lui donnait un jeune avec du potentiel, il savait quoi en faire !

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam maroc : il s'agit de former des judokas bons techniquement et moralement

On a aussi, ici, des enfants franco-marocains, donc s'ils doivent aller à un moment donné dans des structures en France, c'est possible. Il y a des gens qui savent bien faire. J'ai eu l'occasion de demander à Larbi Benboudaoud, il n'y a pas très longtemps, quelle était sa vision sur la formation qu'il attendait des jeunes en tant que directeur de la haute-performance. Il m'a répondu que ce qu'il attendait, c'était d'avoir des judokas bien formés, à la fois techniquement et au niveau de leur moralité, de leur état d'esprit. C'est pourquoi si je dois, un jour, former un champion, ce sera par ce biais-là. Ce ne sera pas en les mettant à la musculation trop tôt, avec du lourd intensif etc. Après, il y en a qui le font et avec qui ça marche. Mais moi, ce n'est pas ce que j'ai envie d'amener au judo.

Vision sur la compétition dans l'enseignement du judo


Relativiser le résultat


Au Maroc, ce n'est pas comme en France, il y a beaucoup moins d'opportunités de faire de la compétition. Mais quand il y en a, on les propose. On ne force pas. Je fais aussi attention à relativiser la notion de victoire et de défaite, parce que perdre au judo, ça ne fait pas plaisir. Quand tu es enfant, que tu vas à une compétition, et que tu te prends deux ippons en trente secondes, c'est difficile ! Ce n'est pas pareil que perdre en natation ou au ping-pong ; quand tu t'es pris deux gamelles, tu n'as pas trop envie d'y retourner. Ça fait mal, c'est un peu humiliant, tu as le regard des parents, tu as le sentiment d'avoir déçu un petit peu tout le monde... Donc il ne faut pas trop appuyer là-dessus. Lorsqu'un enfant est en échec en compétition, je préfère le retirer un petit moment et qu'il y retourne après, quand il aura plus de chances de gagner.

Je ne lis donc pas le judo par le prisme de la victoire ou de la défaite. D'ailleurs, un enfant qui est bon en compétition, parce que c'est vrai que certains sont naturellement plus agressifs que d'autres, ou plus puissants, je fais attention de ne pas les idôlatrer. Au contraire, il faut vite les faire redescendre de leur piédestal et les obliger à aller creuser, à essayer de gagner avec le judo. Je leur fais remarquer qu'à un moment donné, ils vont tomber sur un plus agressif ou un plus puissant qu'eux et qu'ils pourront perdre. Après, bien sûr, je suis pour accompagner ceux qui sont bons. Mais il faut connaitre ta limite personnelle et la limite de ton club, de ta structure. Moi, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus que de tutoyer le haut-niveau. Ce que je veux, c'est amener des judokas bien formés. Voilà ma vision des choses. 


Former des judokas épanouis


Il y a aussi tous ceux qui ne vont pas dans le judo de haut niveau ! Quand tu te rends compte de tous les gens qui disent qu'ils ont fait du judo dans leur vie et que ça a marqué leur histoire, c'est ça qui m'intéresse ! Beaucoup plus que le haut niveau, car c'est ce qui dure. Pour moi, la réussite d'un club et la réussite surtout d'un professeur, c'est ça en fait. Une fois, j'ai eu à coacher un gamin de l'entente de clubs dans laquelle j'enseignais. Je ne l'avais pas formé directement mais je l'avais accompagné en compétition. Il était dans une situation un peu difficile au niveau familial, scolaire etc. 

Citation de Laurent Mathieu de alljudo.net Flam Maroc : C'est grâce au judo et à ce que vous m'avez inculqué que je suis devenu ce que je suis aujourd'hui

Lorsque je l'ai revu 10 ans après, son retour m'a marqué. Il m'a dit "Laurent, c'est grâce au judo que je suis devenu ce que je suis, c'est tout ce que vous m'avez inculqué". Tu vois, ça me donne des frissons, bien plus que des élèves qui gagnent même si tu es content quand ça arrive. Mais ce qu'il reste à la fin, c'est ça... Moi, je remercie les gens qui m'ont donné la passion du judo. Je n'ai pas été un grand compétiteur mais mes amis viennent du judo, mon réseau professionnel vient du judo, le fait que je sois arrivé au Maroc, ça vient du judo ! ici, via le club, je rencontre des gens, je me fais des amis, encore maintenant !

Le plus important pour moi, c'est vraiment ça. Je ne veux pas qu'à un moment donné, il y ait des élèves que tu perdes, où tu rates cette opportunité finalement, parce que tu es parti tout de suite sur la compétition et que c'était trop dur. L'élève s'est retrouvé en situation d'échec et l'année d'après, tu sais qu'il est parti faire une autre activité. Pour moi, il faut aussi les garder, les intéresser, leur donner ce virus du judo sous la peau.


Le problème de former des champions trop tôt


Aujourd'hui, il y a des gens qui réfléchissent et qui vont essayer de corriger le tir mais on a mis des pôles espoirs partout, on a déshabillé les clubs de leurs meilleurs éléments qui étaient en minimes ou en cadets. Donc si tu retires du tapis ceux qui étaient leader, tu casses un peu les groupes et ça a été dommageable. En répercussion, les cours adultes se sont affaiblis et c'est tout un réservoir de gens passionnés qu'on a perdu. Je connais plein d'exemples de jeunes qui sont partis dans les pôles espoirs et qui ont arrêté le judo parce qu'ils se sont retrouvés en situation d'échec. Si tu n'es pas assez bon en compétition, si tu ne vas pas être le champion olympique, alors c'est fini, tu arrêtes le judo. Sauf que c'est notre réserve de professeurs, d'arbitres, de bénévoles ! On les a flingués !

Sacrifier, vouloir aller très vite sur la compétition en organisant tout là-dessus ? Attention ! Je dis attention ! Faisons vivre des clubs, ayons des beaux effectifs car ce réservoir de judokas, on en a besoin ! Même dans la société, même s'il y a des brebis galeuses comme partout, les gens qui ont fait du judo sont généralement des gens qui réussissent professionnellement. Ils sont appréciés, intégrés socialement... Ne l'oublions pas !


Comment mener ses cours de judo


Dans la pédagogie que je prône, tu ne peux pas arriver avec une solution et tout plaquer comme ça. Ce qui va marcher avec l'un ne va pas marcher avec l'autre. Il faut tout le temps essayer d'observer les élèves. En fait, ta matière première, c'est eux !


Observer et s'adapter


Si je veux leur apprendre une technique ou mettre en place une situation, j'essaie de ne pas trop donner d'informations au début. Je regarde comment ils réagissent et à un moment donné, je fais un petit stop de 10 ou 30 secondes. Je redonne une information parce que j'en ai vu trois ou quatre qui ont mal compris la consigne ou qui le font d'une certaine manière. Et si tu vois que ça ne marche pas, tu arrêtes. Si sur un groupe de vingt gamins, tu as huit couples qui n'y arrivent pas au bout de cinq ou dix minutes, c'est toi qui t'es trompé. C'est pas grave ! Ça fait partie de l'enseignement ! Mais il faut essayer de mettre en place des nouvelles situations tout le temps, d'inventer, c'est important. Parfois ça ne marche pas et d'autres fois, tu te dis que ça fonctionne. Et quand tu essayes avec un autre groupe, ça ne marche pas aussi bien ! Il faut être à l'écoute. Mais quand tu fais un truc et que tu vois que tout de suite, ils y arrivent bien, pas la peine de leur faire faire trop longtemps. Rajoute une difficulté tout de suite ! 


Avoir son thème et rester à l'écoute


Quand tu arrives sur le tapis, il faut avoir des thèmes et il faut avoir une vision un petit peu globale. Ensuite, être attentif aux feedbacks. Ça peut être leurs capacités, en fonction de leur âge déjà, de leur niveau, mais aussi parfois de leur état émotionnel ou de leur fatigue. On dit parfois, en France, "ils sont excités, la neige arrive" et bien c'est ça ! On ne sait pas toujours pourquoi, il y a des jours où les enfants sont hyper réceptifs et tu vas pouvoir leur donner plein de détails, et d'autres jours, ils le sont moins, ils ont besoin de se défouler. C'est important d'être attentif à ça. Je parle de ma façon de faire bien sûr, mais j'espère qu'il y a des gens que ça va intéresser et que ça peut les renvoyer à leur propre réflexion.


Nourrir sa pratique et se renouveler


Je faisais déjà ce travail quand j'étais en France. Quand je suis arrivé au Maroc, on a travaillé de manière un peu plus empirique, avec des tranches d'âge qui n'étaient pas forcément très restreintes et avec des enfants qui arrivaient en cours d'année. C'était donc difficile d'avoir une vision globale de la saison. Mais cette année, avec Khalid, qui est le professeur avec lequel je collabore, on a vraiment préparé les choses. De temps en temps, le thème qu'on avait défini, on l'enrichit un petit peu... Et puis on se dit déjà que pour l'année prochaine, on va revoir un petit peu les choses.

Personnellement, je développe ma pédagogie essentiellement sur le tatami. Il y a Youtube aussi, ou les réseaux sociaux. On voit pas mal de gens qui postent des vidéos intéressantes, qui permettent de voir ce que font les autres. Je trouve que ça, c'est vraiment bien ! Il ne faut pas garder ses petits secrets de fabrique pour soi. Et dans le même temps, il ne faut pas chercher à imiter un autre enseignant. Chacun enseigne avec sa personnalité. Moi par exemple, j'aime le judo avec de la bonne humeur, avec de la joie, mais ça fonctionne... avec moi ! D'autres vont fonctionner d'une manière différente et ça fonctionnera... avec eux. Et partager nos manières de faire, ça enrichit. Sur Facebook, il y a un groupe qui s'appelle prof de judo 2.0 sur lequel les gens postent leurs vidéos de situations. Parfois, ça te renvoie des choses que tu fais toi... Tu peux te dire "tiens il le fait comme ça, c'est bien, je vais essayer..."

L'enseignement, c'est quelque chose de vivant, il faut se renouveler. Et quand tu arrives sur le tapis, avoir des trucs nouveaux à faire faire, c'est bien aussi pour toi ! Ça donne de la motivation.


Regard sur le judo


Je suis en lien avec plein de judokas en France, mes amis sont dans le judo, et sur les réseaux sociaux, je ne peux pas m'empêcher d'intervenir quand il y a des débats. Il y a des judokas que j'ai connus via les réseaux sociaux, comme toi ou d'autres... Donc je suis toujours en contact avec le judo français par différentes portes. Il y a aussi parfois des gens qui viennent ici, des clubs qui font partie du judo français, des profs, des entraîneurs... C'est donc l'occasion d'échanger régulièrement.


Le dynamisme des juniors


Là où je me suis coupé du judo français, c'est que je n'ai plus l'occasion d'aller sur les championnats de France et ça c'est un vrai manque. C'était là où j'avais l'occasion de rencontrer certaines personnes que je ne vois pas souvent, et d'échanger avec eux. Je pouvais aussi voir le judo. J'aimais bien, par exemple, aller sur les championnats de France juniors, parce que je trouve que c'est un judo assez spontané ! Je ne sais pas si c'est toujours le cas... Mais par exemple sur les premières divisions, encore une fois je ne les ai pas vues ces dernières années, mais je me suis souvent ennuyé. Les athlètes s'entrainent trop ensemble, ils se connaissent, c'est un peu tactique, les meilleurs ne sont pas forcément au pic de leur forme... Sur les juniors, ils donnent tout ! Comme me disait un ami il y a quelque temps : "c'est celui qui va mourir le premier sur le tatami !". J'ai plus de plaisir de voir le judo là et c'est aussi l'occasion de voir quels clubs travaillent bien, quels sont les pôles qui ressortent...


La prise de risque en judo

Citation Laurent Mathieu de alljudo.net Flam Maroc : laissez les jeunes judokas prendre des risques. S'ils se font contrer, c'est le judo !

