Une judokate en soutien aux rugbymen

Interview de Laëtitia Coupeau : cliquez ici pour écouter !

 Aujourd’hui, j’interview Laëtitia Coupeau ! Nous sommes en stage vétérans et elle accepte de remplacer sa sieste par cet entretien. Laetitia a plein de casquettes, et surtout plein d’idées ! La dernière en date ? Proposer le judo en soutien aux rugbymen !

36 ans de judo… sur les tatamis et dans la vie.

Le judo fait partie de ma vie depuis 36 ans. Ma mère m’y a inscrite lorsque j’avais 6 ans car à ses dires, je manquais de confiance en moi. C’était donc, déjà toute petite, l’un des outils pour affronter la vie. J’ai eu la chance de tomber sur un excellent enseignant. Il m’a donné goût à poursuivre cette activité et m’a menée jusqu’au graal de la ceinture noire. Il m’a aussi fait découvrir l’univers de la compétition. Je dois dire que cette compétition, tu la mènes dans ta vie à chacune des épreuves rencontrées. Que ça soit le passage dans une classe supérieure, le passage d’un examen, scolaire ou professionnel. J’ai pu utiliser les outils que le judo m’avait procuré, tout au long de ma pratique.

Judokate ou rugbywoman ?

J’ai 42 ans, j’ai 2 enfants et l’un d’eux pratique le rugby. Au bord des terrains, je discutais souvent avec les éducateurs et ils se sont intéressés à ma pratique judo… J’ai pu expliquer que j’enseignais auprès des adultes, adolescents et enfants, jusqu’en 2016. J’aime cette transmission car tu transmets des connaissances qu’on t’a transmises. J’ai aussi servi plusieurs fois de Uke pour des passages de grades. C’est naturel de redonner ce qu’on m’a appris.

J’ai également raconté comment j’avais appréhendé de faire du rugby à 5, en tant que judokate. C’est à ce moment-là que le directeur technique du club m’a sollicitée.

Apprendre à chuter dès 4 ans

Les premières interventions ponctuelles visaient les plus jeunes, dès 4 ans et demi. L’idée était d’aborder l’appréhension de la chute. Il était aussi important que les enfants apprennent à tomber sans que leur tête choque le sol. On peut voir ce genre de choc chez les grands champions, c’est malheureusement spectaculaire. Cette démarche entrait justement dans les nouvelles règles qui apparaissent. Le rugby évolue vers un jeu d’évitement plutôt que de confrontation, d’affrontement. Le judo peut alors tout à fait venir en soutien.

Le soutien, dans une équipe de rugby, c’est celui qui est derrière le porteur de balle.

Apprendre à se relever pour les plus grands

Mes interventions se sont élargies. Pour les autres catégories d’âges, en plus de cet aspect de sécurité, le projet de jeu a été pris en compte. Chaque club a un projet de jeu, avec des objectifs. Au niveau du département, le projet de jeu visait de pouvoir se relever rapidement. C’est important de pouvoir se replacer, continuer le match et prendre l’avantage sur ses adversaires. Au judo, les liaisons debout sol ou l’inverse permettent exactement cette motricité nécessaire pour se relever rapidement.

Les réflexes judo au profit de l’activité rugby

Ainsi, sur les jeunes génération, on est sur un judo sécurité. On travaille l’appréhension de la chute, entre autre via des jeux de lutte et d’opposition entre les enfants. Plus on monte dans les catégories d’âge, plus on va vers des exercices de motricité, de coordination, dissociation haut du corps, bas du corps… Cela doit permettre aux joueurs d’acquérir des réflexes de judo au profit de leur activité rugby.

Etre une femme qui enseigne le judo, c’est un atout !

Il y a toujours deux raisons principales pour lesquelles les parents inscrivent leurs enfants au judo.

La première raison est que leur enfant ne tient pas en place. il faut donc lui faire faire une activité avec un cadre, des règles. La deuxième raison, à l’inverse, est que l‘enfant est timide. Il ne prend pas la parole en public, ne sait pas aller vers les autres. Le fait d’être une enseignante femme alors un atout. Par exemple, cela permet à des petites filles de pratiquer l’activité avec cette référence féminine. Elles peuvent se dire « moi non plus, je n’avais pas envie de faire de la danse, après tout, c’est possible… »

Au-delà des techniques, le code moral

Je crois qu’on a la chance, dans ce sport individuel, de pouvoir mêler les caractères, les attitudes, les comportements, la mixité sociale et sexuée. Chacun peut trouver sa place malgré sa différence par rapport à l’autre. Il y a aussi la possibilité d’accueillir des enfants en situation de handicap comme ça a été le cas sur certains de mes cours. Cela permet de faire passer des messages qui vont, dans la vie de tous les jours, continuer. C’est notre code moral, sur lequel les enseignants s’appuient pour faire passer certaines valeurs.

Si ces valeurs sont utilisées dans la vie de tous les jours,

on se dit qu’on a gagné.

Pour les jeunes générations, c’était la chose première que je voulais transmettre. Pas forcément la technicité, mais l’épanouissement à travers ces valeurs qu’on peut retrouver et mettre en place dans sa vie de tous les jours.