Il y a quelque chose qui m'interpelle. Je pense que la prise de risque ne doit pas être retirée trop tôt au judoka. Si on commence à rétrécir le schéma d'un judoka en minimes ou cadets, qu'on lui enlève toute prise de risque, je ne crois pas que ce soit la bonne méthode. Au contraire. Enlever cette prise de risque, on peut le faire quand on arrive parmi les très bons. Il me semble que c'est plus facile de gommer les erreurs plus tard que de développer le judo d'un jeune qui depuis ses 15 ans se restreint. Dans la prise de risque, parfois tu te fais contrer parfois, parfois ça marche, c'est comme ça, c'est le judo !

Projets à venir pour le judo marocain


Mes projets dans le judo, c'est d'ouvrir avec mon associé Hicham El Hassouni, président de la ligue de Marrakech, une deuxième salle pour le club. On aimerait, à terme, ouvrir peut-être encore d'autres petites salles sur Marrakech. C'est une ville qui est assez étendue donc on voudrait s'implanter un peu dans le centre, un peu dans le nord, pour que les gens puissent avoir accès à des petits dojos, indépendamment d'éventuels problèmes de transport. Après, je rêve un peu à voix haute, mais j'aimerais pouvoir ouvrir le même type de club dans d'autres villes du Maroc. Sur Casablanca, il y a déjà des clubs qui ont cette approche et qui essayent de travailler sur la masse, d'avoir une pédagogie différenciée pour les tranches d'âge... Mais sur d'autres villes, ça n'existe pas et moi, j'aimerais bien y aller !

Partager notre mine d'or du judo français


Je vais déborder un petit peu du sujet, mais je sais qu'en France, il ya un gros réservoir de connaissances, de savoir-faire qui n'a pas été bien exploité. Sur la pédagogie, puisque c'est le sujet qui m'intéresse le plus, si on arrivait à faire quelque chose de cette mine d'or qu'on a acquise dans le judo français, unique je pense, ce serait très intéressant. Même du point de vue de la technique, on a aussi de grands experts. À un moment donné, avant qu'ils ne disparaissent ou qu'ils ne soient plus en état physique de transmettre, nous devons prendre tout leur patrimoine. Maintenant, on peut filmer facilement. Apprendre des techniques dans un bouquin et les apprendre avec une vidéo, ce n'est pas la même chose ! Moi, j'ai étudié plein de bouquins de techniques de judo et c'était compliqué de bien comprendre ! Par contre, à travers les vidéos, c'est beaucoup plus accessible.

Il faut que les gens aillent voir tous nos hauts-gradés, des gens connus, des moins connus, reconnus comme experts actuellement pour qu'ils puissent partager. 


Clin d'oeil


Je fais un petit clin d'oeil : il y a des gens qui se manifestent pour que Jean Pourchet, entraîneur connu de Pontarlier, ait son 6e dan. La démarche est tout à fait intéressante, même si j'imagine que ce monsieur, a priori, vu son parcours du judoka, porte peut-être peu d'intérêt aux honneurs et au 6ème dan. En revanche, ne laissons pas passer son patrimoine ! Il faut aller en prendre la substance, parce qu'à un moment donné, sinon, ça va disparaître ! Il a formé des champions, il a fait aimer le judo, il a développé un gros club dans une petite ville... Il faut que les gens aillent le chercher !


Se retrousser les manches


Je pense aussi qu'à un moment donné, il faut sortir d'une attente du tout fédéral. C'est peut-être une caractéristique un petit peu française : on attend tout de l'état ou de la fédé, alors qu'on peut aussi se retrousser les manches et faire des trucs soi-même. Il y a des initiatives personnelles de judokas, par exemple, qui sont partis faire des tours du monde des dojos et ils ont ramené de l'information, ils ont fait des bouquins, des vidéos, c'est intéressant ! Ça va rester, ça, dans le patrimoine du judo français. J'encourage ce type d'initiatives et ne pas attendre que quelqu'un le fasse à notre place !

Personnellement, avec Alljudo, je suis content d'avoir fait ça. À la fin de ma vie, je me dis que c'est quelque chose qui restera. Je ne sais pas si ça aura un intérêt dans 10 ou 20 ans mais je l'aurai fait ! Comme Secrets de Judokas accumule des témoignages, même si sur le coup parfois, on ne voit pas le développement, avec le temps on se rend compte de ce qui a été construit. J'appelle les professeurs ou les élèves des professeurs qui ont des idées de filmer, de façon simple, et envoyer leurs témoignages à Secrets de Judokas, ou poster par eux-mêmes !


Remerciements

MERCI Laurent pour ton temps et ton accueil au dojo !

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Les judokas du Flam Maroc à Marrakech avec Laurent Mathieu professeur de judo
Laurent Mathieu fondateur de All Judo et Pascaline Magnes fondatrice de Secrets de Judokas
Le dojo de Flam Maroc Judo avec Laurent Mathieu, fondateur de all judo


L'ARTICLE EN VIDÉO ICI 👇


Jean-Pierre Tripet et la philosophie judo

Jean-Pierre Tripet et la philosophie judo

JEAN-PIERRE TRIPET ET LA PHILOSOPHIE JUDO

👉Cet article est disponible en vidéo sur Youtube (abonnez-vous ici), en audio (podcasts disponibles ici), et par écrit ci-dessous.


1- COMMENT AS-TU DÉCOUVERT LE JUDO ?


Raconte-nous ton premier contact avec un dojo...


J’ai rencontré le judo par hasard. Gamin, j’étais assez turbulent, je ne me laissais pas faire. Et je n’aimais pas voir, dans la cour d’école, les plus grands agresser les plus petits. Je prenais donc souvent en défense les plus faibles mais je me suis aperçu que, dans les bagarres, certains m’offraient plus de résistance que d’autres. Je me suis renseigné et j’ai appris qu’ils faisaient du judo. C’est comme ça que je suis allé voir si je pouvais m’inscrire dans un club. À l’époque c’était difficilement accessible. Il y avait déjà des salles mais c’était assez confidentiel et secret. Le premier contact que j’ai eu était un club qui était dans un patronage catholique. 

Quand j’ai ouvert la porte qui allait vers le dojo dont j’ignorais le nom, ça a été comme dans un film. Il faisait beau et, la salle étant très sombre, un rayon de lumière est apparu sur le tatami lorsque j’ai ouvert la porte… Comme une révélation ! Ça m’a tellement impressionné que j’ai refermé la porte et je suis parti !


Qui a été ton premier maître ?

Eugène Crespin le judoka qui dessine

Par la suite, un ami m’a emmené dans un autre club, dirigé par Eugène Crespin* qui était en équipe de France. J’avais 16 ans et ce maître m’a fait découvrir le judo dans une petite salle à l’ancienne. Il m’a appris que le judo pouvait m’amener des qualités défensives ainsi que des qualités physiques supérieures, ce qui me plaisait car je jouais au football à cette époque-là. Mais ce qui est extraordinaire dans le judo, c’est que ça agit sur la personne sans qu’elle s’en rende compte. 

Et le judo a agit sur moi, d’abord pour façonner l’athlète puisque dès le début, je voulais faire de la compétition. En fait, très rapidement, ceinture blanche, je faisais tomber les ceintures noires du club. Mon professeur m’avait donc repéré et m’avait envoyé, dès la ceinture verte, aux entraînements des équipes de France. On m’avait permis d’y accéder grâce à Henri Courtine et Bernard Pariset, qui m’avaient repéré à l’époque. J’ai donc eu une progression très rapide.


Quelles valeurs le judo t'a-t-il transmises ?


Je suis issu d’une famille modeste, ouvrière. Je n’avais pas beaucoup d’argent. Le judo n’était pas très cher mais ça représentait tout de même une certaine somme. Mon professeur a tout de suite vu que je n’avais pas les moyens et il ne m’a donc pas fait payer la cotisation au club. Il m’a également tout de suite mis avec un groupe d’adultes qui suivaient les compétitions des équipes de France. C’était des gens qui avaient des situations confortables. Et ils m’ont pris avec eux sans me faire participer financièrement, ni aux hôtels ni aux déplacements par exemple, nécessaires pour aller voir les équipes de France. Donc, tout de suite, cette notion par l’exemple de l’entraide, je l’ai comprise dans le judo. Une fois que je suis entré, à 18 ans, en équipe de France, tout a été pris en charge par la fédération. Là, mon développement a été celui d’un compétiteur normal. 


Comment es-tu passé de la compétition à la philosophie ?


On me demande souvent comment je suis passé du judo compétition au "judo réflexion", à son aspect philosophique. Pour moi, il n’y a pas de passage. C’est la même chose. Lorsqu’on fait la dichotomie du judo, c’est là que ça devient dangereux car le judo, c’est un tout.

Mon professeur me donnait des lectures, par exemple, celle de Lucien Jazarin. À l’époque, ça m’impressionnait beaucoup, ça me faisait rêver, c’était romantique, mythique ! Il y avait du mystère. Et dans le judo, j’ai toujours voulu apprendre le mystère, le secret. 

J’apprenais aussi les clés de bras, de cou, de jambes, les kiatsu* c’est à dire les réanimations. Je devais les démontrer, dans les examens de ceinture, à mon professeur qui les enseignait toujours. J’ai d’ailleurs toujours appris le judo par les 3 méthodes : la méthode Kodokan, la française, celle de Kawashi… J’ai donc été imprégné par l’encadrement et la méthode que mon professeur mettait en place dans le club.


Comment as-tu progressé ?

Jean-Pierre Tripet au tournoi de Paris

Je me souviens que mon professeur m’a fait travailler Sasae tsuri gomi ashi, une technique très difficile à pratiquer. Mais il disait que de travailler les techniques que l’on fait rarement en compétition, difficiles, permet de développer les autres techniques. Travailler ce qu’on voit rarement en application perfectionne ce qu’on met en application régulièrement. La sensibilité de ce qu’on développe s’acquiert par la difficulté à exécuter le mouvement. Là, on entre dans une partie de l’esthétique. En fait, pour comprendre un mouvement difficile à pratiquer, tu es obligé de prendre toutes les étapes qui t’amènent à faire ce mouvement. Ces étapes existent aussi dans les mouvements plus faciles mais comme tu le fais naturellement, tu n’as pas la même réflexion, la même approche, la même recherche. Ce que ton corps fait naturellement parce qu’il s’adapte bien, il ne sait pas forcément le faire sur une technique que tu appréhendes moins bien.   


2- PEUT-ON FAIRE UN LIEN ENTRE LA COMPÉTITION ET LA PHILOSOPHIE JUDO ?


On dit que le judo apprend la modestie, pourquoi ?


Comment passer d’un judo où on me demande de faire tomber l’autre à la philosophie judo ?
Moi, je veux faire tomber l’autre par la pratique du randori, du shiaï*, de la compétition. Aussi par l’ego, l’envie d’être champion, d’être le plus grand, le plus fort, le plus magnifique, le plus adulé… Mais à ce moment, le judo t’apprend une forme de modestie. Parce que tout de suite, je suis champion de France et le lendemain, quand je remets en jeu ma couronne de champion de France, je peux la perdre.
Quelques personnages extraordinaires, tels que Jean-Luc Rougé, David Douillet, Teddy Riner bien sûr, sont de grands champions d’exception qui savent garder leur couronne de jour en jour… Mais même eux, à un moment, vont perdre quand même. Tu apprends donc, avec ton expérience de judoka, que champion d'un jour peut faire le malheureux du lendemain. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’avait été enseigné par ma pratique au club.


Fréquentais-tu encore ton club, même en équipe de France ?


Quand on est membre de l’équipe de France, il faut continuer à pratiquer dans son club, garder le contact avec le "dojo ordinaire", celui qui t’a fait naître. Lorsque tu y reviens, tu rencontres des judokas anonymes qui te posent des problèmes énormes lors d’un randori. Par exemple, dans mon club, j’avais un ami judoka que j’avais du mal à faire tomber. Contrairement à beaucoup, il me mettait des points et il n'y en a pas beaucoup qui, à l’époque, pouvait me faire chuter lors d’un randori quand je ne voulais pas m’y prêter. Ce judoka, anonyme, lui, me faisait tomber. Pourtant, en compétition il ne passait pas un tour ! Mais il avait un judo extraordinaire… Et dans le club, il faisait aussi tomber les gars de l’équipe de France qui venaient avec moi. On peut dire qu’il était champion du monde à l’entraînement mais à la compétition, il perdait ses moyens et il ne passait pas un tour.

Jean-Pierre Tripet fait morote

La compétition est un phénomène particulier. 

C’est un instant, très éphémère. C’est un instant où il y a une transcendance qu’on a, à l’intérieur de soi, et il y a un caractère à forger. C’est un état d’esprit qu’il faut construire : celui d’aller chercher la victoire quoi qu’il arrive, à son propre détriment. C’est la notion de sacrifice du corps. On a ce sacrifice avec la dureté de l’entraînement qui nous amène au dépassement. C’est dans la tête, le mental, ce qu’il faut forger. Un champion qui n’a pas de mental ne fera pas un bon compétiteur même s’il a un beau judo. Ça ne veut pas dire qu’il n’est pas judoka, toute la nuance est là bien sûr ! 


Que penses-tu du toutes catégories ?


Un judoka m’a dit un jour : « j’ai beaucoup de respect pour toi car tu étais un judoka qui n’avait peur de rien ». Effectivement, même si c’était peut-être au détriment de ma carrière, j’ai toujours voulu combattre en toutes catégories. À 80 kg, je voulais rencontrer des adversaires plus lourds et c’est comme ça que j’ai battu, lors de la coupe Kano au Japon, Peter Adelaar, champion d’Europe toutes catégories. J’ai également fait second aux championnats de France toutes catégories, battu en final par Rougé. Je l’avais battu en tableau mais à l’époque, on « croisait » et il m’a donc battu en finale.

J’étais ainsi imprégné des toutes catégories. Même si je pense qu’il faut respecter l’expression des plus légers et c’est normal, somme toute, que les catégories aient été créées. Mais tous les copains de l’équipe de France tels que Serges Feist, Patrick Vial, Jean-Jacques Mounier pour ne citer qu’eux, combattaient en toutes catégories ! Ils avaient cet esprit.

Aujourd’hui, si le toutes catégories existait encore, très peu répondraient à cet appel. 

Alors qu’au Japon, il est encore très valorisé, ça reste la compétition reine. Et comme pour moi, le judo passe par cette obligation d’aller se dépasser, le toutes catégories est la compétition qui amène à ça.

C’est pour ça que, lorsque j’étais président du comité de Paris, j’avais voulu maintenir la coupe Awazu, Paris-Kyoto, qui était toutes catégories. Je l’ai gagnée à une époque, ce qui m’a valu un mois de stage gratuit au Japon. C’est comme ça que j’ai été révélé au public et aux entraîneurs de l’époque.


Mais comment gagne-t-on, en toutes catégories ?


Bien sûr à technique égale, la différence se fait par la force physique et la différence de poids va jouer, à condition qu’il soit bien utilisé et que toutes les cases soient bien remplies. Puissance, force, technique, vitesse, vivacité… Tout ! C’est le cas de Teddy Riner. 

Il y a aussi le mental ! C’est souvent ce qui va faire venir jouer la bascule nécessaire. C’est là l’interprétation du judo et c’est la différence dans toutes les disciplines sportives. Le judo est d’ailleurs plus qu’une discipline sportive.

Préparation physique pour les judokas

À mon époque, la préparation mentale était naissante. 

Elle n’était pas pratiquée dans les équipes de France à ma connaissance. On était plutôt à l’aube de la préparation physique. Les anciens faisaient beaucoup de footing et nous, nous avons commencé la musculation classique, de base, avec des préparateurs physiques. Mais pour le mental, on se le forgeait nous-mêmes en fait !



3- COACH, ENTRAINEUR, PROFESSEURS... QUELLE CASQUETTE PRÉFÉRAIS-TU ?


As-tu été coach ? Que faut-il pour être coach ?

Il faut savoir aussi que la fonction de coach n’était pas vulgarisée comme aujourd’hui. Moi, mon coach était Jean-Luc Rougé ; on se coachait entre nous finalement. Mon professeur aussi coachait, au bord du tapis, pour donner le temps ou quelques indications… Mais ça n’avait pas l’importance que ça a aujourd’hui.

D’ailleurs, je pense qu’on est passé d'un extrême à l’autre. Je crois que le coach a pris une grosse place dans la tête des athlètes alors que ce n’est pas le coach qui parle le plus qui est le meilleur. 

Le coach, c’est celui qui sait regarder son athlète au moment où c’est possible, dans un combat, et qui, par quelques mots, par les yeux et par son attitude, sait lui transmettre la confiance qu’il attend. 

On ne peut pas faire un cours de judo en 10 secondes. On ne peut pas changer le judo de quelqu’un juste avant un combat, c’est impossible. Je ne crois pas à ce remède miracle sur l’instant de la compétition. 

Par contre, on peut attirer son attention sur une faiblesse qu’il accentue par exemple. Le conforter dans ce qui peut aller chercher, bien le connaître, l’amener jusqu’au bord du tatami… Et par un regard, quelques mots-codes qu’ils ont entre eux, rassurer que le tableau de marche du combat est bien tenu. Après, on peut dire de baisser sa garde, être plus bas, faire attention mais pour moi, ça se fait rarement. C’est surtout la prestance du coach qui est transmise à l’athlète qui, lui, connaît bien son coach. La compréhension se fait comme ça. 

L’intérêt d’un coach est également d’avoir de la mémoire et de connaître les adversaires potentiels de son athlète. 

Ce fut le cas de tous les athlètes de l’équipe de France de mon époque. La mémoire de Patrick Vial ou Serge Fest que j’ai connus en équipe de France puis comme entraîneurs. Ils avaient une mémoire phénoménale des adversaires que l’on rencontrait ! La revue de presse des combattants se faisait très rapidement, avant la compétition, avant un combat, parfois quelques instants ou quelques minutes avant, peu importe.

Comme on dit, « l’instant se fait toujours avant ». C’est une belle métaphore du judo. Et « l’instant se comprend après ». Logique puisqu’on va analyser l’instant pour le futur.


Pour toi, il y a donc une différence entre coach et professeur ?


Les coachs et les professeurs sont des mondes opposés. On peut avoir, dans une personne, plusieurs spécialités. On peut être un bon coach sans forcément être un bon enseignant. Mais c’est difficile… Comment être pédagogue avec un athlète et ne pas l’être avec monsieur tout le monde ? Même s’il y a une différence ! L’approche du judo n’est pas tout à fait la même mais dans l’ensemble, c’est du judo. Normalement, un professeur de judo doit connaître tous les aspects… À mon époque, on était professeur et celui qui suivait son athlète était naturellement coach. Ce mot est venu notamment par la réglementation internationale. Mais est-ce qu’on peut être un très bon entraîneur des équipes de France et un très bon professeur ? Ce n’est pas sûr ! 


Tu parles souvent de transmission...


Le judo est une histoire de transmission. Un judoka qui reçoit l’enseignement doit avoir normalement les capacités de la transmission car c’est la nature même du judo. On t’apprend à devenir un transmetteur. Si tu ne l’es pas, tu n’es ni coach, ni entraîneur, ni professeur, ni judoka. Tu es une machine qui a appris le judo. Tu sais bien répéter mais tu ne sais pas l’exprimer et donc, tu ne sais pas le transmettre. Et là, tu n’es plus un judoka. Tu es un mime.

Toute la valeur du judo repose sur la transmission. 

Quand je suis athlète, je prépare mes techniques, mon entraîneur est un transmetteur : il va corriger. Il va corriger sur ce qu’il a appris, lui, sur ce qu’il a réfléchi par rapport à mon corps par rapport à mes défauts, à mon sens de la compréhension. Il va me forger dans ses corrections pour que j’optimise ma technique. Il n’y a pas de secrets. Je ne peux pas rester sur ce qu’on apprend de façon basique dans le judo, comme dans le kata. Je ne vais pas faire une technique pure, sinon, je n’ai pas besoin de professeur ! Cela dit, il y a eu quelques très grands champions, comme Okano, qui avaient des techniques très pures. Pour eux, la correction n’intervient pas parce que le mouvement est parfait. Sinon, il faut que le coach corrige la technique et donne du sens au mouvement. Ce n’est plus la technique dans sa base, ce ne sont pas les katas.


Que penses-tu des katas ?


Les katas permettent de transmettre de génération en génération. Quand j’étais compétiteur, je n’appréciais pas particulièrement l’exercice ! Mais j’ai passé tous les katas pour mes grades qu’on ne m’a jamais donnés gracieusement. Le kata garde les origines. Et le professeur, en prenant les origines des techniques, doit avoir une variabilité complète sur la gamme du judo qu’il pratique lui-même.


Finalement, le professeur doit-il transmettre la base ou préparer à la compétition ?


Un vrai professeur doit avoir toutes les spécialités qui lui sont offertes. Par contre, il peut affectionner l’une ou l’autre. Ce n’est pas pareil d’entraîner une équipe de France et former une ceinture blanche à aller jusqu’à la ceinture noire. Avec l’équipe de France, on reçoit des gens déjà formés, ils ont déjà une maturité judo. Le but est de les amener à se transcender. Dans ce cas, le rôle du professeur n’est donc pas tout à fait le même, même s’il va apporter des techniques issues de son expérience, de ce qu’il a vécu.

En fait, ce qu’on demande à un entraîneur, c’est de faire vivre à celui qu’il entraîne ce qu’il a vécu et ce qu’on lui a fait vivre avant. Et si possible le positif. La réussite n’est pas toujours au rendez-vous mais c’est ça qu’il va transmettre. C’est tout son savoir, son approche, tout le capital qu’il a emmagasiné dans un bloc. Il va le transmettre pour que son athlète aille plus vite dans son absorption. Mais cela, parce que l’athlète est apte, justement, à incuber tout ça rapidement. Si je vais sur le tatami d’un club lambda, alors prendre une ceinture blanche et l’emmener à la ceinture noire, ce n’est pas pareil.


Et toi, préférais-tu transmettre les bases ou former à la compétition ?


Au Japon, ils mettent leurs meilleurs professeurs pour les débutants. En France, on fait souvent le contraire, dans toutes les matières. On fait souvent cette erreur de penser que le meilleur de la spécialité doit être réservé à ceux qui sont déjà dans le haut niveau. Alors qu’en fait, c’est la formation à la base qui doit être faite par les meilleurs.

Couverture de Judo magazine avec Jean-Pierre Tripet champion de France

Pendant plusieurs années, j’ai cumulé les fonctions. J’étais directeur sportif à l’ACBB. Je devais aussi faire ma carrière sportive. Je dirigeais une grande équipe puisqu’avec Jean-Luc Rougé, Gérard Gautier et d’autres, on était champions de France par équipe à ce moment-là. Eh bien, je devais aussi faire l’enseignement des ceintures blanches, avec les cours classiques. J’ai la fierté d’avoir amené 5 ou 6 de mes élèves en équipe de France juniors et même à devenir dirigeants par la suite. Et j’ai cette fierté de les avoir pris ceinture blanche et les avoir amenés ceinture noire. Pour moi, ça c’est beau. Je suis peut être plus fier de ça que de ma carrière sportive.


4- COMMENT LE JUDO A-T-IL MARQUÉ TA VIE ?


Raconte-nous comment tu as eu envie de devenir professeur...


Dès que j’ai été ceinture noire, j’ai voulu donner et être professeur. Porter la ceinture noire, c’était une fierté énorme. Ça avait une résonance assez forte dans le public à ce moment-là. Est-ce pour cela que j’ai voulu diriger des cours ?

J’ai cherché un endroit dans la ville où j’habitais. J’ai trouvé une maison de jeunes. Le directeur m’a dit que si j’apportais les tatamis et tout ce qu’il faut, il pouvait me donner une salle gratuitement. Il n’avait pas les moyens de m’aider financièrement mais pouvait me mettre une salle à disposition. Dès que j’ai eu cette autorisation, je suis allé voir mon maître, Eugène Crespin* et je lui ai demandé s’il était d’accord pour s’en occuper. Après discussion, on a ouvert le club. Mais à la fin du premier cours, il m’a dit que c’était ma salle et que c’est moi qui allais donner les cours.

J’avais 18 ans, je venais d’entrer en équipe de France. 