Quand les valeurs du judo vivent sur le terrain de rugby

Au rugby, il n’y a pas de code moral. Il y a cependant des valeurs fortes sur l’entraide, l’esprit d’équipe, la différence. Un enfant grand, fin, rapide va jouer dans la même équipe qu’un autre qui va être plus enveloppé, plus lent mais qui aura d’autres qualités techniques ou physiques. Chacun va trouver sa place dans une cohésion d’équipe.

C’est sur ces valeurs fortes qu’on peut appuyer. J’utilise bien-sûr les valeurs du code moral du judo mais sans les nommer. Par exemple, j’utilise les jeux d’opposition pour transmettre la notion de respect. On travaille le contrôle de soi quand manque un ballon alors que l’autre le récupère. Ou encore le courage quand on est sur une rencontre. Même si on perd, en soi, ce n’est pas grave, on a marqué un essai, fait une passe… On va aller sur le match suivant. Ces valeurs-là je les transmets. Autrement.

De petits rugbymen métamorphosés

Dès l’année suivante, l’une des entraineuses de la catégorie juste après (moins de 8 ans) est venue me voir pour témoigner. Elle avait des enfants qui arrivaient et qui n’avaient plus peur ! Pas peur d’aller au contact, d’aller chercher le ballon, d’aller au sol. Donc pour moi c’était gagné. C’était le plus beau retour que l’on pouvait me faire. J’ai aussi vu certains parents d’enfants introvertis qui avaient réussi à entrer en communication avec l’autre et qui étaient métamorphosés à la rentrée suivante. Je me souviens d’un petit Colin que j’avais vu en fin d’année, pas souriant, replié sur lui-même, qui n’osait pas toucher un copain… Il est arrivé la rentrée d’après et c’était un autre Colin ! Ce sont des petites victoires.

Le judo ne m’a jamais quittée

J’ai eu la chance de pouvoir suivre un cursus de sport étude, sport universitaire. Donc là encore, j’étudiais et j’allais au judo. Ensuite j’ai travaillé et j’ai continué d’aller au judo. Ça ne m’a jamais quittée.

Le judo a toujours fait partie de moi.

Forcément, il y a des étapes de vie où tu pratiques un peu moins parce qu’il y a d’autres priorités à ce moment-là. Pour autant, je dirais qu’à chaque moment difficile de ma vie, que ça ait été des moments personnels ou professionnels, c’est le judo qui m’a tirée vers le haut, qui m’a empêchée de « sombrer ». C’est aussi en se mettant des défis à travers cette activité là qui m’a encrée, construite, qui a fait ce que je suis aujourd’hui.

Au travail, j’utilise encore le judo !

Dans mon activité professionnelle, je mets en place des actions de prévention en direction de publics fragilisés, en perte d’autonomie ou en situation de handicap. L’activité judo et la formation que j’ai pu suivre peuvent réellement contribuer à l’enrichissement et à la prise en charge de ces publics déficients. Par exemple, on sait que quand une personne vieillit, il y a une fonte musculaire et une perte d’équilibre. Parfois, cela peut provoquer des chutes et on peut se blesser. On a donc encore une perte de mobilité et c’est l’enchainement. J’ai réussi à mettre en place des activités de prévention de la chute. Il ne s’agit pas de savoir chuter comme un judoka mais plutôt de servir le processus de vieillissement. Avec le côté sport santé, on évite la perte de la masse musculaire On est vraiment dans une démarche de bien vieillir. Cette démarche permet en plus de maintenir tous les acquis pour la suite de la vie.

Le mot de la fin

Je crois que quand on a une passion, en tous cas pour moi le judo, il faut la poursuivre. Effectivement, on peut chuter, continuer à avoir le goût de l’effort, maintenir son activité… Et aussi tout le relationnel que la famille du judo peut nous apporter, que ça soit par l’intermédiaire de la transmission du savoir des hauts gradés ou par l’amitié qui fait partie de notre code moral.

MERCI !

Merci Laëtitia ! J’espère vraiment que vous avez aimé pouvoir rencontrer Laetitia grâce à cette épisode, et que peut être, vous verrez les choses un peu différemment. Peut-être saurez vous notamment repérer certaines forces ou atouts que vous avez développé grâce au judo, en tous cas, je vous le souhaite !

Pour être informés des prochains articles / épisodes audio :

– abonnez-vous sur une plateforme de podcast, par exemple sur apple / google / Spotify / soundcloud

OU

– vous pouvez vous inscrire tout simplement ci-dessous !

Laissez un petit mot à Laëtitia ou à Secrets de Judokas, ça fera toujours plaisir 🙂

(ci-dessous, rubrique « commentaires »)

Suite à un problème technique, j’ai dû installer une sauvegarde de tout le site. Les commentaires ont été effacés. Je me permets donc de reproduire ce que les lecteurs avaient écrit ! 

Vous aimez les interview ?

Allez donc écouter celle de Vincent Thébault qui vit au Japon depuis 30 ans, devenu maître en arts martiaux (cliquez ici) ou encore celle de Patrick Bigot qui part plusieurs mois par an pratiquer au Kodokan de Tokyo depuis presque 40 ans ! (cliquez ici)