Très rapidement, j’ai eu 200 à 300 licenciés. Au début, c’était surtout des enfants puis j’ai ouvert un cours adultes deux fois par semaine… Et je suis très vite monté à 50 adultes. Bien sûr, j’ai demandé des cotisations en me référant à ce qui se faisait partout, en moyenne. J’ai inscrit le club à la fédération et je payais la cotisation à la maison de jeunes. Un jour, j’ai rapporté les cotisations prélevées à mon maître pour lui demander ce que je devais en faire. Il m’a répondu que c’était pour moi. C’est comme ça que j’ai commencé à gagner un peu d’argent. Heureusement d’ailleurs car comme je ne travaillais pas pour ne faire que du judo, cela me faisait un complément.


Et comment es-tu arrivé à l’ACBB* par la suite ?


J’ai commencé à donner des cours un petit peu partout. Je suis allé vers des clubs plus prestigieux, aux propositions financières plus intéressantes aussi. C’est comme ça qu’au fur et à mesure, je suis devenu le directeur sportif de l’ACBB*. Ça a toujours été un très grand club par le nombre et la qualité de ses pratiquants. Quelques membres de l’équipe de France étaient issus de ses rangs bien avant que j’y arrive d’ailleurs. Alors pour améliorer encore la notoriété du club, j’ai fait venir Jean-Luc Rougé, Gérard Gautier, Jean-Pierre Gibert… 

Rapidement, beaucoup de judokas connus sont venus nous rejoindre au club. Il faut croire que j’ai eu la bonne vision puisque l’année où j’ai fait rentrer Jean-Luc Rougé, il est devenu champion du monde ! D’un seul coup, à Boulogne, les objectifs qu’on m’avait donnés étaient atteints. On est devenus une pratique emblématique de la ville. Beaucoup de choses ont pu être mises en route, jusqu’à un père d’élève, peintre, qui a fait la grande fresque sur les murs du dojo principal de Boulogne. C’est une fresque de 20 mètres de long !


Qu'est-ce qui te passionne dans le judo ?


Lorsque j’étais chef d’entreprises, j’avais mes sociétés à Boulogne et souvent, j’allais faire mes courses ou j’allais au restaurant. Parfois, je rencontrais des personnes qui me fixaient et qui se disaient qu’elles devaient me connaître. Je sentais qu’elles avaient envie d’entrer en contact. Alors j’anticipais et je leur disais « judo ? ». Là, ils me disaient « M. Tripet ! »  Et quelques fois « Maître ! ». Et bien ça c’est une grande fierté ! Pas parce que je suis reconnu, même si mon ego est flatté… Mais parce que, même s’ils ne pratiquaient peut-être plus le judo, spontanément, ils me disaient : « Vous savez, ce que vous nous avez appris sur le tatami, le comportement, le code moral… Eh bien moi, le judo, dans ma vie professionnelle, je le fais tous les jours ». Ce sont des dizaines de fois que j’ai entendu ça. Et d’ailleurs, partout dans le monde, quand je rencontre des personnes, même extérieures au judo et qu’ils apprennent que je suis judoka, ils disent la même chose. Je ne suis pas le seul à qui on dit ça, c’est une constante.

Il faut regarder ce qui intéresse les gens qui viennent s'inscrire au judo.

Aujourd’hui le judo est extraordinaire. On a de belles équipes de France et de beaux personnages qui les constituent. On a de grandes structures du judo, variables mais, il faut le reconnaître, qui sont très intéressantes.

Mais attention. Aujourd’hui, un enfant ou un adulte ne vient pas au judo pour être Teddy Riner. Si on interroge les parents ou les adultes pratiquants, ils viennent pour les valeurs enseignées et non la compétition. C’est ça qu’il faut préserver et mettre en avant, avec le support de nos équipes de France puisqu’ils sont l’aspect visible de l’iceberg. Dans l’iceberg, le principal, ce n’est pas ce qui émerge, c’est ce qu’il y a en dessous. En judo, c’est pareil. Ce qui ne se voit pas, c’est le plus important. Comment préserver quelque chose qui ne se voit pas ? Tout est là. Il faut débattre. C’est pour ça qu’il y a le cercle Kano et d’autres associations. J’ai beaucoup de copains professeurs et amis qui défendent cette idée et qui y travaillent !


5- QU'EST-CE QUE L'ESPRIT JUDO ?


Serait-il illusoire de vouloir allier recherche technique et compétition ?


Trouver un équilibre entre la compétition et la technique n’est pas illusoire, c’est nécessaire. Tu ne peux pas pratiquer et arriver à une réflexion sur le judo sans passer par l’épreuve du combat, du shiaï *. On doit tous le pratiquer à un moment donné. C’est ça qui va donner les premières armes de notre éducation, les prémices de la compréhension du judo de Jigoro Kano. 

Rufin, l’académicien, avait dit dans son livre Immortelles randonnées :

Il y a une initiation parce que ça passe par le corps et parce que ça fait mal.. 

Ça passe par le corps, c’est bien mais pour que ça aille à l’esprit, il faut que ça fasse mal. Cynthia Fleury appuie cela dans ses écrits en disant : il y a initiation parce qu’on passe par des moments difficiles. 

Jean-Pierre Tripet, 2nde place au tournoi de Paris 1977

Il y a la notion de dépassement


L’appréhension du shiaï*, face à un partenaire plus fort que soi, va amener des notions de dépassement. Je ne dis pas performance parce que ça, ce serait pour les athlètes de haut niveau.  

La notion de dépassement, c’est vaincre la crainte normale de l’être humain face à l’inconnu. Faire tomber les autres, c’est facile si on est fort. Mais tomber, c’est moins agréable. Même si on sait très bien chuter ! Donc passer par ces étapes, c’est un fondamental pour un judoka. C’est ce qui apprend dès le départ l’humilité : ce qu’on est petit face à celui qui est plus grand que soi. Et il y a toujours plus grand que soi. Il y a toujours des difficultés sur ton chemin même si l’on est très doué. Ça, c’est un enseignement de Kano.

Quels sont, d'après toi, les enseignements de Jigoro Kano ?


Les pratiquants de judo doivent comprendre que Kano a fait du judo une métaphore générale. Pour lui, le « Oo judo », c’est à dire le grand judo, c’est améliorer l’homme et la société. Le judo n’est pas seulement un projet physique. Il ne s’agit pas seulement d’être un très bon pratiquant des techniques du judo. Il faut l’être bien sûr, c’est d’ailleurs comme ça qu’on apprend tout ce qu’il y a autour du judo. Si on lit les traductions de Kano qui nous sont offertes aujourd’hui, avec beaucoup de talent, de Yves Cadot par exemple, on s’aperçoit que le judo, c’est autre chose. 

C’est un moyen de forger sa place dans la cité. Comment l’être va être transcendé par une pratique du judo à devenir un meilleur homme, un bon citoyen dans la cité. Kano dit qu'il faut être humble, savoir apprendre, modeler son corps. 


Il y a la valeur physique :

Jean-Pierre Tripet en train de faire Te guruma en compétition



Le plus souvent, tu commences le judo jeune quand tu es dans la possession de tes moyens. Disons que si tu fais une pratique qui demande au corps d’intervenir, il faut que ce corps soit capable de reproduire, peu importe le niveau. Donc généralement, la première partie du judo consiste logiquement à développer tout ce qui est autour de la technique du judo, comme le randori, le Shiaï*, le Yatsuko Geiko* etc. C’est la valeur physique. 



Il y a la valeur technique :


On va ensuite l’améliorer par la valeur technique, par la pureté de l’élégance du geste, par l’esthétisme. Quelle plus belle école que celle de la voie du judo, qui m’a appris, à moi, l’esthétisme ? Je n’ai pas fait d’études, je suis un autodidacte ! Mais le judo m’a enseigné la valeur de l’esthétisme, de la beauté. Bien sûr, j’ai été fort à un moment mais en vieillissant, moins fort. Je ne peux plus faire ce que je faisais avant, à 30 ans, au moment de ma gloire sportive. Je peux cependant analyser différemment, peut-être mieux que ce que je n’ai fait à un certain moment. Mais j’ai appris la beauté du geste… J’ai surtout appris à l’apprécier, pas forcément à le faire car c’est dur d’être un artiste, même au judo. Regarder les choses et voir qu’elles sont belles. Surtout, voir que, par la pratique du judo, les hommes et les femmes sont beaux. L’être humain est beau par essence, par nature. Et ce qu’il a de meilleur en lui, c’est le "Kokoro", le cœur. 


Il y a la valeur de l’esprit :


C’est ça qu’on vise, en faisant du judo : je dois être un être meilleur. Même si j’ai beaucoup de défauts malheureusement, même si j’ai des coups de colère, si par moment j’ai envie de tout jeter par la fenêtre… Même si je trouve que le monde n’est pas parfait, si je trouve que la pratique du judo n’est pas celle que j’aimerais voir aujourd’hui. Je sais que dans mon quotidien, quand je me lève le matin, ce que j’ai appris par mes qualités du judo, par ma pratique, je le fais tous les jours.

Ce qui me fait plaisir, c’est que je suis judoka dans l’âme. Dans ma pratique professionnelle, j’applique ce que le judo m’a appris. Et Kano a raison : il n’a pas fait le judo pour faire des compétiteurs ! Ce n’était pas son but ni même sa tasse de thé, il faut dire les choses. Il a accepté par la force des pratiques. Mais tous les judokas te diront qu’ils ont été façonnés par le judo. Le judo, c’est quelque chose d’initiatique. 


Qu'est-ce que tu entends par "initiatique" quand tu parles du judo ?


Quand je deviens ceinture noire, je renais à une autre condition. Je suis transformé. Et ce que j’ai reçu, je dois, par essence, le transmettre. Je suis mort à un état en devenant ceinture noire, la couleur symbolique de la terre. Je renais en passant par la terre, comme les rites initiatiques de tribus qui n’existent aujourd’hui que très peu dans le monde. En portant la ceinture noire, je deviens un nouvel homme, une nouvelle femme. Par exemple, on se met à la disposition des autres, c’est naturel. Et sans t’apercevoir, par la pratique du judo dans un club, ça transforme qui tu es dans ta vie de tous les jours. On ne s’en rend pas compte mais ça a un tel impact que ça rentre à l’intérieur de tes tripes. Et parfois, ça fait mal car il a fallu y aller ! Aller s’entraîner, faire uchikomi, se dépasser pour essayer de gagner sa ceinture noire. Et mon dépassement que j’ai, moi qui m’appelle petit pratiquant de judo dans mon petit club, c’est le même que celui de Jean-Pierre Tripet, ex-athlète ! Lorsque je faisais uchikomi, je me faisais mal en augmentant la rapidité et le nombre de d’uchikomi… Et celui qui est dans son club, à sa mesure, il fait la même chose que moi. La transformation qui se produit est pareille pour lui que pour moi. Sauf si on ne comprend pas le principe et qu’on fait judo uniquement sur le côté sportif.

Le danger est qu’on peut faire une pratique déconnectée de l’enseignement que maître Kano a voulu nous apporter. On peut faire uniquement de la compétition, être même un très grand champion, et ignorer complètement ce que le judo nous apporte en tant qu’homme. Ça ne veut pas dire que le judo n’a pas eu d’action sur moi. Mais je peux volontairement ignorer cette partie.


Comment faire pour ne pas ignorer cette dimension de l'esprit du judo ?


Malheureusement, dans le judo, lorsqu’on nous interroge sur ce qu’est l’esprit judo, on se retrouve un peu court sur la question. On parle souvent de nos valeurs à travers le code moral. Le code moral est quelque chose d’extrêmement important mis en place par Bernard Midan* et d’autres dirigeants à l’époque. Mais ce n’est qu’une facette de l’esprit du judo. 

De même que l’on résume souvent l’esprit judo à l’histoire du judo. Michel Brousse est un remarquable universitaire et son travail sur l’histoire du judo est extrêmement important mais là encore, ce n’est qu’une facette de l’esprit du judo. 

Jigoro Kano a dit « améliorer l’homme et la société ». 

On a tout dit quand on a dit ça… Mais c’est réservé à des gens qui ont une réflexion très importante au niveau philosophique. Le travail de thèse de Yves Cadot est une partie qui amplifie, justement, le côté philosophique du judo et le côté "esprit du judo". 

Cette partie philosophie du judo est complètement délaissée… Cela risque, à terme, d’amputer le judo et ses valeurs. C’est cette partie qu’on ne dévoile pas assez. 


Faudrait-il développer les mondo ?

Jean-Pierre Tripet reçoit son 8ème dan au Kagami Biraki

Aujourd’hui, les mondo sont très peu pratiqués. Lorsque j’étais vice président de la fédération, j’ai proposé des Kagami biraki sur pratiquement tout le territoire et ce fut également l’occasion de réaliser des mondo. Et il y a un rituel bien sûr… C’est pour cela que le judo est initiatique : parce qu’il est rythmé par des rites. C’est aussi ce qui nous forge. Quand tu montes sur le tatami, tu ne montes pas n’importe comment. Quand tu débutes le cours ou une action en judo sur le tatami, il y a un ordonnancement qui est fait, c’est un rite et il est immuable théoriquement. 

Je reprendrais les propos de Marie-Madeleine Davy que je conseille en lecture, dans L’homme et ses métamorphoses. Elle dit que pour qu’on devienne un homme au sens large du terme, il faut creuser à l’intérieur de soi, à l’intérieur de sa cathédrale. Taper au marteau, au burin, au maillet pour ciseler son intérieur, ça fait mal ! Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est le dépassement. C’est ça la notion de dépassement. Alors par la pratique d’uchikomi, du randori, du shiaï*, c’est ça en judo pour nous. Par l’abnégation de choses en judo où nos pulsions sont canalisées, il faut les maîtriser. Canalisés dans un 1er temps, maîtriser dans un second temps.

La psychologie d’approche en judo a un effet beaucoup plus important sur nous que ce qu’on peut imaginer.


6- QU'EST-CE QUE LE CERCLE KANO ?


Qu'avez-vous prévu au programme ?


Il est prévu une visio conférence ouverte à tout le monde où on fera la présentation du cercle Kano, surtout de ses buts et de ce qu’on veut faire. D’abord, réunir les hommes et les femmes de bonne volonté. Réunir les personnes qui, au-delà d’une pratique sportive, ont bien compris que le judo avait d’autres qualités que de façonner le corps, comme celle de façonner l’esprit. On n'a pas de prétention. On n’est pas les meilleurs, ni les plus beaux ou les plus forts… On a une maturité d’esprit qui nous amène à nous rencontrer mais on n’a pas de vérité. Je pense qu’il y a des vérités, mais la vérité, il faut la chercher et c’est ce qui nous construit. Le principe du cercle Kano, c’est d’apporter justement ce qui nous manque : expliquer ce qu’est l’esprit judo. Quand je le dis comme ça, c’est très prétentieux ! Mais autour de moi, un certain nombre de personnes peuvent parler de la philosophie judo et des préceptes de maître Kano. Si on les lit, on peut les comprendre. Mais il faut les lire… On voudrait traduire ce que disait Kano dans sa pensée en pratique et en exemples. Proposer des travaux que font certains de nos membres et les mettre à la disposition de l’ensemble des gens qui seront adhérents chez nous. Et faire des Visio conférence avec des thèmes. Notre rôle est celui de la vulgarisation des pratiques de ce qu’on appelle l’esprit judo. Donc de mettre en musique, avec des mots, ce qu’on pense bien, ce qu’on ressent bien, ce qu’on peut bien faire mais qu’on ne sait pas exprimer. C’est ça le pari que j’ai fixé avec les gens qui sont au départ avec moi. 


Parler "esprit du judo" ne sera-t-il pas "trop philosophique" pour les pratiquants ?


Bien sûr, certains peuvent penser que c’est trop philosophique et que ça part trop dans des dimensions ésotériques mais le judo a deux phases. Une phase ésotérique et une phase exotérique. Cette dernière, c’est le judo compétition, la pratique au quotidien. La phase ésotérique, c’est ce que tu comprends. Mais c’est réservé à ceux qui pratiquent. 

J’ai pu avoir une expérience intéressante. Alors que j’étais avec des amis du judo, certains membres de ma famille étaient présents autour de la table. Nos conversations dérivaient souvent vers le judo. Un jour, ma belle-sœur m’a dit : « C’est extraordinaire le judo, vous avez un langage ! Vous avez employé plein de mots dans votre conversation, sûrement d’origine japonaise, que les non initiés ne peuvent pas comprendre. On n’est pas perdu dans la conversation mais on ne peut pas comprendre tout le sens au moment où vous employez ces mots ». Voilà ce qui est réservé bien souvent aux judokas et je suis convaincu que chaque judoka a déjà vécu ça. 


Comment allez-vous parler de cette partie ésotérique du judo ?


Pour pouvoir en parler, il faut l’appréhender. Mais cette facette n’est pas du tout développée, même dans les formations. On se limite bien souvent, dans les écoles de cadre, à l’histoire du judo, ce qui est très important et nécessaire. On le fait à partir du soutien de Michel Brousse et son histoire du judo, un travail remarquable… On le fait également un petit peu sur la thèse de Yves Cadot mais beaucoup moins car son sujet est moins vulgarisé alors que ce serait un très bon support. Enfin, on s’appuie également sur une remarquable intervention de M. Kawashi qui parle de l’histoire de son père et de sa méthode. Mais l’esprit du judo, c’est ça et autre chose. 


À VOUS LA PAROLE 😉

Vous pouvez retrouver le cercle Kano sur facebook (cliquez ici). Tous les liens orange vous mèneront aux lectures ou références mentionnées.
Merci à Jean-Pierre Tripet pour cette interview ainsi que pour plusieurs photos retrouvées. Merci à Daniel Fournier pour les précieux documents d'archive.

💬 À vous de commenter cet article pour participer à cet échange !


Votre histoire judo à vous

Comment avez-vous commencé le judo ? Avez-vous appris, juste par le comportement de ceux qui vous ont accueillis ?
Avez-vous gardé le contact avec votre club d'origine ?
Travaillez-vous les techniques difficiles même si vous ne les passez pas en combat (randori ou compétition) ?
Quelle place ont les katas dans votre judo ?

L'apprentissage et la compétition

Quelles différences, pour vous, entre un coach et un professeur ? Et les points communs ?
Qu'est-ce qui fait un bon coach d'après votre expérience ? Un bon professeur ?
Seriez-vous prêt à combattre en toutes catégories ? Cette épreuve devrait-elle être remise sur le devant de la scène ?
Quel détail, d'après vous, peut faire la différence dans un combat ? Lorsque deux combattants sont de même niveau technique par exemple ?

Votre "philosophie judo" 

Et vous, qu'est-ce qui vous passionne dans le judo ? Pourquoi le judo et pas une autre discipline ?
Comment vivez-vous, dans votre parcours judo, les valeurs physique, technique et de l'esprit ?
Est-ce que le judo a été initiatique pour vous ? En quoi ?
Aimeriez-vous des mondos à la fin de chaque cours ?


*Lexique 

Kiatsu : technique de réanimation après perte de connaissance lors d'un étranglement
Shiaï : mot japonais pour dire "compétition". En France, ce mot est utilisé pour désigner les compétitions réservées aux passages de grade.
ACBB : Athétic Club Boulogne Billancourt (club ayant en son sein une section judo)
Yatsuko Geiko : Exercice de judo consistant à mener un combat avec un partenaire, avec certaines contraintes, afin de travailler et progresser.
Bernard Midan : pionner du judo français, à l'origine du code moral créé à la fin des années 1980.
Mondo : temps d'enseignement oral et d'échange avec son maître.



Le judo pour tous : plus qu’un concept !

Le judo pour tous : plus qu’un concept !

Le reportage vidéo est disponible en bas de page 👇

Un tournoi... ouvert aux non-compétiteurs ! 

Comment est-ce possible ? C'est pourtant ce qu'a proposé le club Kano Le Ronssoy-Roisel, en Picardie, à quelques kilomètres de Saint-Quentin !

Sur un week-end, ce club a su allier 4 tournois (mini-poussins, poussins, benjamins et minimes), un entrainement de masse, un cours de taiso, une séance de judo adapté, et un regroupement vétérans avec une initiation au parajudo. Le tout avec la présence de champions pour enrichir les échanges et le partage avec les participants !


Laurence Hypolite, professeur du club Kano Le Ronssoy-Roisel :

Laurence Hypolite professeur de judo au Kano Ronssoy-Roisel

On a voulu faire un gros événement avec du beau monde et c'est pour ça qu'on a demandé à Matthieu Bataille et Sandrine Martinet de venir, ainsi que mon petit groupe de vétérantes :
- Pascaline Magnes,
- Laetitia Coupeau,
- Delphine Roland,
- Françoise Dufresne,
avec qui je fais souvent les championnats du monde et championnats d'Europe vétérans.

On a intégré à ce tournoi enfants 4 entraînements :
- taïso,
- entraînement de masse, ouvert à tout le monde justement pour faire découvrir le judo, à tous les âges, de 6 ans jusqu'aux adultes...
- judo adapté avec des personnes qui viennent des IME
- et regroupement vétérans. 


Sandrine Martinet, championne paralympique :

Sandrine Martinet aide deux judoka dans une séance de sport adapté

Je dirais que l'intérêt principal, c'est l'échange et le partage.


 Je souhaite leur montrer, à travers mon parcours, combien le sport m'a apporté énormément de choses ! Oui il y a les médailles qui font rêver mais c'est bien plus que ça. Ça m'a permis d'avoir, quand j'étais gamine, des amis. Ce n'était pas trop le cas à l'école étant donné que j'étais un peu rejetée par rapport à mon handicap. C'est aussi le dépassement de soi. Être là aujourd'hui, sur cette compétition, c'est leur apporter la motivation et l'envie d'avancer, d'être meilleur, de progresser. On va pas toujours gagner, et je n'ai moi-même pas toujours gagné... Mais tout le parcours qui m'a amenée jusque-là est hyper intéressant et enrichissant. J'ai envie de leur transmettre que même si j'ai une situation de handicap, j'ai réussi à faire plein de choses. J'ai une vie complète et fantastique au jour d'aujourd'hui ! Donc on a le droit de rêver dans tous les cas, et de pouvoir s'épanouir grâce au sport. 


Mélanie, judoka et mère de judoka

Maman de judoka, judokate elle-même, ceinture verte

Je suis venue dans un premier temps accompagner ma fille Élise pour la compétition judo, pour qu'elle rencontre d'autres judoka, ce soit une expérience pour elle. On a eu l'opportunité de faire cette rencontre avec Matthieu Bataille, cet entraînement collectif ouvert à tous, et l'occasion aussi de m'entraîner avec mes filles... Et le fait de rencontrer des personnes différentes, ça fait évoluer son judo, c'est une belle richesse !




 

Timéo, jeune arbitre et compétiteur

Timéo, jeune arbitre en judo et compétiteur

J'aime bien quand il n'y a pas trop d'injustices sur un tatami parce que ça m'est arrivé de subir beaucoup d'injustices aux interclubs etc. Du coup, je me suis dit "allez je me lance dans l'arbitrage...". Ça m'a mené jusqu'à l'école d'arbitrage de la Somme, avec des stages qui se déroulent tous les mois à Amiens.

Ce qui n'est pas évident, c'est d'être juste. Surtout, ce qui est plus dur, c'est de prendre les bonnes décisions quand on se retrouve avec deux personnes qui reviennent à égalité à la fin. C'est nous qui donnons alors la décision et ça, c'est assez compliqué à juger. 

Je suis aussi compétiteur, beaucoup compétiteur, j'aime bien gagner. Forcément, avant chaque compétition, j'ai un stress qui monte en pique incroyable mais j'aime ce sport et je le pratique depuis que j'ai 3 ans.

Il y a quelques mois, j'ai vu Sandrine Martinet porter le drapeau de l'équipe de France aux JO. De la voir là, sur le tatami du club, ça fait toujours spécial... Et aujourd'hui c'était la première fois que j'arbitrais en réelle compétition donc j'avais la pression. Mais de savoir que Matthieu Bataille était là, ça me mettais un peu plus la pression encore ! Du coup, j'étais fier qu'il soit là.



Matthieu Bataille, multi-médaillé mondial, arbitre international

Matthieu Bataille multi médaillé mondial et arbitre international de judo

Le but du jeu, on va dire, c'est de partager son expérience, faire découvrir aux jeunes notre vécu en tant qu'athlète, leur faire voir aussi qu'on peut y arriver.

Moi, j'ai commencé le judo à l'âge de 6 ans donc tout petit comme eux. Après, j'ai gravi les échelons petit à petit. On essaie de promouvoir le judo et bien sûr, le code moral du judo qui est important pour les jeunes et les moins jeunes. Sur le tapis mais aussi en dehors du tapis, dans la vie de tous les jours. C'est la base de notre venue dans les manifestations : promouvoir le judo et son code moral.

Ce weekend, c'était quelque chose de très très bien parce que tout le monde a pu pratiquer, que ça soit des judokas licenciés ou même des personnes qui sont venues pour s'initier au judo. Nous avons eu des vétérans, des plus jeunes, des plus anciens, des personnes en situation de handicap...

Le judo, tout le monde peut en faire !

 Après on s'adapte, et là ce weekend, bah voilà, on a vu que tous ont passé un excellent moment, que ce soit les plus jeunes, les plus grands, ou les personnes en situation de handicap. Tout le monde a vécu, je pense, un super moment, et je pense que c'était une belle réussite pour le club !


Aurélien Caze, président du club Kano

Aurélien Caze président d'un club de judo en Picardie

Le principe est venu sur un coup de tête, comme ça, parce que je trouvais que c'était bien de développer sur notre secteur la venue de champions et développer le judo

Ça a été un gros travail de préparation de plus de 4 mois pour réussir à organiser une aussi grande manifestation que celle-ci. On a tablé sur tous les clubs des Hauts-de-France, avec plus de 40 clubs représentés sur les deux jours. On espère avoir au final jusqu'à 500 judoka présents sur les deux jours.

Je tiens quand même à remercier tous mes bénévoles, parce que c'est quand même presque 40 bénévoles mobilisés en permanence sur les deux jours.

Sans bénévole, même avec la bonne intention, on arrive à rien faire.

Je pense que les bénévoles, c'est super important, et qu'il faut valoriser le bénévolat pour qu'on puisse continuer à organiser des manifestations comme celles-ci.

Moi, je suis effectivement judoka depuis l'âge de mes 6 ans et je suis président du Kano club Le Ronssoy Roisel depuis 22 ans, en 2000. J'ai créé le club en 97, et on est très fiers d'être arrivé là, depuis toutes ces années, avec tout le travail qu'il y a derrière, et de réussir à organiser de tels événements et de recevoir de tels champions notre petit secteur.


Françoise Dufresne, 6ème dan

Françoise Dufresne, ceinture rouge et blanche, 6ème dan de judo

L'effet de la ceinture rouge et blanche, c'est vrai que ça a toujours un effet... peut-être pas hypnotique mais presque ! Les enfants sont toujours ébahis ! Ça me permet de montrer l'exemple, de dire vous pouvez avancer dans le judo, que vous soyez homme ou femme il faut passer les grades il faut continuer à progresser. Je pense que c'est important !


Programme du tournoi de judo Ronssoy Roisel



La vidéo-reportage :


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David Larose en manga grâce au judoka Sylvain Levesque

David Larose en manga grâce au judoka Sylvain Levesque

David Larose a son propre manga ! Je vous en parlais dans l'épisode 26 car je l'ai vraiment beaucoup aimé (article et vidéo en cliquant ici). Son auteur, Sylvain Levesque, judoka passionné de manga, nous raconte son parcours et comment il est arrivé à la réalisation de ce manga sur le champion David Larose.

Vous pouvez retrouver cet article en vidéo, ainsi que les dates de dédicaces par David Larose, juste en bas de cette page 👇 (ou sur Youtube pour les abonnés !)

Sylvain Levesque, auteur du manga sur le judoka David Larose

Sylvain Levesque : le judoka

Je vais avoir 40 ans et dans le civil, je travaille en certification agriculture biologique. Je m'occupe du système qualité de l'entreprise, des laboratoires pour certifier des entreprises en bio. À côté de cette vie professionnelle, j'ai plusieurs passions, dont le manga comme ça peut se voir à l'écran ! Également le judo, que je pratique depuis 35 ans. C'était mon premier sport et ça a été très longtemps mon seul sport. J'ai commencé vraiment par hasard, avec mon cousin dont j'étais très proche puisqu'on a été quasiment élevé ensemble. Lui a abandonné trois ou quatre ans après peut-être.

 

Un 1er professeur particulier... qui a compté !

Moi, j'ai beaucoup accroché avec nos professeurs, qui est vraiment devenu un ami par la suite. C'était à Savigny-sur-Orge, avec Gilles Maes. S'il m'entend, qu'il sache que c'est grâce à lui que j'ai continué judo, il m'a donné le goût. Il y avait aussi Guy Roudeau qui était à l'époque le président du club. Clairement, c'était sa façon d'enseigner qui était assez particulière, elle a d'ailleurs été beaucoup critiquée. Il alliait le judo et le jeu. On avait des moments où on pouvait se défouler, on pouvait courir par exemple, ou jouer au chat... Après, il disait stop et on faisait du judo. Honnêtement, quand on a 5 ans, c'est important. Il n'y avait pas le baby judo à l'époque, c'était la fin des années 80. C'est vrai que si on avait été vraiment dans la rigueur pur du judo, ça ne m'aurait pas convenu, à moi en tout cas.

 

Le stress de la compétition

J'ai continué en tant qu'adulte, même si j'ai arrêté la compétition après le lycée. J'avais fait les départementales, Île-de-France, avec pour meilleure place 5e. Je n'ai donc jamais fait les France malheureusement, à une place près. Mais ça me stressait énormément. Je pense que si j'avais aimé un peu plus ça, j'aurais peut-être réussi à aller jusqu'aux France mais ça me stressait beaucoup. J'avais des bons résultats, ce qui me motivait. Je faisais parti de l'équipe de l'Essonne, j'aimais gagner, j'aimais le résultat. Mais à côté de ça, il n'y a rien d'autre qui m'a stressé plus que la compétition ! Je n'aimais pas la faire...  

Dès que j'ai eu un peu plus de boulot scolaire, à la fin du lycée, j'ai arrêté la compétition et je n'avais pas encore la ceinture noire. Vu que la compétition me stressait et qu'il fallait faire des compétitions pour gagner des points, je ne l'ai pas fait. Quand je me suis marié, j'ai repris la compétition pour gagner des points.

Citation pour judoka : Enseigner m'a permis de comprendre réellement les techniques.

Juste avant, j'avais entraîné des jeunes avec mon ancien prof, en tant qu'assistant pendant 6 ans. Ça m'a permis de transmettre et de m'attacher réellement à la façon de faire les prises. Cela m'a pas mal servi dans le manga, de savoir bien décomposer une prise. L'apprendre ou l'enseigner, c'est très différent.

Judo et ping pong : ce n'est pas la même confrontation ! 

Il y a deux ou trois ans, j'avais décidé de reprendre la compétition. Mais le confinement est arrivé, alors du coup, je me suis mis au ping pong. Les compétions de ping pong me stressent beaucoup moins ! D'abord, c'est par équipe, je ne suis pas seul. Mais c'est aussi ce qu'il me manque, c'est qu'il n'y a pas de confrontation physique. Aller se battre, ce n'est pas pareil que de renvoyer une balle. L'engagement physique n'est pas le même. En même temps, même si le ping pong me stresse moins, je pense que je suis moins fait pour ça. Au ping pong, il faut être concentré longtemps. On se voit perdre, le temps est long contrairement au judo, où c'est très court, on peut se donner à fond.  On peut aussi s'énerver au judo, alors qu'au ping pong, c'est une catastrophe ! 

Le club Dorothée et la révélation Manga

C'est le club Dorothée qui m'a fait découvrir les manga ! Je ne faisais pas vraiment le lien avec le judo car pour moi, c'était un sport. Je ne voyais pas vraiment tout son aspect culturel. J'adorais Dragon Ball, les chevaliers du Zodiaque, Nicky Larsson... Après, c'est arrivé au format papier, mais plus tard. On avait déjà vu beaucoup de dessins animés qui étaient quasiment terminés. J'avais 12 ou 13 ans quand j'ai commencé à lire les formats papiers en librairie. C'était beaucoup mieux que le dessin animé en fait ! Dans le club Dorothée, c'était très long, il y avait des rediffusions... Quand on croyait avancer, on revenait en arrière, c'était infini ! On ne le savait pas à l'époque, mais il y avait ce qu'on appelle les épisodes "fillers", c'est à dire que comme le mangaka n'avait pas fini d'avancer sur sa série, le studio d'animation compensait avec des épisodes qu'il créait avec le même personnage, pour combler le moment où le dessinateur allait continuer. Par exemple, Sangoku qui passe son permis de conduire, ce n'est pas dans le manga !

En France, le dessin animé était très en retard par rapport au manga. Mais on reprenait tous les épisodes du Japon, et là-bas, ils étaient quasiment en simultané.

Les années lycées et les manga papiers

C'est pour ça que j'ai dévoré les manga papiers, ça allait beaucoup plus vite. Et c'est le matériau d'origines ! C'est l'oeuvre de base qui a été créée par l'auteur.

C'est comme ça que le premier manga que j'ai lu, c'était Dragon Ball, sorti en librairie. Et derrière, j'ai dû acheter Evangélion. À l'époque, il y avait très peu de manga, il fallait les traduire en français... Donc tout ce qui sortait, je les prenais. Maintenant, je dois choisir ! Sinon, je n'aurais pas assez de place avec tout ce qu'il sort !

Par la suite, j'ai acheté les chevaliers du Zodiac, Nicky Larson, Ken le survivant... On voit d'ailleurs de sacrées différences avec les dessins animés qui étaient en fait vraiment censurés ! En fait, ces manga sont plus pour les adultes que pour les enfants. Certains épisodes de 20 minutes pouvaient être réduits à 12 minutes.

Recopier ou dessiner ?

C'est l'histoire qui me plaisait plus que le dessin. Même si je dessinais toujours : dès qu'une image me plaisait, je la reproduisais. Mais je ne m'intéressais pas à la technique.

Toute ma vie, j'ai recopié des dessins. Quand j'étais petit, avec mes cousin à Noël, ma tante nous faisait faire les menus. Chacun de nous recopiait un dessin à partir d'un livre de Disney. J'ai donc commencé par Disney avant de recopier des manga !

Dessin d'enfant que faisait le judoka-mangaka auteur du 1er manga judo français sur David Larose

Au collège, tout ce que je recopie, je le garde pour moi, dans un classeur. On n'est pas à l'ère internet, je ne suis pas dans l'esprit de partager ça...  Les seuls qui partageaient, c'était les fanzine. Ils photocopiaient leurs dessins, les agrafaient et essayaient de les vendre. Mais j'étais trop jeune, je n'étais pas à la fac ! Donc moi, je me faisais plaisir, je montrais à mes parents... Avec mon frère, on a refait 12 ou 15 planches de Dragon Ball. Bon, on a pris les mêmes cases et on les a mises dans des ordres différent ! L'histoire est quasiment la même ! Mais on s'est amusés à faire ça et là, ça commençait à être bien ce que je faisais en copie. 

L'inspiration sur la plage pour créer

Arrivé au lycée, j'ai moins dessiné car j'étais très occupé. Je faisais toujours du judo, avec la compétition, je faisais aussi du roller avec mon professeur de judo, du hockey sur roller, ce qui me prenait les week-ends. Avec l'école en plus, je ne recopiais presque plus. Et ça a été pareil à la fac. En revanche, je lis énormément de manga, beaucoup sortent ! Je lis notamment des manga comme GTO, Levina, qui montrent la vie au Japon. Ça me donne vraiment envie de visiter le Japon... Sans pour autant m'intéresser davantage à l'histoire du judo. Pour moi, c'est toujours mon sport, c'est différent.

En voyage de noce

Lorsque j'ai été diplômé, j'ai trouvé un travail, je me suis marié et, je ne sais pas pourquoi, c'est en 2006 que l'envie de dessiner m'a repris. Je suis en voyage de noce, sur la plage, je vois ma femme, et j'ai envie de dessiner. Je me dis que ce n'est pas si mal finalement ce que je fais... Mon père m'avait dit pendant des années "arrête de recopier, invente tes propres dessins" mais à chaque fois que je faisais un truc, c'était moche ! Je copiais bien mais dans ma tête, je n'avais pas les proportions, je n'avais pas la structure, c'était moche ! Un peu avant mon voyage de noces, j'avais acheté des bouquins et j'avais commencé à apprendre un peu la technique... Et c'est vraiment aux Maldives que j'ai eu envie de dessiner car c'était super beau. Depuis ce moment, je me suis mis à beaucoup dessiné, presque tous les jours.

Citation pour judoka "Si on n'a pas la base, c'est compliqué d'avoir son propre style"

En fait, tous les dessins sont produits à partir d'une image mentale, quelque chose qu'on a dans la tête. On a besoin de la technique pour savoir structurer son dessin et reproduire ce qu'on a dans la tête. D'ailleurs, parfois, quand je vois ce que je fais par rapport à ce que j'ai dans la tête, je suis déçu !

 

Apprendre la technique pour créer

Je me suis mis à acheter tout un tas de bouquins de dessins : mouvements des corps, comment on dessine des mains, les vêtements, etc. Si on n'a pas cette base, c'est compliqué de faire quelque chose de crédible. Encore maintenant, ce sont des choses que j'ai du mal à faire, notamment les vêtements. Les plis, c'est hyper complexe à faire, et je pense que la plupart de mes plis sont faux. Mais au moins j'ai une base qui me permet de créer de tête. 

Un premier projet sur un jeu vidéo

C'est pendant cette époque que j'ai dessiné sur un personnage de jeux vidéo que j'adore, Shemnue. J'ai alors essayé de commencer à faire quelques planches de manga pour adapter ce jeu en manga. Je les ai postées sur un site spécifique lié à ce jeu vidéo. Puis, un gars m'a contactée pour me dire qu'il écrivait un bouquin sur cette oeuvre et sur le créateur du jeu. Il voulait que mon dessin puisse faire la couverture de ce livre. J'étais super fier ! Mais je ne trouvais pas mon dessin terrible, j'avais progressé depuis. Je lui ai donc dit que je pouvais faire mieux... Au final, il n'a pas les droits pour le faire en version papier, il n'est donc paru que sur une sorte de livre dématérialisé. J'étais déçu mais j'étais content d'avoir réussi à intéresser quelqu'un.

Ce monsieur m'a recontacté plus tard parce qu'il écrivait un "livre dont vous êtes le héros". Pour ceux des années 90, ça doit parler. J'en lisais beaucoup à l'époque ! Il me demande de faire des illustrations pour un tel livre. J'ai donc fait une douzaine d'images et cette fois-ci, il a été édité. C'était totalement à titre gratuit mais ça me donnait un peu de visibilité, ça pouvait me faire connaître... 

Créer pour les autres

Ça a été une étape encore que de créer pour quelqu'un d'autre, et non pour soi. Ce n'est pas pareil. On prend du plaisir, surtout dans ces conditions où j'étais libre mais c'est différent. Ce n'est plus à toi que ça doit plaire, c'est à celui qui commande. C'est vrai que parfois, si on reçoit de la critique, on est un petit peu vexé... Mais c'est normal. Je pense qu'il faut s'habituer et c'est important. Pour le manga, je n'y était pas préparé au départ... J'en reparlerai mais ça a été dur. 

L'idée d'un manga

À Noël 2012, ma femme m'achète tout un tas de feutres professionnels pour dessiner, avec beaucoup de nuances de gris. Je me suis demandé ce que je pouvais faire avec tous ces gris, et j'ai eu l'idée de faire un manga, tout à la main, sans ordinateur. J'ai donc créé une histoire, avec deux personnages qui portaient les noms de mes enfants. Je n'ai pas fait très original mais ils étaient contents ! J'ai fait deux ou trois chapitres de mon histoire... J'étais donc dessinateur et scénariste, je faisais tout. J'ai adoré inventé cette histoire même si j'ai arrêté parce que je trouve le dessin vraiment mauvais. Ce serait une de mes idées de reprendre cette histoire aujourd'hui. Il s'agit de deux adolescents qui ont des supers-pouvoirs...

Courage, amitié, dépassement de soi : des valeurs universelles

En fait, J'ai lu beaucoup de manga "shonen". Ce sont des mangas pour ados. On les appelle les shonen nekketsu, c'est tout ce qui est Dragon ball... C'est une forme de manga dans lequel il y a un héro. En général, il a des pouvoirs, il y a une quête... Il a des amis et il y a toutes les valeurs, en fait, d'une équipe. On va toujours retrouver le courage, la fraternité, le dépassement de soi. C'est typique du shônen nekketsu. C'est ce qui plaît encore plus grand nombre je pense. Ce sont de bonnes valeurs et c'est abordable, ça parle à tout le monde. C'est pour ça que je voulais vraiment faire ce type de manga classique. Mais il a été beaucoup critiqué et c'est en ça que je disais que la critique est difficile.

Ravaler sa fierté

J'avais voulu l'exposer sur des sites de lecture en ligne, des forums. Sur manga sans frontière, j'ai été démonté. Ça a été très dur. Mais en fait, avec le recul, ils ont raison.  Si je regarde objectivement mon travail aujourd'hui, il n'est pas bon. En tout cas, pas si je souhaitais en faire quelque chose d'éditable. C'était clairement pas au niveau. Les planches étaient mal construites, il n'y avait pas de logique d'enchaînement. J'ai appris par la suite comment créer une planche. Le regard se balaye sur une planche, il faut donc savoir comment placer ses personnages pour qu'on ait une lecture fluide. Si on ne sait pas faire ça au départ, on fait quelque chose qui n'est pas construit. C'est vraiment technique.

Apprendre sur internet

Maintenant, il existe des écoles de manga spécifiques, mais moi j'ai appris sur internet. J'étais sorti de mes constructions de personnages que j'avais appris dans les manga papiers. Construire une histoire, un storyboard, c'est autre chose. C'est vraiment ça m'a permis de progresser.

J'ai dû ravaler ma fierté parce qu'honnêtement, c'était vexant ! Je montrais mon histoire pour le plaisir, je ne demandais pas d'argent, c'était parce que j'étais content et tout fier de moi ! Quand j'ai vu que ça ne plaisait à personne et que c'était moche, c'était dur ! Mais une fois qu'on ravale sa fierté et qu'on se demande, derrière, pourquoi ces critiques, d'où elles viennent... qu'est-ce que je peux faire pour ne pas être critiqué... 

Citations pour judoka : ravaler sa fierté et accepter les critiques, ça permet de progresser !

C'est ce qui m'a permis ensuite dans mon manga de judo de ne pas refaire les mêmes erreurs ! Alors peut-être qu'il y a encore des choses à critiquer, encore beaucoup d'éléments modifiables. Mais pour avoir justement beaucoup posté ce manga-là sur ce forum, avec les mêmes personnes qui m'avaient critiqué, j'ai pu voir qu'ils n'ont pas du tout eu le même regard. Ils l'ont trouvé plutôt bien ! Donc finalement, c'est que j'avais pris en compte leurs critiques et derrière, ils m'ont dit que c'était bien ce que je faisais. Comme quoi, les critiques ça fait mal, mais elles ont toujours un fond de vérité ! Il faut donc savoir les prendre !

Franck, le copain judoka

À peu près à la même période, un pote de mon club de judo m'a dit qu'il pensait à des dessins pour des t-shirts pour le club. Le manga, ça parle aux jeunes donc c'était une idée qu'il avait. J'ai donc commencé à faire des tests et je lui ai montré mes premiers dessins. Il a trouvé ça sympa et m'a demandé de continuer. J'ai fait alors d'autres dessins mais on n'en a pas fait de t-shirts encore. Enfin, je leur ai proposé deux dernières versions dont j'étais vraiment sûre, et il a dit banco ! On a imprimé 200 tee-shirts qu'on a tous vendus hyper rapidement. Et là, mon pote est encore revenu vers moi pour me dire que les tee shirt était supers mais que je pouvais faire mieux. Faire autre chose... D'ailleurs, petit clin d'oeil à cet ami : Franck ! Il me demande si je connais David Larose.

"C'est bien mais tu peux faire mieux"

C'est vrai que je m'intéressais vraiment au judo à cette époque. David Larose, en 2014, j'avais eu vent de son championnat d'Europe et de ce qui lui était arrivé avec sa blessure. Même si je ne l'avais pas vu en direct à la télé, j'avais lu des articles et j'avais vu un reportage photo super qui avait été fait ce jour-là. Comme mon ami le connaissait, il m'a donc proposé de me le présenter. Il était sûr qu'on pourrait s'entendre : David aimait le manga, moi je dessinais, il pensait qu'on pouvait faire quelque chose ensemble.

Un gros plat de pâtes

On s'est donc retrouvés au club un samedi matin, pendant le cours de mon fils qui durait 45 minutes... Sauf qu'à la fin de ce cours, on n'était même pas au début de notre discussion ! On avait juste parlé judo et manga, pas du tout de projet encore. Je lui ai proposé de venir manger chez moi avec sa famille. Franck et sa famille aussi nous ont suivi... On s'est donc retrouvé à 12 à la maison, ma femme n'était pas au courant ! Bon... on a fait des pâtes ! On a déjeuné tous ensemble et j'ai pu lui montrer mes premiers dessins. On a alors parlé d'un projet, avec la question de ce qu'on pouvait raconter comme histoire. Lui avait pour objectif de participer aux JO en 2016, au Brésil. Son objectif était de sortir un truc avant. Il n'avait pas encore repris à ce moment-là, il était en convalescence. Je lui ai dit que franchement, quand je pensais à lui, je pensais à son championnat d'Europe. Honnêtement, si on devait faire une histoire, c'était cette histoire-là ! Elle était excellente ! Il y avait tout ce qu'il faut, tout ce qui fait les composantes d'une bonne histoire, d'un bon manga. Donc moi, je voulais partir là-dessus. On a tout de même fait une petite partie sur l'historique : comment il est arrivé au judo, sous forme de d'introduction, de prologue. Et derrière, ce sont les championnats d'Europe.

Dessiner David Larose

Pour les premiers dessins, ça a été compliqué ! Comme je le disais, il y a plusieurs choses : copier, ça va. Copier correctement la structure, c'est plus dur. Faire de tête, c'est une étape. Et alors faire en sorte que ça soit une personne réelle en personnage manga, là, c'est vraiment autre chose ! Surtout que si moi je trouve que ça lui ressemble, mais que lui, non, ça ne va pas ! Sur mes premiers essais, ma fierté en a encore pris un coup ! C'est ce qui a été le plus difficile. Ça a été le premier challenge, j'ai mis entre avril et fin juillet avant d'arriver à une version qui lui ressemble. Après cette première étape, il a fallu écrire l'histoire.

Entrer dans la tête de David Larose

Là, j'ai beaucoup vu David, il m'a montré beaucoup de vidéos, photos, etc. On parlait, il m'expliquait exactement comment ça s'était passé. Ce qu'il avait ressenti, ce qu'il avait pensé...  Excepté pour le prologue, le début de sa vie, qui est assez simple ; ce n'est d'ailleurs pas exactement sa vie intime. Ceux qui connaissent sa biographie verront que ce n'est pas exactement ça. Mais pour le championnat d'Europe en tant que tel, là il me fallait vraiment du détails, pour que lui et les personnes qui l'ont vécu avec lui s'y retrouvent. Comme c'est un personnage populaire, c'était bien : il y avait beaucoup de matériel. On travaillait sur un fichier word qu'on se partageaient : j'écrivais l'histoire et je lui demandais ce qu'il pouvait ressentir ou penser à tel moment, ce qu'il se passait précisément à tel autre moment. Je lui envoyais et il me faisait des corrections. On en parlait aussi quand on se voyait.

L'histoire de David Larose

Une fois qu'on s'est mis d'accord sur l'histoire, je suis passé au storyboard. Ça ressemble à ça : de petits croquis qui font une sorte de mise en page. Je lui donne pour validation et une fois qu'il est ok, je peux partir sur les planches officielle. Cette fois-ci, en format A4, et avec vraiment le dessin final qui va être dans le manga. Cette planche passe ensuite à l'ordinateur, je rajoute des choses.

Le manga et le Japon

Dès le départ, je savais que je le ferai en noir et blanc. Un manga, c'est en noir et blanc ! D'ailleurs, il y a très très peu de manga couleurs. Et le temps d'une planche noir et blanc n'est pas le même !

L'idée des japonais quand ils ont créé le manga était la même que les belges ou français qui ont créé la BD. C'est de mettre en image une histoire ! Le départ est le même. La voie japonaise a été une voie qui produit vite : un manga fait 200 pages alors qu'une BD fait 40 pages et ça prend le même temps à produire. La couleur prend concrètement 4 fois plus de temps.

L'objectif symbolique du Japon

Je m'étais dit que pour mes 40 ans, j'irai au Japon donc théoriquement, c'est là, en 2022 ! Mais le Japon a fermé ses portes. Je ne vivrai jamais de la vente de mon manga mais j'aimerais que ça puisse me permettre d'emmener ma famille au Japon. C'est vraiment un objectif symbolique ! Si j'ai à peu près le prix du Japon en tête, j'en suis à un tiers, c'est pas mal ! Si je vends encore trois fois ce que j'ai vendu, je peux financer ce voyage. J'adorerais !

Un manga... plus grand que lui !

Au départ, je ne savais pas que je mettrais tous ces bonus dans le manga, comme les QR code etc. mais je voulais documenter la réalisation de ce manga. Je savais que j'irais au bout du projet et j'en voulais une trace. Donc au départ, ce making of était pour moi... Puis je me suis dit que j'allais le partager avec tous, que ça pouvait intéresser.
Après, pour les bonus, c'était vraiment aussi grâce au fait que ce manga est sur une personne réelle qui a beaucoup de vidéos sur elle. Au début, je les ai utilisées pour m'aider à dessiner. Mais en le faisant, je réalisais qu'en plus de m'aider à dessiner, ça pouvait aussi être sympa pour les gens !
J'étais tombé sur une pub pour vista print qui proposait de flasher un QRCode pour accéder aux photos de ses vacances. J'ai alors eu le déclic pour mon manga ! Les gens pourraient flasher des QRCode pour accéder aux vidéos des combats, réels ! Avec David, on a dû fouiller sur internet parce qu'il y avait plusieurs vidéos qu'il n'avait pas. On a dû retrouver beaucoup de choses. On a alors tout télécharger pour que ça ne disparaisse pas, et les garder sur une playlist pour nous assurer que les liens restent. Par exemple, sa finale du tournoi en Turquie, deux semaines avant son championnat d'Europe, il ne l'avait pas. Il était super content qu'on la retrouve !

Vivre de sa passion ?

Je ne sais pas si j'aimerais vivre de ma passion manga ou garder cet équilibre entre mon activité professionnelle et cette passion. Je suis partagé. Oui, j'adore dessiner, je prends plaisir mais si j'étais obligé de le faire, est-ce que j'aimerais autant ? Je ne sais pas. Vivre de sa passion, ça ne doit pas devenir une contrainte. Demain, si un éditeur m'oblige me met la pression pour finir mes planches, et que je n'ai pas l'inspiration...

Parfois des doutes mais toujours du plaisir

Pour mon manga, j'ai toujours pris du plaisir à dessiner, et David était super disponible donc c'était un vrai plaisir. Mais j'ai eu des doutes. Notamment par rapport à ce qui est arrivé à David et sa carrière professionnelle. Suite à sa blessure de 2014, il revient mais malheureusement, pas au niveau où il était avant, quand il était au top ! Il a sa blessure en tête et ça lui pourrit la vie. Et ça l'empêche de pratiquer le judo au niveau où il était. Malheureusement, il n'est pas sélectionné pour les JO. Là, je lui ai posé la question de savoir s'il voulait qu'on aille au bout du projet. Le fait de ne pas aller aux JO a mis un frein à sa carrière. Même au niveau du championnat de France, il n'a pas pu briller. D'ailleurs, c'est l'une des seules compétitions où il n'a pas réussi à avoir un titre individuel. C'est pour ça que je me suis posé la question de savoir s'il voulait continuer, avec ce changement de carrière. Il m'a dit que oui et je pense qu'il a eu raison.

La sortie du manga David Larose !

Ça lui a fait du bien à David de choisir d'aller au bout de ce projet, et moi je suis très content également. Comme je bossais, sur les 3 premières années, je n'étais pas à fond. Je dessinais quand j'avais des vacances, un peu le soir... J'avançais tranquillement. David a sorti sa biographie, on a donc laissé un peu de temps. Par contre, à un moment on s'est fixé le tournoi de Paris de 2020 pour le vendre. Une sortie fin 2019 et une diffusion au tournoi de Paris. Parce qu'après, il fallait aussi le financer.

Dessiner jour et nuit

Entre mi-2010 8 et septembre 2019, là j'ai vraiment mis un coup de boost énorme. Au boulot, tous les midis, j'allais mangé avec les collègues et je remontais pour dessiner sur ma pause déjeuner. Je rentrais chez moi, et je dessinais jusque 2 ou 3 heures du matin. J'ai vraiment beaucoup dessiné parce qu'il fallait terminer !

En septembre, on a pu lancer notre financement participatif sur internet, avec Ulule. On a obtenu plus de 150% de de ce qu'on voulait. C'est ce qui a permis d'avoir la jaquette. Au départ, on était partis sur un modèle sans double jaquette, par rapport au budget qu'on avait. Alors que là, j'ai pu créer une deuxième couverture pour l'occasion.

Le choix de la couverture

Sur la 1ère couverture, je mettais David beaucoup en évidence, au 1er plan. Derrière, j'ai mis une personne qui était importante pour lui et son coach. J'avais créé cette 1ère couverture au départ. Quand je me suis demandé comment faire la 2ème, j'avais fini l'histoire ! Et finalement, arrivé à la fin du manga, je me suis dit qu'il n'y avait pas que David qui était important dans cette histoire. Donc je me suis dit que j'allais tous les mettre ! Mais j'aime bien ton interprétation de cette couverture ! (cliquez ici pour voir l'épisode sur ce manga)

La force d'être judoka

De faire du judo m'a énormément aidé pour réaliser ce manga. L'auteur du premier manga de judo qui est sorti dans les années 90, Yawara, ne faisait pas de judo. Il a dû énormément se documenter, il le disait d'ailleurs : c'était compliqué pour lui du fait de ne pas vivre le judo. Le résultat est tout de même réussi, le manga est génial !  Ça ne parle pas que de judo d'ailleurs. Ça parle de la vie d'une jeune fille qui a envie de devenir une championne et qui est très douée. C'est fictif mais basé sur les JO de Barcelone en 92.

Le fait que moi, je fasse du judo, je savais comment il fallait positionner son pied, ce qu'était une prise de kumikata...  Comment lancer la jambe pour que ça passe... Qu'est ce qui faisait qu'une prise était ratée. Si je n'avais pas eu ça, j'aurais eu beaucoup de difficultés à imaginer une prise en 3D. J'avais comme support les vidéos de David, mais elles étaient prises en plan fixe. Toutes sur le même plan ! Mais moi, dans le manga, je n'ai pas pris les plans de la vidéo, parfois ils n'étaient pas beaux ! Si je voulais faire un angle plus sympa, je devais imaginer ce que ça donnait en 3D. Si je n'avais pas fait de judo, j'aurais eu beaucoup de mal.

Allier ses 2 passions

J'ai finalement allié mes 2 passions. Le judo est un sport que j'ai adoré, je n'en aurais pas fait pendant 35 ans si je n'aimais pas ça. Et les manga, c'est une passion. Allier les deux, c'était idéal. J'aimerais bien faire un autre manga...

Rencontrer Teddy Riner 

Aujourd'hui, mon rêve est de rencontrer Teddy Riner. Je fais encore un appel à David, il m'a dit que c'était possible mais pour l'instant, ça ne l'a pas été. J'aimerais juste le rencontrer, lui donner mon manga, et lui dire que je suis dispo ! S'il a envie... Je prendrais une année sabatique pour le coup, car je ne pense que Teddy Riner attende 4 ans pour le faire. J'adorerais faire un manga sur lui. C'est le plus grand champion de tous les temps au judo. Il a tellement de choses à raconter ! Sans faire du fictif, comme les bandes dessinées qui existent déjà. Mais il n'a pas de manga encore sur sa vie, et je pense que sa vie est un shonen. Comme David le connait, j'ai l'espoir de le rencontrer un jour. Rien que le rencontrer, ce serait déjà génial. Qu'il me signe mon manga, qu'il me le dédicace, que je lui donne une version, déjà ce serait top ! Et faire un manga sur lui, ça serait idéal.

Un manga sur la grande championne Clarisse Abgenenou

Après, il y a Clarisse aussi qui est une grande championne. Faire un manga sur elle serait génial parce qu'on a fait un judoka, pourquoi pas faire une judokate ! Je n'ai pas pu la rencontrer, et elle aussi a déjà sa BD. De toutes façons, tous les grands champions ont, à un moment ou un autre, des sollicitations. Mais j'aimerais beaucoup ! Et je pense qu'une judokate, ce serait intéressant. Même si, comme je le disais tout à l'heure, le premier manga de judo était sur une judokate... Il n'y en a pas sur Clarisse. Un manga sur cette grande championne serait vraiment bien, elle a beaucoup de choses à raconter !

Des illustrations "manga-judo"

Maintenant, j'ai beaucoup de sollicitations externe de projet de dessins. Depuis les tee-shirts pour mon club, en 2014, j'ai eu beaucoup de demandes de même type : des affiches, des tee-shirts, des sweets. Dernièrement, j'ai même eu un club canadien ! J'ai fait un dessin pour des tee-shirts. Elle m'a envoyé la photo, ils étaient super contents. J'ai fait deux judokas, un gars une fille, avec avec la feuille d'érable derrière. Ils me redemandent maintenant 3 nouveaux dessins. Ce sont des projets d'illustrations. 

J'ai aussi eu des particuliers qui m'ont demandé pour un anniversaire. Par exemple, une dame m'a contacté pour les 18 ans de son filleur. Elle m'a demandé combien je prendrais pour faire un dessin de lui avec son personnage de son manga favori. Elle en a d'ailleurs fait un truc super ! Elle a encadré le dessin mais elle a aussi fait un gâteau à étages, avec le dessin imprimé. C'était magnifique ! J'ai trouvé ça génial ce qu'elle a fait.

Dessin du judoka-mangaka qui a réalisé le premier manga judo français sur David Larose

La collaboration avec le chanteur de Nicky Larson

J'ai aussi eu un autre projet avec Jean-Paul Césari, c'est le chanteur du générique de Nicky Larson. J'ai eu la chance de pouvoir l'interviewer pendant le confinement 2020, en visio. On avait parlé de sa vie et il m'avait dédicacé l'un des dessins de Nicky Larson que je lui avais fait. On a donc sympathisé et là, on va faire ensemble une convention du côté de Maubeuge. On va passer deux jours, avec un orchestre symphonique pour chanter des génériques. Il n'a pas fait que Nicky Larson, il a chanté plus d'une douzaine de génériques. Il y aura donc deux concerts, le samedi et le dimanche, et j'aurai un stand où je vendrai mes manga pendant ces deux jours.

Sylvain Levesque, le judoka mangaka !

Voilà ce que je fais en ce moment... quand j'ai le temps !

Pour me suivre, vous pouvez aller sur mon blog : https://mesdessinsmanga.fr/

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Instagram que je relance : instagram.com/mesdessinsmanga/

J'essaie de poster un dessin par jour pour relancer Instagram.

Facebook bien sûr : facebook.com/MdMangaSL

Vous pouvez aussi commander mon manga directement sur mon blog et je peux vous faire une dédicace !  

Tous les liens cités pour pouvoir suivre le judoka-mangaka qui a créé le 1er manga judo français sur David Larose
Couverture du manga David Larose Laroz l'histoire d'un champion

MERCI SYLVAIN !

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